CHAPITRE IX. liOJ
projets rejetës ou corabattus par l'opposition tribunitienne, consistaient en des lois, qui depuis longtemps ont disparu de noire législation , tant ell^s étaient contraires à l'esprit libéral et modéré de notre siècle. Parmi ces dernières nous citerons celles qui rétablissaient le droit d'aubaine, la marque, la traite des nègres; celle encore qui rendait les citoyens justiciables du ministre de la police, anéantissait l'institution du jury, livrait les accusés à l'arbitraire en ne permettant aucun recours contre la violation des formes, etc.
Il ne faut pas oublier non plus que le droit d'amender un projet de loi n'existait pas alors, et qu'il y avait nécessité pour leTribunat, comme pour le Corps législatif, d'adopter ou de rejeter purement et simplement les lois qui leur étaient soumises, sans pouvoir les améliorer dans le cours de la discussion.
Nous sommes donc convaincu que les idéologues qui combattirent les étranges projets que nous venons de rappeler, rendaient service tout à la fois au Gouvernement et à l'humanité, et qu'ils sont loin de mériter l'animadyersion ou les sarcasmes de l'histoire.
Il demeurait évident que la liberté était détruite en France. Daunou, profondément affligé de ce spectacle , tomba dangeieusement malade. Revenu à la santé , grâce aux bons soins de son médecin Bosquillon, helléniste distingué, avec lequel il causait littérature, il se concentra dans ses travaux de membre de l'Institut et de bibliothécaire. Pendant ses diverses législatures, il avait
2o4 DOCUMEMTS BlOGRAPHIQCJiS.
été temporairement remplacé dans cette dernière fonction par son ancien confrère Cotle, ce qui ne l'avait pas empêché de s'occuper toujours de la bibliothèque du Panthéon et de bibliographie. Le 32 brumaire an ix, il avait communiqué ''à la classe des sciences morales et politiques un Mémoire sur la classification des livres. Au mois de floréal suivant, il avait été nommé un des quatre commissaires de la même classe, chargés de composer, avec les huit commissaires des deux autres classes, le Dictionnaire de la langue française. Cette commission devait être présidée par le président de l'Institut, et elle nomma M. Daunou pour son vice-président. Il avait commencé à s'occuper de ce travail, lorsque la nouvelle organisation donnée à l'Institut vint y mettre un terme. Le 2 floréal an x« il avait lu au même corps une /analyse des opinions di-^ verses sur Vorigine de F imprimerie y où sa vaste science et son rigoureux esprit de critique se rencontrent à chaque page. En l'an xi fi8o3), il lut aussi à l'Institut un mémoire très-étendu sut* les élections au scrutin. Secrétaire de la classe des sciences morales et politiques dans le dernier trimestre de l'an x et le premier de l'an xi, il fit deux Notices sur les travaux de cette classe pen*» dant CCS deux trimestres. Peu après, le 3 pluviôse an XI, le premier consul donna ime nouvelle organisation à rinslilut. Il supprima la classe des sciences morales et politiques, en haine des idées philosophiques dont elle était le foyer. M. Daunou fui compris dans la troisième, appelée Classe