‹ Documents biographiques sur P.C.F. DaunouChapitre 53 sur 136 · CHAPITRE VI. lo · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. lo

sciences bienfaitrices essuyaient aussi des pertes dont elles ne sant pas consolées , elles reprenaient un nouvel essor, renaissaient dans des établissements nouveaux, se fondaient sur plusieurs points de la République, et surtout dans cette cité , des écoles , déjà plus illustres dès leur origine que les institutions de ce genre n'ont coutume de le devenir aux jours de leur plus parfaite maturité.

« Il s'en faut bien que les sciences morales et politiques, dont la seconde classe de l'Institut' doit s'occuper, aient pu faire encore un aussi grand progrès parmi nous. Le despotisme , dont la destinée était de les persécuter et de ne pouvoir pas les asservir, avait suscité, déchaîné contre elles l'intolérance de vingt corporations orgueilleuses, gardiennes de toutes les superstitions, protectrices de toutes les immoralités ; et au milieu de tant d'ennemis puissants, la philosophie n'était pas toujours, s'il est permis de le dire, bien vivement défendue par ses plus naturels auxiliaires ; trop souvent dédaignée ou peu encouragée du moins , soit par des littérateurs qui la trouvaient trop abstraite, soit aussi par des savants qui se plaignaient de rencontrer chez elle moins de démonstrations que de doutes, et plus de tentatives que d'assertions. Cependant, isolées, presque sans appui , n'ayant ni écoles publiques , ni livres élémentaires, privées de la plupart des moyens de propagation et d'influence, les sciences morales et politiques, fortes seulement de l'énergie que la compression provoque, employant tour à tour, pour tromper ou braver la tyrannie, les ressources diverses que l'instinct de la liberté suggère , ont préparé durant ce siècle l'imposante révolution qui le termine et qui rappelle vingtcinq millions d'hommes à l'exercice de leurs droits , à l'étude de leurs intérêts et de leurs devoirs.

«Si les premiers élans de la philosophie ont éveillé parmi nous le génie de la liberté , à son tour la révolution vient d'ouvrir à la pensée une plus féconde carrière. Les orages mêmes que nous venons de traverser, ce vaste ébranlement, ces désastres dont le souvenir doit être interdit à la vengeance, et ne doit pas être perdu pour l'instruction, deviendront sans doute aussi une grande époque dans l'histoire de l'esprit humain. C'est après des troubles politiques que les sciences morales se sont enrichies, dans le cours des siècles, de plusieurs immortels ouvrages qui doivent nous sembler à la fois plus intéressants et pltis clairs depuis qu'ils ont été commentés en quelque sorte par les trop mémorables événements, par les tragiques expériences auxquelles»

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nous avons assisté. Dans les temps calmés,, les passions humaines ne frappent que faiblement les regards du philosophe , et ne lui donnent que des sensations plus ou moins obscures ; dans les révolutions, dans ce choc terrible et heureusement peu durable de tous les intérêts, de toutes les vertus et de tous les vices, les caractères se développent, les traits moraux se grossissent, les facultés de l'homme apparaissent sous des formes plus prononcées, sous des couleurs plus distinctes. C'est alors que l'observation» qui commence toutes les sciences en formant des recueils de faits, peut en apercevoir, en rassembler, en comparer un plus grand nombre; c'est alors que la philosophie, placée plus que jamais en présence de la nature morale, peut en poursuivre l'analyse, en recréer la théorie, et s'instruire à ce spectacle de bouleversements et de destructions; ainsi qu'on voit, dans les sciences physiques, les savants étendre chaque jour leurs découvertes, en déplaçant les éléments de toutes les substances , en s'environnant des débris de tous les corps et des ruines de la nature.

«La troisième classe de l'Institut est dévouée à ces arts créateurs, qui semblent les chefs-d'œuvre de l'industrie humaine, les derniers produits de toutes les connaissances, de toutes les méditations, et dont néanmoins la destinée, jusqu'à ce jour invariable, fut de commencer Tinstruction de chaque peuple, de précéder partout les sciences physiques et morales, et d^en préparer le retour. Séduite elle-même par ces arts enchanteurs, la tyrannie ne s'aperçoit pas des écueils au milieu desquels ils l'entratnent; elle se croit couverte de l'éclat des talents et forte de leur gloire, tandis que, provoquant peu à peu l'audace de la pensée et l'énergie des sentiments, les lettres amènent la philosophie et appellent de loin la liberté.

«La révolution cependant, alors même qu'elle consommait l'affranchissement des beaux-arts , parut d'abord peu favoriser leur progrès, et un moment le ralentir. Ce n'est pas qu'ils n'aient aussi, durant ces années de commotions et de troubles, offert à la liberté des tributs honorables : souvent l'éloquence , la poésie , la musique ont pris avec un éclatant succès le noble accent du patriotisme ; mais lorsque de si grands intérêts occupaient tous les esprits , que de si pressants périls captivaient toutes le» pensées, les arts de la paix pouvaient-ils se promettre, au sein de toutes les discordés, d'attirer et de fixer sur eux ces regards rémunérateurs, cet hommage de l'admiration publique, dont l'espoir est nécessaire au talent pour qu'il soit tout ce qu'il peut être ?

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