‹ Documents biographiques sur P.C.F. DaunouChapitre 85 sur 136 · CHAPITRE IX. 20 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. 20 I

de Tàcle constitutionnel, après s'être entendu secrètement avec plusieurs sénateurs, dans le dessein d'empêcher que le retranchement se fit par la voie du sort. Tronchet, rapporteur de la Commission nommée par le Sénat, en fit sentir les prétendus inconvénients, et finit par proposer de réélire les quatre cinquièmes du Tribunat. Ce parti fut adopté, quoique combattu, et les vingt membres dont on voulait se débarrasser furent éliminés par forme de prétention. Stanislas de Girardin dit qu'on ne voulait pas comprendre Daunou dans cette élimination; 'mais Bonaparte l'exigea , parce qu^il veut que Von sache bien quil ne pardonne jamais à ses ennemis. Ce qui n'empécha pas qu'il n'eût vingt-trois voix dans le Sénat pour être conservé. Le principal grief qu'on lui opposait, c'était que, depuis l'adoption de la loi sur les tribunaux spéciaux, il n^avait point assisté à une seule séance du Tribunat , et qu'il avait déclaré qu'il n'y siégerait pas aussi longtemps que durerait la tyrannie.

Madame de Staël, d'accord avec de Girardin, dit , dans ses Dix années cTexil \ que la présentation de Daunou par le Tribunat pour le Sénat fut la cause qui détermina Bonaparte à l'élimination des vingt memhves. <si Daunou ^ ajoute-l-elle , était un républicain probe et éclairé , mais certes nullement à craindre, nVarmi les vingt tribuns éliminés se trouvaient Chénier, Benjamin Constant, Desrenaudes , Ganilh , Ginguené, etc.

\ couvres de madame de Staôl , t. XV, p. 55.

20i DOCl MENTS BIOGKA PHIQUKS.

La conduite du Tiibunat, avant qu'une élimination arbitraire eût dénaturé ce corps, a été diversement jugée par Thistoire. Jusqu'en ces derniers temps, il est vrai, on s'accordait généralement à rendre justice aux hommes courageux qui avaient essayé de combattre pour la liberté expirante et de maintenir presque seuls les principes de la révolution française. Mais un historien éminent, M. Thiers, est venu attaquer récemment l'opposition du Tribunat; il la trouve incombe'nantej et pense qu'encouragée par la patience de Bonaparte, elle serait peut-être devenue plus qiibv' commode^ mais dangereuse et même insurmontable^.

Nous sommes loin d'adopter cette opinion, et nous croyons Fermement que s'il y a eu quelque chose de dangereux et d'insurmontable pour Napoléon, c'est d'avoir brisé toutes les digues qui pouvaient s'opposer aux ({ébordements de son insatiable ambition.

Est-il vrai d'ailleurs que le Tribunat ait fait une opposition systématique et malveillante?

Dans sa première session, celle de l'an viii, neuf projets de lois donnèrent lieu à des discussions; un seul fut rejeté. Dans la session de l'an IX, dix projets furent examinés sérieusement, deux seulement furent rejetés. Dans les deux sessions de l'an x, quatorze projets de lois amenèrent des discussions, et trois furent rejetés par le Tribunat.

Encore faut-il reman^uer que presque tous les

' Histoire du Consulat et de V Empire , t. III, p. 410-41 1.

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