CHAPITRE VH
dans les circonstances présentes; mais qu\in commissaire arrivé depuis quelques jours à Rome^ fasse de son chef une telle opération , on a peine à le concevoir.
Au bout du compte, le consulat romain est l'un des gouvernements de l'Europe, et il me semble qu'on doit toujours quelques égards , même à des gouvernements qui commencent.
Le moindre tort de l'opération dont il s'agit, est d'étl'e une injustice. A l'égard d'Angelucci, elle est, de la part des commissaires, un excès de pouvoir; et elle est, pour la pauvre république romaine, le commencement de beaucoup de malheurs. C'est , en un mot , du plus pur jacobinisme.
Ce sont là, mon cher ancien collègue, des vérités dont j'ai la conviction intime. La première Commission avait fort bien pu se tromper sur les individus qu'elle a été obligée de choisir à la hâte; elle a reconnu plusieurs de ses erreurs, et les a réparées quand elle l'a pu. C'est ainsi qu'après avoir nommé ce même Pierelli ministre de la justice et de la police, elle Ta destitué deux mois après , voyant qu'il ne publiait aucune loi, qu'il n'en exécutait aucune, et qu'il n'était occupé que du soin de rouvrir les clubs qu'elle fermait. Nous nous sommes bien cruellement trompés encore, en maintenant Bassal au secrétariat du consulat; mais, durant deux mois, il s'est conduit avec beaucoup d'adresse , et ce n'est qu'à la fin de mon séjour à Rome que je me suis aperçu que nous aurions bien mieux fait de suivre le conseil que tu m'avais donné , dans une de tes lettres, de le renvoyer.
Je finis cette longue lettre , qui est pour toi seul.
Salut et amitié.
Cette république romaine n'eut qu'une durée bien éphémère. Établie le 27 pluviôse an vi , ou i5 février 1798, elle fut renversée le 9 frimaire an VII (29 novembre 1798), lors de la retraite de Championnet, au moment où Mack et le roi de Naples entrèrent dau^s Rome.
l6a DOCUMENTS BIOGRAPHIQUES.
Les cinq consuls nommés le 3o ventôse an vi étaient Visconti, Angelucci, Reppi, de Matteis et Panazzî. Visconti et Panazzi furent destitués le i**^ jour complémentaire an vi parles commissaires français Bertolio et Duport , qui avaient remplacé dans la Commission Daunou et Monge.
Les trois autres consuls avaient donné leur démission la veille. Le nouveau consulat, institué par Macdonald , se composa deZaccoleoni , Brizi , sénateurs; Rey, ministre de la justice; Callisti , président d'un des tribunaux civils de départements; et Pierelli , ancien ministre de la justice.
La correspondance de Daunou a^ montré combien tous ces hommes étaient peu propres au maniement des affaires dans un gouvernement libre. Il leur avait apporté des institutions qu'ils n'avaient pu comprendre. Parmi ses travaux , à cette époque , nous trouvons un code civil écrit en entier de sa main, qu'il destinait à ce pays» mais qui jamais n'a vu le jour.