CHAPITRE VII
prochable ; il nous a dénoncé beaucoup d'abus et fait recouvrer beaucoup d'objets détournés. H est d'ailleurs fort assidu, fort intelligent, et la Commission ^ chargée de tant d'autres travaux, avait besoin d'un agent semblable. Quel autre auraitil fallu prendre?
Le général **''' se conduit toujours bien raal^ et si nous ne gardions pas plus de mesure que lui, il y aurait entre lui et nous rupture éclataute. C'est la fciutede ce qui l'entoure plus que la sienne. Malheureusement^ il a peu d'esprit, et se laisse facilement séduire par ceux qui lui parlent de son autorité.
L'affaire de la gendarmerie est bien simple : Angelucci avait fait une liste de candidats à nommer pour officiers. Voyant que depuis quelque temps nous n'avions pas une confiance extrême dans ses listes, il va trouver le général, et lui propose ses candidats. Le général fait observer d'abord qu'il ne peut pas non^mer sans nous. Angelucci lui fait entendre que la loi donnant la nomination au général et ne parlant que du général^ on n'a besoin que de lui. Le général*** s'est laissé persuader, et a signé. Instruits aussitôt de cette contravention à vos instructions, nous nous hâtâmes de casser ces nominations avant qu'elles devinssent publiques, et nous eûmes soin d'insérer, soit dans notre arrêté,. qui est demeuré secret, soit dans notre lettre d'envoi au général, tout ce qui pouvait l'assurer de nos sentiments d'estime et d'amitié pour lui. C'est depuis lors qu'il ne garde plus avec nous aucune mesure, et qu'il se fait le centre de tous les intrigants, de tous ceux qui n'ont point obtenu d'emplois , de tous les of&ciers supérieurs dont la commission a arrêté les extorsions , supprimé les tables, etc.
Je pars dans un moment qui n'est pas très-lucide. Si le Directoire ne recompose pas la Commission pour quatre ou cinq mois encore ; s'il ne l'investit pas de toute sa confiance , il peut arriver ici beaucoup de mal.
Salut et amitié.
l6o DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES.
Paris, 2 brumaire an tu (23 octobre i798).
Mon cher aucien collègue ,
Je reçois à Tinstant un paquet de Yisconti , et je ne puis pas arrêter le cours de ses réclamations, dont la justice n'est pas douteuse à mes yeux. Je t'engage donc à lire sa lettre et les pièces y jointes.
Le séjour que j*ai tait à Rome, et la connaissance que j*ai dû y acquérir des hommes destitués et des remplaçants , ne me permettent aucune incertitude sur la nature de cette espèce de révolution.
On a chassé des hommes honnêtes, républicains par principes ; on les a remplacés par des agitateurs et par des fripons. Voilà toute l'histoire.
Visconti est ce que j'ai vu de plus éclairé et de Qoeilleur en Italie; Pierelli, président actuel du consulat, est un trèsmauvais sujet, n'ayant d'autres moyens que ceux de l'intrigue et de L'anarchie.
Il n'y avait eu à Rome ni arrestations , ni émigrations forcées, ni d'autres mesures révolutionnaires que celles qui étaient nécessaires au passage de l'ancien gouvernement à l'actuel. Aujourd'hui, tout est en mouvement et en combustion , et il est tout simple que cela s'appelle udq grande régénération.
Je conviens qu'il n'y aurait qu'à laisser aller. Il ne faudrait pas quatre mois d'expérience pour éclairer tout le monde sur les sottises que l'on vient de faire.
Mais, enfin, un homme que je crois parfaitement innocent, et qui est en proie à la fureur de ses ennemis, un consul destitué, réclame, et il paraît assez naturel que vous l'écoutiez.
Jamais , que je sache , vous n'avez donné à vos commissaires le droit de destituer des consuls. Nous n'avions jamais cru être investis d'un tel pouvoir ; et lorsque parfois nous nous repentions d'avoir nommé Angelucci, nous disions toujours : Si cela continue, nous écrirons au Directoire de le destituer.
Que le Directoire exécutif de France exerce une telle autorité sur les directoires qu'il a créés , cela peut se concevoir