CHAPITRE VI
Une multitude de journaux^ qui pouvaient alors paraître sans aucune condition, semaient la calomnie contre tout ce qui était attaché au gouvernement; il était évident pour tous que l'on marchait à grands pas vers une crise nouvelle, et que la France allait voir ses destinées devenir encore le jouet des révolutions.
Les amis sincères de la liberté tentèrent les moyens d'arrêter les secousses dont on était menacé. La législation de la presse appela d'abord leur attention. Boissy d'Anglas, dès le 19 frimaire an IV (10 décembre 1796), avait, le premier, provoqué dans une motion d'ordre la révision des lois sur cette matière. Une commission de cinq membres avait été nommée; elle se composait de l'auteur de la motion, et de Sieyès, Daunou, Chénier et Louvet.
La difficulté de la tâche imposée à cette commission jeta de l'incertitude dans ses travaux. Le parti monarchiste, qui voyait bien que le nouveau gouvernement ne pourrait pas résister à l'aclion incessante de la presse , s'opposait , autant qu'il le pouvait, à ce que des restrictions, même légères, fussent introduites dans cette législation. Après une longue discussion, la proposition de Boissy d'Ânglas fut rejetée le 29 ventôse (19 mars 1796), à la suite d'un discours de M. de Pontécoulant.
Cette victoire du parti opposé au gouvernement donna plus de violence encore aux attaques de la presse. Poussé à bout, le Directoire crut devoir s'adresser au Corps législatif, et, par un message du 9 brumaire an v (3o octobre 1796), demanda
gS DOCUMENTS BIOCRAPHIQUES.
au Conseil des Cinq-Cents les moyens de réprimer la licence des journaux. Ce message fut pris en considération, et une commission composée de Daunou, Siméon, Treilhard, Sieyès et Vaublan'c, fut chargée de rechercher ce qu'il y avait à faire.
Celte commission rédigea trois projets de résolutions ayant pour objet de défendre d'annoncer dans les lieux publics aucun journal ou écrit périodique autrement que par son titre habituel; de créer un journal officiel dans lequel on transcrirait littéralement les discours prononcés dans les conseils; de définir les imputations diffamatoires, et de déterminer les peines qui devaient les réprimer.
t)aunou fut nommé rapporteur de la commission ; il lut son rapport dans la séance du 5 frimaire an V (aS novembre 1796) : on y trouve les vrais principes de la liberté de la presse et un tableau éloquent des tristes fruits de la diffamation.
«Citoyens, disait-il, si vous ne voulez pas considérer combien la diffamation impunie a découragé partout d'hommes éminemment utiles, conabien elle en a condamné à la retraite, à l'obscurité, à la misanthropie oisive, daignez au moins tenir quelque compte de ceux dont elle a préparé la proscription et l'assassinat. Ce sont des calomniateurs qui ont dressé Féchafaud des Bailly , des Vergniaud, de tant d'autres martyrs illustres delà liberté; c'est en des libelles trop absurdes, disaiton, pour mériter l'attention la plus légère, qu'il fallait mépriser, et dont un législateur devait ignorer jusqu'à l'existence; c'est dans ces libelles que