‹ Documents biographiques sur P.C.F. DaunouChapitre 52 sur 136 · CHAPITRE VI. Jo · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. Jo

une société littéraire qui doit travailler au progrès de toutes les conoaissances humaines, et, dans la vaste carrière des sciences, de la philosophie et des arts , seconder par des soins assidus l'activité du génie républicain.

« L'Institut national n'exerce sur les autres établissements d'instruction aucune surveillance administrative, il n'est chargé luimême d'aucun enseignement habituel. Pour le soustraire au péril de se considéi'er jamais comme une sorte d'autorité publique, les lois ont placé loin de lui tous les ressorts qui impriment des mouvements immédiats, et ne lui ont laissé que cette lente et toujours utile influence qui consiste dans la propagation des lumières, et qui résulte, non de la manifestation soudaine d'une opinion ou d'une volonté, mais du développement successif d'une science, ou de l'insensible perfectionnement d'un arL

« Borné à ce ministère, l'Institut national est appelé du moins à l'exercer avec plénitude , avec toute l'étendue de liberté dont le besoin peut être senti par des âmes républicaines. Ceux qui ont le droit de lui demander des travaux n'auraient pas le pouvoir de lui commander des opinions ; et comme il ne possède aucun moyen de s'ériger en rival de l'autorité, il ne deviendrait pas non plus l'esclave ou l'instrument d'une tyrannie.

« Par ce mélangé même de tous les talents divers, par cette variété de travaux et d'habitudes, d'opinions et d'intérêts; par cette réunion d'hommes appliqués à toutes les sciences , consacrés à tous les arts, et eAtre lesquels on ne peut concevoir d'autre lien commun que l'amour de la patrie et des lettres ; en un mot, par son organisation même autant que par la nature de ses fonctions , l'Institut national est assez distingué de ces corporations dont les rois ont besoin de s'environner, et qui, prenant presque toujours deux caractères en apparence incompatibles, compriment la liberté des peuples et menacent aussi la puissance des gouvernements.

« Mais l'intérêt des lettres autant que l'intérêt politique invoquait cette association de tous les genres de connaissances. Les arts , en effet , ne paraissent indépendants les uns des autres que lorsqu'ils n'ont fait que leurs premiers pas : plus ils grandissent, plus ils s'aperçoivent de leurs relations naturelles et comprennent l'utilité du réciproque appui qu^ils se doivent. Dès lors les directions se croisent, les applications se multiplient, il se fait entre les familles les plus éloignées les alliances les plus

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imprévues; les genres s'identifient entre eux, pour ainsi dire, à mesure qu'ils se perfectionnent , et le progrès même des connaissances complique de jour en jour le problème de l«ur exacte classification.

« Aussi, en partageant l'Institut national en classes et en sections particulières, l'on n'a point prétendu sans doute olîrir un système rigoureusement analytique de toutes les connaissances l^umaines, mais seulement réunir d'une manière plus spéciale les hommes qui t dans l'état présent des sciences et des arts , ayant un plus grand nombre d'idées et de méthodes communes, et parlant en quelque sorte la même langue , peuvent avoir entre eux des communications plus habituelles et plus immédiatement utiles. L'Institut n'en conserve pas moins l'unité qui le caractérise , ce sont ses travaux qui sont divisés plutôt que ses membres ; et cette répartition qui distribue et ne sépare pas, qui ordonne tout et n'isole rien , n'est qu'un principe d'harmonie et un moyen d'activité.

« Les sciences mathématiques et physiques, objets de l'une des classes de l'Institut , ont triomphé de bonne heure des préjugés et des tyrannies qui avaient entouré leur berceau et comprimé leur premier essor. Libres avant la fin du dix-septième siècle du joug des traditions et des habitudes, guidées par le génie de l'analyse qui les instruisait à refaire leurs idées et leur langage, envi^*. ronnées des arts qu'elles éclairaient, et qui, fécondés par elles, devenaient de plus en plus leurs tributaires et les instruments de leurs travaux, on les a vues multiplier les moyens de sentir et de connaître; agrandir le domaine de la pensée, et s'avancer fièrement dans la voie de toutes les découvertes et de tous les succès.

« Loin d'interrompre le progrès des sciences mathématiques et physiques, la révolution , les associant à ses triomphes, n'a fait qu'enflammer leur activité et manifester avec éclat leur puissance. Tantôt les arts chimiques, préparant les exploits de nos légions formidables , dégageaient la foudre du sein de toutes les substances pour en armer les mains de la liberté et delà victoire; tantôt le génie des sciences, se combinant avec le génie de la législation républicaine, rétablissait dans les mesures commerciales * cette uniformité simple et précise qui doit être le gage de la fidélité des échanges et le symbole de l'unité politique du peuple fran- ^is. Au milieu même des plus violents orages , et lorsque ces

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