‹ Documents biographiques sur P.C.F. DaunouChapitre 62 sur 136 · CHAPITRE Vn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vn

a vivement demandé le maintien de Brémond. qui est d'ailleurs son allié; on nous a fait observer que dans la Cisalpine^ le ministère de la guerre est aussi confié à un Français; qu'il était aussi impossible de trouver parmi les hommes du pays , quelqu'un qui eût l'expérience et les connaissances que celte fonction exige, etc. Le nom de Bassal ne nous plaisait guère , mais il avait réellement rendu des services durant le c^onsulat provisoire; il était devenu presque nécessaire à des consuls qui, avec des lumières générales, n'ont presque aucune habitude d'administration. A^isconti, Angelucci, Corona,ptc., ont demandé Bassal. Il a déclaré positivement renoncer à ses droits ' de citoyen français; il est juste d'ajouter que jusqu'à présent il s'est conduit ici d'une manière irrépréhensiblci II est encore certain que si les affaires s'expédient déjà dans le consulat avec quelque facilité, on lui en est un peu redevi^le*

Voilà les considérations auxquelles nous avons cédé. Mais Bassal et Brémond sont les seuls Français que nous ayons * . ^X

placés; et l'emploi de l'un et de l'autre est amovible.

Ces deux articles sont les seuils changements essentiels dont je me souvienne. Les autres sont de pures dénominations. Par exemple, ils ont mieux aimé le mot Consuiat que les Consuls, etc. Les articles relatifs au pouvoir du gouvernement et aux élections sont restés intacts. Nous avons ajouté l'article 369, qui conserve art général tme assez grande partie du pouvoir législatif jusqu'au traité d'alliance. Cet article était in- « dispensable; cen est passeulement une garantie pour la France, c'est encore un moyen de donner d'une manière plus sûre à la république romaine les lois qui lui sont nécessaires. C'est par cet article que nous avons pu faire les lois organiques que tu trouveras ci-jointes '.

* « Si l'on observe que lors delà promulgation de la constitution romaine^ il ne s'était écoulé que trente-six jours depuis la sortie du pape; que durant un intervalle si court, il n'avait pu être pris par les Romains aucune habitude, même aucune connaissance de nos formes de législation et d'administration; que les divers fonctionnaires publics , sénateurs , tribuns , consuls et autres , tous nommés le 3o ventôse, étaient des hommes plutôt rencontrés que

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11 faut penser, que les nouveaux fonctionnaires de Rouie sont fort embarrassés pour les moindres objets : ils n'ont connu la révolution de France que par quelques journaux et quelques écrits ; ils sont peu au fait de notre législation.

Parmi les consuls, Visconti nous paraît un homme trèsprobe, très- républicain et très- éclairé ; c'est ce que nous connaissons de mieux ici. Il a montré du courage contre l'ancien gouvernement dans des temps difQciles. Je crois qu'il en montrerait au moins autant contre les exagérés, s'ils formaient ici un parti. Pour Angelucci , nous nous sommes déterminés d'après son immense popularité ; il a 4d'ailleurs peu de lumières , mais il paraît très-honnéte homme. Il est actif, il est républicain , et nous voyous chaqu« jour que loin de donner dans l'exagération, il s'applique à modérer ceux qui y ont quelque tendance : il le fait aux dépens de sa popularité méme^ du moins jusqu'à présent. Pour attacher Ancône au système de l'unité et récompenser aussi cette ville du* zèle qu'elle a montré, nous y avons pris deux consuls, dont nous avons lieu d'être contents; ils sont tous deux du nombre des hommes les plus éclairés de ce pays , et on ne dit que du bien d^eux. L'autre, nommé Matteis , a été choisi pour sou caractère ferme et républicain, et pour sa haute réputation de probité.

Nous n'avons jusqu'ici employé aucune autre dénomina-*rion générale que celle de république romaine pour désigner le territoire ; mais le nom de Romains , i Romani y est déjà appliqué dans les lois et dans l'usage à tous les citoyens de la république; et plusieurs ont soin dans leurs mémoires et leurs écrits de s'intituler Cittadino Romano di AnconOy di Perugia, etc.; nous leur avons fort recommandé cette méthode ;

choisis; si l'on se figure tout ce qu'ils trouvaient d'embarras dans les procédés les plus familiers pour nous, on avouera qu'il fallait ou renoncer à l'organisation de la république romaine, ou la seconder par une influence très^positive. »

(Projet de défense des directeurs la RévellièrCy Merlin, Treilhard et Rewbely contre la proposition faite par Ruelle de les mettre en accusation, par Daunou; thermidor et fructidor an vu). Ce projet de défense est resté inédit.

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les habitants de Rome savent fort bien qu'ils ne sont pas les seuls citoyens romains. Je crois que nous aurions quelque peine à introduire le mot la Romana : en général ils résistent beaucoup aux changements dans leur langue; nous avons cependant exigé celui de Campidoglio en Capitolio. Nous ancrions voulu exprimer le mot citoyen par Cive au lieu de Cittadino, qui signifie habitant de la ville et fait contraste avec Contadinoy habitant de la campagne pils n'ont pas voulu , et nous ont opposé l'exemple de la Cisalpine.

Nous croirons que, relativement aux droits féodaux sur Naples, il n'y a rien de mieux à faire qutt ce que vous proposez. Bénévent pourrait s'échanger, i^ pour une position de territoire contiguë au territoire romain, par exemple, pour celui d'Arpino, patrie de Cicéron; a® pour quelques millions au profit de la république française , fqui, d'après les demandes que l'on adresse sans cesse ici de Milan, de Corfou, de la Corse et de Civita-Vecchia , paraît avoir de très-grands besoins en Italie... Mais de ces deux objets, il nous semble que nous ne pouvons rien faire que de concert avec le citoyen Trouvé ou avec son successeur. Ce qui nous revient de la cour de Naples annonce une grande peur plutôt que des dispositions offensives. Mais la nouvelle république romaine a déjà des vues sur l'État napolitain, et laisse beaucoup trop, ce me semble, éclater le désir de s'agrandir de ce côté-là. Dès qu'on eut tiré quelques exemplaires de la constitution , il nous vint des députations de pîitriotes demander que l'on mît, comme en France, des points après la nomenclature des départements. Nous y avons consenti : mais ils demandaient de plus des articles où l'on prévît le cas de l'accroissement du territoire ou de la population ; nous avons cru devoir nous y refuser.

Nous sommés dépositaires des livres demandés à la bibliothèque du Vatican par la. bibliothèque nationale dans les listes n° i et n° a que tu m'as transmises. Il ne manquera que douze à quinze articles que l'on n'a pu trouver et qui ne sont pas les plus précieux. Les scellés sont encore sur les autres bibliothèques indiquées dans les listes n^ 3 et 4 ; nous ferons^ pour remplir les vœux de la bibliothèque nationale,

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toutes les démarches efficaces qui seront compatibles avec les précautions à prendre dans des dépôts qui ont été exposés à beaucoup de dilapidation^. Nous avons mis également en réserve» $<»it pour la bibliothèque nationale, soit pou^ celle du Panthéon et de l'Ecole polytechnique, plusieurs articWs précieux provenant de la très-riche bibliothèque personnelle du pape.

Nous avons également mis en réserve tous les restes du médaillier du Vatican ; ce médaillier attend les ordres dU Directoire. Il partira pour Paris, si vous le désirez. 11 partira mqme si vous n'ordonnez pas expressément qu'il soit laissé; car il est encore riche et d'un transport peu coûteux.

D'après une lettre que nous avons reçue du ministre d^é relations extérieures, on a commencé l'emballement des objets de sculpture de la Filla Jlbani, propriété de la république française. Le transport coûtera cher, mais il n'équivaudra guère qu'au dixième de là valeur des objets qu'il serait d'ail-" leurs difficile de bien vendre ici ; vous n'avez point encore à Paris de Muséum de sculpture proprement dit. En laissant dans la Filla Albani près de trois cents objets^ ceux qui sont déjà désignés pour vous être envoyés rempliront deux cent quatre-vingt-dix caisses.

Les mesures que nous avons prises d'après vos arrêtés ont fait reparaître plusieurs objets précieux qui avaient été déclarés perdus; en tableaux par exemple, un Christ de Léonard de Vinci , une Vierge de Raphaël , etc.

La convention avec le gouvernement romain que nôus avons fait passer^ est extrêmement dure. En comptant )e$ trente-cinq millions payés par le pape , ce pàys-ci aura fourni plus de soixante-dix millions. Cela esl: énorme; mais Vous ne pouvez ignorer que les besoins le sont aussi.

La tranquillité règne depuis deux jours dans la troupe; mais il est cruel qu'on ne l'ait obtenue que par Timpunité actuelle des officiers insubordonnés ; il nous semble que le seul parti à prendre est de disperser peu à peu les corps qui sont ici, et de les bien remplacer. On paye durant ces jours-ci la solde de ventôse; mais on la payesnr Tancien pied, et cela occasionne des murmures. 11 est pourtant encore impossible

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de faire autrement; on a payé quatre mois depuis cinq dé* cades. Pour payer sur le nouveau pied et faire le rappel des mois passés, il faudrait des ressources qui n'existcot point encore.

On n'aperçoit point encore ici de factions politiques : comme l'aristocratie ne se montre point du tout , il n'y a pas non plusd*exaltation bien remarquable; mais il existe à Milan un foyer de turbulence qui devient chaque jour plus mena^ çant. Il importe à Ja Cisalpine que vous, repreniez au milieu d'elle beaucoup d'influence et d^autorité. Pilous avons écarté» le plus qu'il nous a été possible , uu assez grand nombre de prétendus patriotes de Milan, soit Français , soit Cisalpins, qui offraient de nous aider à révoliUionner TÉtat romain. ;

. Salut et amitié.

F. S, L'Institut naticmal de la république romaine tient sa première séance publique demain 1 5 germinal. * •

Rome, 26 germinal an vi (15 avril 1798).

Mon cher ancien collèoue ,

Je reçois à l'instant tes lettres du i3 et du i4 germinal : les catalogues de livres que tu me transmets sont les mêmes que ceux que tu m'as fait passer, il y a environ cinq décades ; tous les livres demandes par la bibliothèque nationale ont été trouvés et recueillis, à quelques exceptions près, et conformément à l'état ci -joint. Ils sont encaissés et partiront avec lesi:ableaux et statues. Ce transport sera long et difficile; durant la guerre, on ne peut songer à le faire par le Havre; il faudra le faire par Toulon et par les rivières et canaux dç France ; car s'il se faisait par terre, les frais seraient excèssjfs. Il y aura trois cenis caisses pour les seuls objets de sculpture, et peut-être une cinquantaine pour le restç. Nous envoyons un obélisque; mais quant à Ja colonne Trajane, il y a deux obstacles : i^ la dépense, qui n'est point calculable; a*^ l'arrêté que vous avez pris et ordonné d'afficher dans Rome, portant qu'il n'en serait enlevé aucun monument public. Cet arrêté nous est opposé, toutes les fois qu'il ç'agit

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d'objets d'art, par les consuls, et surtout par Visconti, antiquaire de profession et homme de lettres très-éclairé. En général je vois qu'il est bon de s'en tenir aux trois cent cinquante caisses : il n'est ni juste ni politique ,de trop multiplier les enlèvements de cette naflire. Les patriotes les plus estimables de ce pays ne les voient qu'avec peine, et il faut convenir qu'en leur place nous n'y serions pas moins sensibles. Il falitqu'il y ait un terme à tout, et surtout au droit de conquête. Ton ami Trouvé se désole à Naples ', et la lettre que la commission vous écrit , montre combien elle partage les inquiétudes de cet excellent citoyen. Reste à savoir si nous ne cédons pas un peu trop facilement, lui et nous , aux impulsions de ceux qui sont pressés d'entrer en guerre avec l'État napolitain. Il est sûr que le gouvernement ou plutôt la reine de Naples se conduit très-mal, multiplie les imprudences et semble provoquer une rupture. Il est certain encore que si vous tourniez contre Naples ce que vous allez rassembler de force dans la Corse ^ l'affaire ne serait ni longue ni douteuse. Enfin il est bien vrai qu'une guerre avec Naples exciterait parmi les Romains un enthousiasme général et ferait leur éducation républicaine. Mais le Directoire seul peut juger si un tel projet est convenable, s'il est opportun, s'il s'accorde avec le plan général des opérations politiques, et surtout s'il ne tendrait pas à remettre l'Empereur en mouvement, à rompre le traité de Campo-Formio et à recommencer la coalition. Je crois donc , pour mon compte, que la Commission ne doit se permetre ici aucune démarche qui puisse amener ou déterminer la guerre avec Naples, et je tiens d'autant plus à cette idée, que je vois qu'elle s'accorde tout à fait avec votre correspondance et avec celle du ministre des relations extérieures. Mais il me semble qu'il y a deux choses indispensables à faire. L'une de ramener s'il est possible la cour de Naples à une conduite plus sage, plus mesurée et moins offensante; l'autre d'augmenter nos forces en It«ilie : car l'expédition une fois partie ", il ne restera que ce qu'il faut pour

•Trouvé était alors ministre plénipotentiaire de France à Naples. > L'expédition d'ÉgypIe.

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