‹ Documents biographiques sur P.C.F. DaunouChapitre 68 sur 136 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

pas lieu à destitution contre ceux qu'il a destitués. Matera avait-il mérité sa destitution ? Je crois que oui ; mais les raisons en seraient longues à expliquer, et ce n'est pas le point important. Quand le consulat se serait trompé, de quel droit une commission militaire française prononce-t-elle entre lui et un ofïïcier romain? Comment Matera, né à IVaples, ayant, à la vérité, servi dans nos armées, mais ayant depuis pris du service dans la république romaine, peut-il être le justiciable d'un tribunal militaire français? etc....

Le général *** n'est pas reconnaissable depuis un mois; il est inaccessible à tout conseil; il se laisse entourer des intrigants les plus dangereux. Français et Romains; on ne lui parle et il ne parle lui-même que de son autorité; en un mot, il s'engage dans une très-mauvaise route. Nous avons eu pour lui tous les égards possibles, qu'au reste il a longtemps mérités. IVous nous abstenons de prononcer sur l'affaire de Matera , dans la crainte d'une rupture éclatante qui réjouirait ici au delà de toute expression les ennemis de la France et de la liberté.... C'est au Directoire exécutif à réprimer cette entreprise scandaleuse.

IVous recevons im renvoi du général , en cette forme : H s'agit d'un citoyen qui demande un emploi : « Rençoyé aux commissaires du Directoire ^ car le général n*a pas le droit de placer un brave homme. » C'est une étrange puérilité. Observe que toutes les personnes qu'il a recommandées comme lui élant-particulièrement connues , ont toutes été placées.

Renouvelez la Commission ; c'est l'annonce de son extinction prochaine qui fait pr^esque tout le mal. Je vais pourtant partir.

Les étourderies du général viennent surtout, à ce qu'il pa* raît, d'une mésintelligence ancienne entre un ou plusieurs de ses adjudants et le citoyen Brémond, ministre de la guerre, allié de Berthier, et placé par lui. On travaille singulièrement ce Brémond; on l'accuse de friponneries , et je n'oserais affirmer le contraire; mais nous ne voyons absolument aucune preuve à l'appui de ces imputations , et il est certain d'ailleurs que Brémond a de l'activité , qu'il remplit fort bien ses fonc-tions, et que nous ne connaissons personne qui pût être ici un meilleur ministre de la guerre.

i5o DOCujMrErrrs biographiques.

Nous attendons avee impatience des lettres du Directoire sur tous les objets de nos lettres précédentes.

Salut et amitié.

Rome /14 prairial an ti (2 juin 1798).

Mon cher ancien collègue,

J*étais sur le point de partir, lorsque diverses lettres particulières m'annoncèrent que les élections du Pas-de-Calais seraient cassées. J'ai vu depuis, dans le Moniteur, qu'on s'était borné à exclure quatre députés , et je me disposais encore à partir, quand j'ai été pris d'une fluxion qui me retient dans ma chambre depuis cinq jours. J'ai fixé mon départ à la En de cette décade.

Il y a longtemps que nous ne recevons aucune lettre du Directoire ; nous en attendons cependant sur plusieurs objets importants.

i^ Tous nous avez mandé que Garât était chargé de traiter l'affaire de Bénévent; il se trouve qu'il n'a aucune instruction sur ce point , et que M. de Gallo prétend que l'on traite à Paris. Soit à Paris ou ailleurs, je crois toujours qu'on aurait grand tort de céder Bénévent autrement que pour le territoire d'Arpino, l'arrondissement de Ponte-Corvo, les établissements napolitains dans Rome, et une somme quelconque d'argent à débattre entre les négociateurs. Il est certain que sous le règne du pape, la cour de Naples ne réclamait ni Bénévent, ni Ponte- Corvo, ni Ronciglione. Bénévent est une acquisition qu'il lui importe de faire : pourquoi n'açhèlerait-elle pas la convenance?

a^ M. Manfredini nous a dit que le grand-duc s'empresserait de reconnaître la république rgmaine, dès qu'elle aurait é)é recoimne i^divwwe grande puissance, M. Castellini nous en a dit autant de la part du roi de Naples. Nous avons fait observer à l'un et à l'autre que la république française, par qui la république romaine est déjà reconnue, pouvait, ce semble, passer aussi pour une assez grande puissance : ils ont alors désigné

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l*un et Tautre VEspagne ou TAutriche. Il faudrait donc , sans de plus longs retards, ou obtenir cette reconnaissance soit de l'Empereur, soit de TEspagne, ou Texiger du grand -duc, des rois de Sardaigne et des Deux-Siciles , lesquels, après tout, ne peuvent décemment résister aux désirs justes et raisonnables que le Directoire exécutif de la république française leur exprime. Vous devez sentir que ces reconnaissances feraient ici beaucoup de bien.

3° Nous vous écrivons pour vous inviter à examiner s'il^ ne conviendrait pas d'avoir une armée de Rome, distincte et indépendante de l'armée d'Italie. Nous rendons pleinement hommage aux intentions du général Brune , à son patriotisme, à ses lumières; mais il est certain que de Milan il ne voit pas ce qui se passe dans ce pays-ci, et, soit dit entre nous, tout ce qu'il nous écrit vient d'un autre monde , et ressemble à ce que nous écririons nous autres sur les affaires intérieures de la république helvétique. Il nous désespère surtout par ses idées ai existence précaire y de ioxxt faire filer vers la Cisalpine, de traiter les finances de Rome comme françaises, etc. Il nous ôte des généraux estimables pour nous envoyer les D***, les G***, et d'autres qu'il ne se soucie point d'avoir près de lui. En un mot, la vérité est qu'il ne voit dans cette malheureuse république romaine qu'une province tributaire de son armée. Tout autre général en chef de l'armée d'Italie , vivant à Milan , en dira, écrira et fera de même où pis encore, parce qu'il aura moins de mérite et de bonnes qualités que Brune. Ayez donc, du moins en temps de paix , une armée de Rome qui ne dépende immédiatement que de vous.

4° Nous attendons aussi vos ordres sur le maintien ou sur le remplacement de la Commission. C'est surtout quand elle n'existera plus que l'unité de l'armée d'Italie sera bien funeste aux pauvres Romains, et rendra en effet leur constitution fort précaire. Le tribunat et le sénat ont fixé (en faisant un peu la grimace] l'époque de leurs quatre mois de vacances : ils ont pris les quatre mois des plus grandes chaleurs, thermidor, fructidor, vendémiaire et les vingt-cinq premiers jours de brumaire, car ils ont voulu tenir compte des cinq jours complémentaires. Durant ces quatre mois, vous.devez^

ï5l DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES.

d'une manière ou d'une autre/ laisser auprès du consulat un appui ou uue direction quelconque. Choisissez donc entre d'autres moyens ou le maintien de la Commission ; je crois de plus en plus que ce dernier parti serait préférable. Faypoult, que depuis votre krrété du 18 ventôse nous avons chargé plus spécialement des travaux relatifs aux finances , continuerait d'y apporter tout ce qu'on peut désirer de probité, de zèle et d'intelligence:]! empêcherait les dilapidations, assurerait tous les services et ne vexerait le pays qu'autant qu'il est indispensable. Faypoult et Florent, ou seuls, ou avec le collègue que vous leur donueriez,|éclaireraient les autorités constituées, réprimeraient les abus d'administration dès leur naissance , imprimeraient de bonnes habitudes, et tiendraient, en respect les intrigants et les agitateurs de toute espèce.

Le moment actuel est à tous égards extrêmement tranquille; il en faut profiter pour prévenir les orages futurs. Avec des soins et de la patience on peut tout mener à bien, et fonder de nouveau dans ce pays un domaine solide à la liberté. On ne peut guère reprocher aux fonctionnaires publics que leur inactivité et leur inexpérience, résultats nécessaires du régime sous lequel ils ont vécu. S'il y a une manière gauche d'entendre une loi ou de l'appliquer, ils la prennent, et il en résulte des abus grossiers qui cessent à l'instant dès qu'on les en aveirtit. Tu pourras eu trouver des exemples dans la loi cijointe, dont presque chaque article est relatif à quelque désordre que l'ignorance plus que la mauvaise volonté avait introduit.

Depuis la défaite des brigands du Trasimène, le patriotisme a repris plus d'élan que jamais ; les fêtes et les chants civiques , les plantations d'arbres de la liberté , les pièces de théâtre républicaines , tout cela excite un enthousiasme général et fort bruyant, et rappelle quelquefois un peu les premières années de la révolution française. Depuis la loi qui déclare les prêtres responsables de tous les mouvements séditieux qu'ils n'auront pas très-activement empêchés , c'est à qui fera des sermons en Thonneur de la république; on prêche la liberté^ l'égalité, le payement des impôts, le service de la garde nationale, presque autant que la sainte Vierge et

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