‹ Documents biographiques sur P.C.F. DaunouChapitre 87 sur 136 · CHAPITRE IX. 2o · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. 2o

(V histoire et de littérature ancienne y qui devint, en 1816, V Académie royale des inscriptions et belleS'lettres.

Il était impossible que les amis de la liberté, auteurs imprévoyants du 18 brumaire, ne fussent point entièrement revenus de leur erreur sur Bonaparte, et ne cbercliassent pas à réparer autant qu'ils le pouvaient le résultat de leurs illusions. Chénier, avec son caractère ardent, devait naturellement être l'un de ceux qui s'agitaient le plus : aussi 9 en 180:^^ ses amis conçurent-ils des inquiétudes sur son compte. Madame de Staël accourut chez M. Daunou, et ne l'ayant pastrouvé, elle lui laissa ce mot, qui fait honneur à ses sentiments : « Je suis venue chez vous ce matin pour vous demander si vous ne saviez rien de Cbénier, dont je suis fort inquiète , et pour causer avec vous sur les services qu'on peut lui rendre. Je voulais lui faire ofTrir de l'argent , un asile et un passe-port , selon qu'il pourrait en avoir besoin. Peut-être tout cela n'est-il qu'une frayeur sans sujet; mais c'est avec vous que je voulais en causer. Si vous vouliez venir, à otlze heures, demain ou après-demain, chez moi, vous me trouveriez seule y et nous causerions. Je suis désolée de ne vous avoir pas trouvé; j'avais à vous dire beaucoup de choses qui ne s'écrivent pas. Amitié et estime pour la vie.

« N. Staël de H. »

Il y avait d'autant plus de mérite dans cette démarche de madame de Staël, que si ses opinions

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politiques se rapprochaient alors de celles de Chénîer, il n'en était pas de même de ses principes littéraires, et en particulier du genre romantique et de la philosophie allemande. «Nous devons confesser, dit M. Daunou, que, sur ces articles, Chénier ne se montrait ni assez traitable, ni peut* être même assez poli; et c'est, sans doute, à quelque ressouvenir de ces discussions ou disputes littéraires, qu'il convient d'attribuer ce qui est dit de l'âpreté de Chénier, dans l'ouvrage posthume, d'ailleurs si recommandable , de madame de Staël '. »

Sans qu'il y eût de complot bien arrêté, les idéologues qui se réunissaient aux dîners du tridi, dont nous avons parlé plus haut, nourrissaient des projets qui étaient de nature à inquiéter le premier consul. Ils continuèrent cependant à se réunir, jusqu'à la conspiration de Moreau. La plupart d'entre eux désiraient anéantir la tyrannie de Bonaparte. Cabanis^ surtout, était l'un des plus animés. Jacquemont, cher*du bureau des sciences au ministère de l'intérieur, servait de lien entre ces personnages et Moreau. Leur but était d'arriver à la chute du premier consul, sauf à s'entendre ensuite comme ils le pourraient avec Pichegru et le parti royaliste'' . Jacquemont écrivait

* Notice sur Chénier, en tête du Théâtre de ce poète.

> Garât saps doute a fait allusion à ces vagues projets, lorsqu'il a écrit ces lignes dans son ouvrage sur Moreau ; « A celte époque il fallait tout le courage des conspirations pour oser seulement se communiquer ses pensées. Moreau, que je ne connaissais guère que par sa gloire, et moi qui ne lui étais connu que par quelques lignes écrites, garantie si peu sure des vrais sentiments d'un homme,

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souvent à Daunou, sous prétexte de l'appeler au ministère de l'intérieur pour affaires concernant la bibliothèque du Pan théon^ mais dans la réalité pour lui parler de leurs projets. Fouché fut bientôt mis sur les tiaces de cette espèce de complot, et il eut l£| générosité de faire dire à Cabanis et a ses amis de ne pas y donner de suite. Depuis ce moment, les dîners du tricli cessèrent, et ceux qui les composaient se réunissaient seulement de lemps en temps chez M. de Tracy à Auteuil, et chez madame de Staël, qui, à la même époque, donnait , mais en d'autres jours, à dîner à M. Mathieu de Montmorency et à des personnages marquants du parti royaliste.

On approchait du moment 011 Bonaparte allait tout à fait jeter le masque et se faire créer empereur des Français. La liberté n'était plus; la gloire avait tout absorbé. C'est alors que Chénier , l'ami le plus intime de Daunou, exhalait en beaux ver*s les sentiments auxquels était en proie l'âme des patriotes :

SaiDt-Gloud, je t'aperçois; j'ai vu loin de les rives S'enfuir sous les roseaux tes naTades plaintives; J'imite leur exemple et je fuis devant toi :

L'air de la servitude est trop pesant pour moi....

nous ouvrîmes nos âmes tout entières l'un à l'autre. Sans cesse occupés de l:i chose publique, nous avions sans cesse le besoin de nous voir. Nous nous réunissions à l'une des barrières de Paris, chez un ami commun, dans un appartement, à la fois la chambre à coucher, la bibliollièqiie et le salon d'un homme de lettres. C'est là que, seul, couvert d'une redingote, et à pied, se rendait le vainqueur de Hôhcnlohen. «Singulier conspiraleur (|ue Garât pour qui l'a connu !

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Vous in*avez délaissé, doux rêves de la vie; Plaisirs, gloire, bonheur, patrie et liberté. Vous fuyez loin d'un cœur vide et désenchanté '.

Nous avons indiqué précédemment les ouvrages publiés par M. Daunou dans cette première partie de sa vie littéraire : il nous reste à mentionner un ouvrage inédit fort important, qui a été composé par lui en 1799 et dans les années suivantes. Il est intitulé: Cours de bibliographie, ou Essai sur [^histoire y la connaissance et le choix des Usures. «J'ai entrepris cet ouvrage, dit l'auteur au commencement du Discours préliminaire, en 1799, au moment où des cours publics de bibliographie venaient de s'ouvrir dans plusieurs villes de France. »

Cet ouvrage était destiné à être une véritable Encyclopédie des sciences morales et politiques, car M. Daunou ne se contentait pas d'exposer son système de bibliographie et de donner ensuite une nomenclature d'un plus ou moins grand nombre de livres, avec indication de leurs dates, du lieu de leur impression, etc. Le plan qu'il s'était tracé était plus vaste. Il voulait sans doute qu'il eût pour objet principal la description technique des livres imprimés, mais en y comprenant nécessairement beaucoup de Faits d'histoire littéraire, plusieurs notions de critique, et en y admettant même des considérations générales sur le progrès des connaissances humaines.

C'est ainsi qu'il a conçu et réalisé ce coui's qui

• La Promtuade , élégie.

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