CHAPITRE V
Les travaux de Daunou à la Convention se sont termines par la loi du 3 brumaire an iv (^5 octobre 1 795 ) , dont il est le principal auteur^ loi qui organisa l'instruction publique, et par le rapport dans lequel il en exposa les motifs, et qu'il prononça dans la séance du 23 vendémiaire ( 1 5 octobre).
Cette loi avait pour point de départ les Écoles primaires ; elle organisait ensuite les Écoles centrales ^ créées par la constitution; puis les Écoles spéciales^ et arrivait à VlnstitiU national des sciences et des arts ^ dont le principe seulement avait été déposé aussi dans la constitution. Elle réglait, en outre, les encouragements ^ récompenses et honneurs publics^ destinés à répandre le goût des lettres; enfin, elle établissait desy^?^j nationales^ comme complément de l'instruction du peuple.
Dans le rapport qui précédait cette loi , Daunou montrait qu'avant 1789 la France jouissait d'un vaste système d'instruction publique, qui avait été renversé par la révolution , et qu'il était urgent de rétablir sur de plus larges bases. « En 1789, disait-il, l'éducation était vicieuse saiis
d* épreuves pendant la révolution, rapporte le fait que nous venons de raconter, mais avec moins de détails. Il y dit (p. 267), en parlant de M. de Lezay Marnésia : « II m'apprit que madame de Staël s'était vivement intéressée à mon sort; que je n^étais pas compris sur la liste de ceux qui devaient être traduits aux conseils de guerre, et que je le devais surtout à Daunou, qui s'était souvenu avec reconnaissance des réclamations que j'avais faites en faveur des soixante-dix Girondins qui restaient en prison après le supplice de leurs amis, et que les thermidoriens ne se pressaient pas d'en faire sortir. »
doute, mais elle était organisée. Les établisse* ments supérieurs , tout ce qui formait , pour ainsi dire, le sommet de Tinstruction, les académies, les sociétés, les lycées, les théâtres, avaient honoré la nation française aux yeux de tous les peuples cultivés. Là, des héritiers, toujours dignes de leurs prédécesseurs, recevaient, depuis plus d'un siècle, et portaient dignenient, de génération en génération , de vastes dépôts de science et de gloire. Là, les pensées des grands hommes étaient continuées par de grands hommes; là, l'éloquence et la philosophie s'unissaient quelquefois, pour jeter au pied des trônes épouvantés de longs sillons de lumière à travers l'antique nuit des préjugés et des erreurs; là, se formait une sorte d'opinion publique qui, sans doute, n'était pas toujours pure, et qui n'avait d'ailleurs qu'une circulation lente et circonscrite dans un assez étroit espace , mais qui s'accoutumait néanmoins à murmurer autour du gouvernement, et parvenait même à l'intimider quelquefois. En un mot, on ne pouvait pas dire qu'il n'y eût point d'instruction chez un peuple où l'on commençait à méditer les écrits des d'Alembert , des Condillac, et surtout de cet immortel auteur àHÉmitey qui semblait être jeté par erreur dans nos temps modernes et parmi dés foules esclaves comme le représentant de l'antiquité et de la liberté. »
Examinant les moyens de faire refleurir l'instruction publique en France, M. Daunou arrivait à la manifestation de l'opinion qu'il a conservée toute sa vie sur la liberté de l'enseignement. Il