CHAPITRE VII. l
les apôtres. L'expulsion des moines étrangers, c'est-à-dire de plus de la moitié des moines qui se trouvaient sur le territoire romain , est enfin à peu près achevée : cette opération a été un peu longue , parce qu'il nous a paru convenable de la faire avec les égards que l'humanité réclamait. Elle a produit de bons effets : aujourd'hui on ne voit presque plus de moines dans les rues; mais en récompense on les voit sur la scène, où ils font beaucoup rire à leurs dépens. £n un mot, je n'ose^ rais pas t'assurer qu'il y a beaucoup de patriotisme dans les âmes, car comment répondre des âmes italiennes? Mais il y en a beaucoup dans tous les actes extérieurs.
Salut et amitié.
Rome, 27 plairial an vi (15 juin 1798).
Mon cher ancien coLLécus,
J'arrive en ce moment de Naples , et je comptais partir de suite pour Florence ; mais le citoyen Faypoult va partir pour Milan, et le citoyen Florent me presse de rester encore quelques jours pour partager avec lui le travail. Il est bien vrai qu'à cause de la multitude des détails, des correspondances et des consultations , il est difficile qu'un seul suffise , à moins d'organiser des bureaux et d'avoir beaucoup de commis, chose extrêmement dangereuse , et que la Commission a évitée par-dessus tout , s'étant toujours bornée à trois ou quatre copistes ou traducteurs. Mais quel que soit l'embarras où le citoyen Florent va se trouver si vous ne lui donnez pas des collègues, il me semble peu convenable qu'étant membre du conseil des Cinq-Cents je continue d'exercer ici des fonctions d*une autre nature. Je crois donc ne devoir y demeurer que durant quelques jours, espérant que dans ce court intervalle nous recevrons quelque arrêté du Directoire ou sur le remplacement de la Commission, ou, ce qui vaudrait mieux, sur sa réorganisation par l'envoi de deux nouveaux membres ou au moins d'un. ... On me remet en ce moment le paquet dont
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tu as chargé le courrier de l'envoyé extraordinaire de Rome. Parmi les citoyens que Giustiniani indique dans sa note, il en est que nous avons placés , comme Calandielii et Baraglia : plusieurs autres nous ont été désignés comme des ennemis de la révolution , et nous avons dû au moins ajourner leurs nominations jusqu'à plus ample examen. On cite encore contre eux des discours et dès <lémarches qui peuvent faire craindre de les employer. Au surplus^ nous allons prendre sur chacun d'eux des informations excictes , et s'il en est quelqu'un qui ne soit pas aristocrate , il sera placé; car nous avons exprès laissé des places vacantes partout^ même dans les conseils législatifs.
Bruner se conduit un peu mieux. PourCeracchi^ il est parti, et il est allé, dit-on , demander justice à Milan ou à Paris , contre notre arrêté qui rejette la réclamation qu'il faisait de plus d'un million de livres tournois d'indemnités... Le club ou cercle s'est fermé de lui-même, à la suite de la loi que je joins ici, et dont les articles 21, 2a et 23 le concernaient. Cette loi peut donner une idée des abus singuliers qui s'introduiraient dans les diverses autorités constituées. Vous devez bien penser que tout ce que vou^ avez fait dans ces derniers mois contre les anarchistes de France , contient aussi les anarchistes d'Italie. . .
Les finances françaises et romaines sont ici dans un état sensible d'amélioration. Il se fait chaque jour, au profit de l'une et de l'autre république , des ventes avantageuses de leurs biens nationaux respectifs ; et l'on commence à y voir plus clair, ce qui est du surtout aux soins de Faypoult, qui s'en va porter près de trois millions à Milan.
Les deux départements romains que je viens de parcourir sont dans la plus parfaite tranquillité ; il en est de même des autres; et en général les choses iraient passablement, s'il y avait quelque moyen de donner aux fonctionnaires publics un peu d'activité et d'intelligence.
Je veux te dire un mot de Naples; non de tout ce que ce pays renferme de beau et d'étonnant , ce qui serait fort long, mais de son gouvernement, ce qui peut être fort court; car tout pourrait se borner à dire que c'est un gouvernement
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royaliste détestable. C'est comme sous Robespierre en France ; des arrestations chaque jour, des bastilles à chaque coin de la ville et dans les provinces ; partout des espions, des déla-> tions et des suspects : il ne manque que la guillotine , et ce n'est plus qu'un reste de crainte qui empêche de verser le sang. Qu'il y ait dans cette multitude de détenus quelques mauvais sujets et des brouillons dangereux, cela est bien possible : mais les crimes du plus grande nombre sont d'avoir parlé avec quelque intérêt des actions , des lois et des succès des Français, ou d'en avoir accueilli quelques-uns : j'ai été témoin de l'arrestation de plusieurs jeunes gens pour la seule cause de leur chevelure noire à la française et sans aucun autre prétexte. L'ambassadeur et le consul de la république sont là en éternelle quarantaine : MM. de Gallo et Castellini ont seuls la permission de voir des Français; tout le reste fuit loin d'une cocarde tricolore ou jette sur ceux qui la portent des regards insultants. Toute la correspondance de l'ambassadeur, active et passive, est arrêtée, décachetée et gardée dix à douze jours. La haine de la reine pour les Français va jusqu'à la frénésie : le roi n'est guère que plus bête qu'elle, et n'est pas beaucoup moins malveillant; il ordonne des arrestations de son mouvement propre, et ne s'entoure que de nos ennemis les plus prononcés. D'ailleurs on arme et on recrute de toutes parts, et je ne serais pas surpris qu'on voulût chercher quelque querelle à la république romaine. M. de Gallo tient sur cette république des propos très-légers ; on ne.sait pas, dit-il, pourquoi elle existe. En un mot, vous n'êtes réellement pas en paix avec le gouvernement napolitain ; il y a tout au plus armistice. Nous avions été tentés de croire que Trouvé mettait dans ses lettres et dans ses démarches un peu trop de verdeur; mais je suis persuadé que tout républicain franc et honnête que vous enverrez là, sentira , parlera, écrira, agira comme Trouvé. Carat* a commencé sur le ton de la plus grande modération ; il est maintenant affecté et disposé tout comme son prédécesseur; il n'y peut plus tenir. Je suis loin
> Alors ministre de France à Naples, où il avait remplacé Trouvé.
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de conclure de ces détails qu'il faille déclarer la guerre à ce haïssable gouvernement, car la guerre est une horrible chose. Mais si Ton ne prend pas un ton plus ferme avec la cour de Naples et avec son ambassadeur à Paris, si Ton n'exige pas une conduite plus franche et plus réellement pacifique , ces gens-là prendront pour de la faiblesse tous les ménagements que vous aurez pour eux, et finiront par des excès que vous ne pourrez plus tolérer. Je ne puis croire ce que dit Gallo d'un arrangement fait à Paris sur Bénévent et Ponle-Corvo , qui seraient cédés sans autre indemnité que la renonciation à de prétendus droits sur Ronciglione. Gela serait désolant de toute manière, et par le mécontentement d'ailleurs bien fondé qu'en ressentiraient les Romains , et par l'audace qu'un tel succès inspirerait à la cour de Naples; et enfin par la perte réelle et toute gratuite qui en résulterait pour les deux républiques romaine et française.
Salut et fraternité.
Borne, 30 prairial an vi (19 juin 1798).
Mon cher ancien collègue ,
Faypoult est parti, et je suis fort embarrassé sur ce que je dois faire. D'un côté, il me semble que mon poste est à Paris; de l'autre , mon départ de Rome pourrait n'être pas sans inconvénient. Florent a tout ce qu'il faut pour faire beaucoup et pour faire bien ; mais il craint de se trouver seul, en place d'une Commission qui a été de quatre membres; seul en 'présence de bien des gens que cette Commission a fort gênés et qui tâcheront de faire croire qu'elle n'existe plus. Remplacez-la donc , ou, ce qui serait encore mieux, recréez-la par l'addition d'un ou de deux membres.
On nous parle de L. S. M., de T., d'Ys, de M., de Th.; soit dit entre toi et moi, je ne puis croire à ces nouvelles que tout le monde répète ; cependant tout va ici d'une manière passable : mais vous devez sentir que trois ou quatre mois de mauvais gouvernement suffiraient pour tout bouleverser. Quoi qu'il en soit , le citoyen Florent est tout à fait digne de votre
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confiance, et de quelque manière que vous l'employiez, comme commissai^ ou ministre diplomatique, il vous servira bien ici ; mettez à côté de lui de braves gens.
Votre flotte nous donne des inquiétudes ; mais je me persuade que les Anglais qui la poursuivent vont être ou sont déjà poursuivis par les Espagnols. Quant au gouvernement, napolitain, sa conduite devient de jour en jour plus intolérable. Tout ce qu'on a fait pour dissiper ses alarmes aurait dû le rendre plus modéré, plus loyal et plus sage; mais il court à sa perte. ^
Il serait beau sans doute que la république romaine renonçât solennellement aux droits de suzeraineté que les papes exerçaient sur Naples. Nous avons engagé les consuls à cette démarche, ainsi que tu le proposais dans une de tes lettres; mais il eût fallu : 1^ ^ue le roi de Naples eût reconnu préalablement la république romaine; a^ que l'échange de Bénévent pour un territoire plus étendu eût été consommé ; 3** enfin que ce * gouvernement eût tenu une meilleure conduite envers les Romains et les Français.
Le pape, le jour de Saint-Pierre, faisait une proclamation solennelle de ses droits sur le royaume de Naples. Les consuls ont ridée de faire ^ non le jour de Saint-Pierre, mais le décadi suivant, une proclamation pareille : nous les ferons renoncer à cette idée, à laquelle ils tiennent d'ailleurs beaucoup. Nous ne laisserons faire autour de nous rien de ce qui ressemblerait à une agression. Mais plus nous exhortons à la paix tous ceux qui nous environnent , plus nous devons vous informer des dispositions véritablement hostiles de la cour napolitaine, du peu de succès de tous les égards, de toutes les condescendances que Ton a eus pour elle , et du danger qu'il y aurait à ne pas lui montrer enfin un peu plus de fermeté.
Ce qui se passe entre la république ligurienne et la cour de Turin excite ici une dangereuse émulation. Il est plus que temps que vous fassiez reconnaître la république romaine par les princes d'Italie. C'est une mesure de paix générale.
Salut et amitié.
Rome, le . , . .messidoi an ti (juin 179tt).
Mon cher ancien collègue,
Voici la copie d'une lettre que Faypoult nous écrit de Milan; je t'invite à la lire, et à jeter aussi les yeux sur une lettre très -courte que nous écrivons au Directoire exécutif.
Par la convention du 5 germinal, le gouvernement romain s'est engagé, et à payer trois millions de piastres ^ et h nourrir e% entretenir V armée. Ce sont deux engagements distincts , indépendants; ce n*est pas, comme le ministre de la guerre le suppose, trois millions de piastres /7oe£r la nourriture et l'entretien de nos troupes; c'est cette nourriture et cet entretien , plus les trois millions. Wous désirons que le Directoire exécutif veuille bien saisir cette explication très-simple, et c'est le seuljobjet de la lettre que nous lui adressons. Uerreur du ministre va donner lieu à de très-grands embarras.
Il paraît qu'on vous dit beaucoup de choses contre une compagnie Hardi qui a traité avec le consulat. On nous en dit au moins autant contre une compagnie Bodin qui a traité à Paris. Il y a toujours celte différence que la première ne volerait que la'république romaine, au lieu que la seconde volerait la république française et la république romaine aussi. C'est une vilaine chose que la finance ; je crois que le meilleur parti pour celles d'Italie est d'avoir confiance en un homme tel que Faypoult. Je tiens sa probité pour non suspecte; il est laborieux et actif; et quant à la capacité^ Haller seul en Italie en avait autant ou davantage.
Il paraît aussi qu'on vous a parlé contre le citoyen Périllier, qu'Haller a laissé ici comme agent des finances, et qui a jusqu'ici travaillé sous Tinspection de la Commission. Ce qui est bien sûr, c'est quç Périllier n'a fait aucune opération ni grande ni petite, que Faypoult n'ait examinée, vérifiée 'et surveillée avec scrupule. Depuis le départ de Faypoult, nous donnons au travail de cet agent toute l'attention dont nous sommes capables, et nous renvoyons à Faypoult ce qui nous semble embarrassant. Il est bien vrai que Périllier a été entrepreneur, mais sa conduite depuis le départ d'Haller nous a paru irré-