CHAPITRE I. S
à FOratoire un sujet aussi jeune, et cette dérogation aux usages ordinaires n'avait lieu que lorsqu'il s'agissait des élèves les plus distingués. Du reste, l'extrême modestie deDaunou, l'éloignement qu'il se sentait dès lors pour le monde, la pensée d'avoir constamment à sa disposition les riches, bibliothèques de sa congrégation, lui faisaient, trop facilement peut-être , fermer les yeux sur lès. inconvénients de la vie ecclésiastique.
La célèbre congrégation de l'Oratoire renfer-^ mait, au moment où le jeune Daunou y entrait» des maîtres habiles et des littérateurs distingués. C'étaient le P.- Houbigant, l'un des premiers hébraïsants de l'Europe, mort presque centenaire en 1783 ; Dotteville, traducteur de Tacite; Cotte, savant physicien ; Adry, bibliographe instruit, etc. Daunou se lia intimement avec eux. Envoyé à la maison d'études de Montmorency, pour y suivre des cours de théologie, il y résida jusqu'en 1780. Cette théologie ne ressemblait guère à celle que l'on enseignait dans les séminaires et dans leis autres écoles ecclésiastiques de ce temps. Les oratoriens, en effet, fondés pour combattre la doctrine pernicieuse des jésuites, savaient allier une sage philosophie aux prescriptions sévères du christia* nisme. « iJi , suivant l'expression de Bossuet , une sainte liberté fait un saint engagement; on obéit sans dépendre, on gouverne sans commander; toute l'autorité est dans la douceur, et le respect^ s'entretient sans le secours de la crainte', n
* Oraison funèbre du P. fiour^oing.
6 DOGUMEATS B106RAPHIQUKS.
Aussi peut -on croire que Fesprit du jeune Daunou, dëjà formé à la saine littérature classi* que, prit plus d'étendue et de maturité encore dans les leçons qu'il reçut pendant son séjour à Montmorency.
Ses études étant complètement terminées, Dau* non, suivant la r^le de la congrégation à laquelle il appartenait, devint professeur à son tour; et toujours suivant la même règle, il commença par les plus basses classes de grammaire, d'où il ne tarda pas, en parcourant rapidement les divers degrés de renseignement, à parvenir au plus élevé de tous, k théologie. En effet, nous le voyons, de 1780 à 1783, successivement professeur de sixième, de cinquième et de quatrième, au collège des oratoriens à Troyes. De 1783 à 1784» il enseigna la logique à Soissons; mais sa santé s'étant altérée pendant son séjour dans cette ville, il reçut de ses supérieurs Tautorisation d'aller respirer Pair natal, et de 1784 à 1785, il professa la philosophie au collège de Boulogne.
Pendant qu'il se trouvait dans cette ville , survint une circonstance dans laquelle le profond respect qu'il avait pour les volontés de son père, lui sauva la vie.
C'était au commencement de juin 178$; on était fort occupé à Boulogne des préparatifs de l'ascension en aérostat, que Pilastre du Rosier y préparait pour se rendre en Angleterre. Daunou, qui se livrait alors avec ardeur, tout en professant la philosophie, à l'étude de la physique et des mathématiques , avait le plus grand désir d'accompagner Pilastre