‹ Documents biographiques sur P.C.F. DaunouChapitre 65 sur 136 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

de Vendée. Ils sont au nombre d'environ dix mille, presque toiis paysans , mais ayant à I%ur tête des hommes repris de justice dans Tancien régime, et connus pour les plus mauvais sujets du pays. Ils se disent armés pour la religion , pour le pape et pour PEmpereur. Ils ont été battus plusieurs fois , ont perdu beaucoup de monde , et il y en a matintenant trois à quatre mille assiégés dans Cita-di-Castello, dont ils se sont emparés. Ils ont tué beaucoup de patriotes romains, quelques-uns des meilleurs fonctionnaires publics nouveaux^ et même plusieurs soldats français qu^ils ont surpris... Ce fléau existe sur presque toute la frontière qui touche à la Toscane; il occupe deux cantons du département du Cimino et presque la moitié de ceux du Trasimène.

Le général Saint-Cyr met beaucoup d'activité et de soin à la poursuite de ces révoltés; mais le pays qu'ils occupent est difficile. Il est aisé de leur faire prendre la fuite, mais ils rentrent aussitôt dans leurs foyers, disparaissent entiè^rement pour un jour ou deux, et recommencent ensuite sur d'autres points; P^ous avons d'ailleurs assez peu de monde à leur opposer, puisque l'expédition a lieu et que Desaix redemande les corps que l'on avait employés à cette guerre. Brune en a appelé à lui quelques autres, de telle sorte qu'on va être forcé de dégarnir Rome et la frontière vers IVaples , laquelle est à présent fort tranquille, mais où le trouble peut renaître, dès qu'elle ne sera plus contenue.

Nous n'aurons plus guère à Rome que la Légion polonaise , qui encore donne des inquiétudes, 1** parce qu'elle est arrivée non payée depuis quatre mois ; 2^ parce que les soldats polonais se montrent plus superstitieux encore que le peuple de Transtevere. On croit pouvoir compter sur les officiers ; mais la conduite des soldats inspire de la confiance aux aristocrates^ et nous sommes avertis que l'on prépare une insurrection pareille à celle du 7 ventôse.

Brune nous écrit qu'il faut regarder, notre position à Rome comme infiniment précaire; qu'il faut traiter les finances de cette république comme finances de l'année française, et faire filer vers Milan tous les objets précieux, etc. Nous attendrons quelque temps avant de nous prêter à ces mesures;^ car puis-

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que l'expédition se fait, il y a lieu de croire que vous ne songez point à entrer en guerre avec l'Empereur, et que Tétat de défense où le général Brune est déjà doit suffire.

L'état des finances deviendrait meilleur si Ton était plus tranquille. Malgré les troubles du Trasimène et les bruits dé guerre , on continue à vendre quelques biens nationaux , tant de ceux appairtenant à la république romaine que de ceux que la France s'est réservés : nrais polir peu que l'inquiétude augmente , on voit à peine oil l'on trouvera des ressources...

Il est inutile de faire observer que les plaintes des révoltés relativement à la religion sont même sans apparence, puisque l'on s'est abstenu d'y toucher. Cependant l'enlèvement de l'argenterie superflue des églises a pu causer quelque mécontentement réel mous avons, peu de jours après notre arrivée, résisté à cette mesure, mais nous n'avions point alors le pouvoir nécessaire pour l'empêcher; et d'ailleurs elle offrait une assez grande ressource pour des besoins pressants. ,

Le citoyen Ceracchi, dont je t'ai parlé dans ma dernière lettre, vient de nous a<lresser une pétition ou même une sommation tendante à ce que nous lui fassions payer cent quatrevingt-quinze mille piastres fortes, c'est-à-dire, un million de livres de France, pour indemnités à lui dues à cause des dommages que lui a faits l'ancien gouvernement, etc. Une telle demande, dont nous conservons soigneusement l'original , peut donner une idée de la folie du personnage et de l'ascendant qu'il croit pouvoir exercer ici. La Commission a répondu qu'il n'y avait pas lieu à délibérer sur la demande du citoyen Ceracchi. Joseph Bonaparte peut te donner des détails sur cet homme, qui sera ici l'un des fondateurs du jacobinisme dès que les circonstances promettront ce genre d'agitations '. Ce parti au r£Ste commence déjà à se former. Je voudrais

bien, pour mon compte , que l'on ne différât plus à fermer un

> Cette opinion de M. Daunou sur la turbulence de Ceracchi n'était que trop bien fondée; car il prit part, avec Topino-Lebrun et deux autres individus, à un complot formé pour assassiner Bonaparte. Arrêtés tous les quatre à TOpéra le lo octobre i Sot, ils furent condamnés à mort le 3o janvier i8oa et exécutés.

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