CHAPITRE V
honneur à Daunou , et dont nous tenons les détails de celui qui y joua un rôle.
L'un des moyens que les antagonistes de la mesure des deux tiers jugeaient à propos d'employer pour frapper l'esprit public, c'étaient les pétitions qu'ils venaient lire à la barre de la Convention , et par lesquelles ils protestaient contre les décrets qu'elle avait adoptés sur la réélection de ses membres à IsT^rochaine législature. M. Charles Lacretelle fut chargé de présenter une de ces pétitions impérieuses, et, ainsi qu'il le raconte dans son Histoire de France pendant le dix-huitième siècle^ , elle contenait ces mots : « Méritez notre choix, et ne le commandez pas. » Déplus, il prit les armes le i3 vendémiaire, et il était un des plus prononcés àe ceux qui voulaient faire triompher la cause de la royauté : aussi fut-il signalé au comité de salut public , après la victoire de la Convention, comme l'un des principaux chefs qui devaient être renvoyés devant les commissions militaires. Daunou, qu'il ne connaissait pas, prit, dans le sein du comité, sa défense avec une chaleureuse énergie. Il dit à ses collègues que les pétitions étant un moyen légitime pour chaque citoyen de manifester ses opinions, elles ne devaient servir, dans aucun cas, de base à une accusation ; qu'il n'était pas suffisamment établi que M. Lacretelle eût pris une part active à ces événements. Puis, après avoir fait valoir ces arguments légaux avec toute la force dont il était susceptible , il
' Tome XII, page 410.
iw
ajouta que son cœur l'obligeait à invoquer de plus cette considération , que celui dont il plaidait la cause avait, après le 9 thermidor, pris, dans une série d'articles d'un journal intitulé le Républicain français^ , la défense des soixantetreize, et démontré qu'il y avait nécessité de les mettre de suite en liberté et de les rappeler à la Convention. Son éloquence convainquit ses collègues , et M. Lacretelle ne fut pdint poursuivi. Jamais Daunou ne lui a parlé de ce fait , dont il dut la connaissanee à Boissy d'Ànglas, qui en avait été le témoin. Au surplus, en nous racontant ces détails , M. Lacretelle ajoutait qu'il avait la conviction que si les suites du i3 vendémiaire n'avaient pas été plus désastreuses pour ceux qui furent vaincus dans cette journée, c'est surtout aux efforts de M. Daunou qu'il fallait l'attribuer. On facilita , en effet, l'évasion des personnages le plus impliqués dans ces événements; ils furent seulement poursuivis par contumace, et, ainsi que M. Lacretelle le déclare dans son Histoire du dix-huitième siècle , « au bout de vingt jours , plusieurs hommes d'un nom célèbre, et qui venaient « d'être condamnés à mort , rentrèrent dans Paris, et bientôt s'y montrèrent ouvertement. Ainsi « même après ces chocs divers , les effets bienfaisants du 9 thermidor se faisaient encore sentir. La politique elle-même repoussait la cruauté, comme un moyen fatal à ceux qui l'employaient^.»
'*■ Ce journal , malgré son titre, défendait la cause royaliste, a Tome XII, page 442* — M. Lacretelle, dans ses Dix années