CHAPITRE V
défendre. Tous ses ennemis se liguent contre elle ; appelez à son secours tous ses amis. Le génie des dissensions civiles essaye de verser au milieu du peuple tous ses poisons; faites entendre les invitations dé la concorde et de la fraternité. Qu'à votre voix les ressentiments individuels s'efFacent; que le seul crime soit poursuivi ; proclamez le pardon des injures et Toubli des erreurs. Que tous les sentiments se confondent dans un seul sentiment, l'amour de la patrie, le désir de maintenii* ses lois saintes. Trop longtemps l'iiypocrite aristocratie suivit le dessein de flétrir et de persécuter le plus pur civisme; qu'on ne puisse plus, avec des dénominations vagues , envelopper les plus dignes patriotes du voile sanglant des proscriptions.
ce Représentants, ils se rassemblent les ennemis de la liberté; assemblons le bataillon sacré. Les royalistes aiguisent leurs poignards ; que les repu- ^^blicains préparent leurs boucliers. Laissons aux malveillants l'affreuse initiative de la guerre civile ; mais s'ils osent ce qu'on dit qu'ils méditent; si, continuant de résister à vos lois, ils ont l'audace d'appuyer de leurs armes des rassemble-^ ments séditieux , eh bien , donnez le signal de la résistance à la rébellion ! Qu'alors les sections fidèles viennent se ranger autour de vous; que du sein même des sections révoltées la foule des bons citoyens accoure; patriotes de 1789, hommes du j4 juillet, vainqueurs du 10 août, victimes du 3i mai, libérateurs du 9 thermidor, venez, placez-vous dans les rangs des vainqueurs de Fteurus, de ces soldats de la patrie, qui n'inspirent d'alar-
8a DOCUMENTS BIOGRIPBIQUES.
mes qu'aux soldats de l'Autriche et de l'Angleterre; républicains innombrables, venez tous; formez la légion toujours invincible; et puisque les amis des rois l'exigent , donnez-leur encore le spectacle d'un triomphe. »
Dans une crise aussi violente , les comités de «alut public et de sûreté générale voulurent concentrer davantage le pouvoir exécutif, et ils le confièrent à une commission de cinq membres, composée de Colombel , Barras, Daunou, Letourneur et Merlin ( de Douai ). La plus grande responsabilité pesait sur cette commission; de son énergie allait dépendre le sort d'un gouvernement républicain régulier. Barras fut chargé du commandement de la force armée. Ce fut en cette circonstance qu'il présenta à la commission des Cinq un jeune général, alors inconnu, quoique s'étant ^ distingué au siège de Toulon. Il était sans emploi, et ne se faisait guère remarquer que par sa pâleur et son attitude frêle et modeste. Ce jeune officier, cependant, était Bonaparte. Ses services furent agréés. On le chargea de la direction de l'artillerie, et l'on sait avec quel succès il remplit sa mission. La victoire du 1 3 vendémiaire sur les sections révoltées permit d'espérer que la nouvelle constitution allait fonctionner, et que son empire,*après de longs orages, promettrait à la France un gouvernement libéral et éclairé. Hélas ! ce n'était là encore qu'une vaine illusion , et les partis ne devaient pas tarder à s'agiter avec une nouvelle violence.
Nous allons rapporter un épisode des tristes événements de vendémiaire , qui fait le plus grand