‹ Documents biographiques sur P.C.F. DaunouChapitre 48 sur 136 · CHAPITRE VI. gS · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. gS

fut faite pour Tabrogation de la loi du 4 brumaire, qui avait ordonné la cessation des procédures ayant pour objet des faits purement relatifs à la révolution.

Des motifs fort différents avaient amené ces disr eussions. Mais alors, comme après toutes les crises politiques, le mot amnistie élaLii invoqué; il semblait que tous les coeurs généreux sentissent le besoin de mettre un terme aux tristes résultats des discordes civiles. Dans la séance du ii fructidor an IV (28 août 1796), Daunou se prononça fortement pour l'amnistie. «Une grande révolution, disait-il, est, par sa nature même, une longue et terrible tragédie, où toutes les passions humaines atteignent le plus haut degré de leur énergie explosive; où les rivalités sont des haines, et les haine» des fureurs; où l'activité devient ambition, et l'ambition dictature; où toutes les opinions deviennent des fanatismes, et tous les fanalismes des incendies. Le théâtre de ces lamentables scènes, on ne peut pas trop se hâter de le fermer, de le dissoudre; et lorsqu'une fois il est abattu, il ne faut pas rechercher sous ses ruines les éléments et les ressorts des catastrophes qui l'ensanglantèrent; il ne faut pas y faire remonter les acteurs qui en descendent, en leur refusant ailleurs toute sécurité; il ne faut pas enfin méconnaître, dans les circonstances de leurs égarements, les motifs d'une juste et indispensable indulgence. »

Une circonstance qui mérite d'être rapportée, était venue décider Daunou à défendre l'amnistie. H avait été, comme on l'a vu, lié avec Fouché

g6 DOGUMEliTS BIOGRAPHIQUKS.

au commencement de la Convention ; mais il s*en était séparé lorsque celui-ci s'était jeté dans le parti jacobin. Aucun rapport n'avait plus, depuis, existé entre eux. Après le 9 thermidor , Fouché avait vu les récriminations s'élever contre lui; il fut même décrété d'arrestation , et ne dut la liberté qu'à l'amnistie du 4 brumaire an iv, qui avait aboli les procédures pour faits purement relatifs à la révolution. Par suite des réactions si nombreuses et si rapides alors, vint la proposition que nous venons de rappeler, relative à l'abrogation de la loi du 4 brumaire et à la reprise des procédures. Daunou se promenait un jour de cette époque à l'Élysée-Bourbon, dont les beaux jardins avaient été mis à la disposition des député^. Il y rencontre Fouché, qui s'y promenait avec son jeune fils, porté par une bonne. Daunou veut éviter son ancien collègue; mais celui-ci vient à lui, et le supplie de le défendre contre les nouveaux dangers qui le menacent. Daunou lui répond avec une extrême froideur, et au moment où il cherche à le quitter, il se trouve en face de l'enfant, qui lui sourit et lui tend ses petits bras d'une façon suppliante. Daunou se sent attendri, et dès ce moment se promet de faire des efforts pour empêcher de nouvelles persécutions. Ce fut dans cette disposition d'esprit qu^il prononça le discours dont nous venons de rapporter un fragment.

Cependant les factions continuaient de s'agiter; elles prenaient plus d'intensité même dans les oscillations du pouvoir, et la liberté illimitée de la presse venait favoriser leurs efforts destructeurs.

Page 1