CHAPITRE IX. ^ a
comprend la matière de plusieurs volumes, et qui est resté inédit.
Nous en donnerons un échantillon en extrayant les lignes suivantes du Discours préliminaire :
« Telles sont les limites de la vie et des facultés de rhomme, qu'il faut bien que chacun de nous circonscrive ses études comme toutes ses autres jouissances 9 et que, se vouant à certains genres, il résiste aux attraits des autres. Il faut faire une grande part à Fignorance pour acquérir solidement quelque savoir. Des notions confusément diverses, toutes trop peu avancées pour se rejoindre l'une à l'autre, ne sont qu'une maladie de l'esprit qu'on a eu beaucoup de peine à se donner. Mais, ne nous y trompons pas, cette nécessité de borner nos études, c'est de la nature de nos facultés qu'elle dérive, et non de la nature des connaissances elles-mêmes. A ne considérer que celles-ci, on conçoit au contraire que , liées entre elles par des rapports intimes, elles se demandent mutuellement beauco^ip de secours; on conçoit même qu'aucune d'elles n'arrive à son dernier terme de perfection qu'en s'éclairant des lumières de toutes les autres. Il est d'ailleurs vérifié par l'expérience qu'à mesure qu'on acquiert réellement des connaissances nouvelles, celles qu'on possédait déjà s'épurent, s'agrandissent, se dégagent de certains nuages dont on avait senti ou peut-être ignoré la présence. Le secret des hommes consacrés à un seul art, et qui s'y rendent supérieurs, n'est pas de l'isoler, mais d'y rapporter tout le reste : ils ont moins choisi un genre qu'un autre, auquel ils font
aïO DOCUMKNTS BIOGRAPHIQUES.
aboutir des études très-diverses. Ici donc la vëri-* table maxime n'est pas de n'étudier qu'une science ou même qu'un très-petit nombre de sciences ^ mais de ne se livrer qu'à celles qu'on a le temps et les moyens de bien apprendre. C'est , en un mot, de ne rien savoir mal, parce qu'en effet le malsavoir est la pire des ignorances.
« La bibliographie aurait sans doute une grande disposition à s'étendre indéfiniment. Mais entre les diverses études qu'elle voudrait embrasser, il y a une distinction à faire. En efTet, parmi ces études, les unes ne serviraient qu'à éclairer certains détails de la bibliographie, tandis que les autres sont habituellement utiles ou même nécessaiies à ses travaux et à sa méthode.
a Le nombre des premières n'aurait aucun terme, puisqu'il n'est aucune science, aucun art qui n'ait sa place dans les bibliothèques. 11 n'est pas douteux d'ailleurs que les genres qu'on a cultivés essentiellement ne soient aussi ceux dont on étudie la bibliographie particulière* avec le plus de facilité et de suci^ès. Mais nul bibliographe assurément n'entreprendra de cultiver ainsi tous les genres : cette immensité de connaissances est trop visiblement impossible pour qu'on soit tenté d'y prétendre soi-même ou de l'exiger dans les autres.
(c C'est bien assez de celles dont la bibliographie exige le service habituel, et sans lesquelles on ne conçoit pas qu'elle puisse exister ou prendre assez de consistance. Telles sont les langues, la littérature et surtout l'histoire : connaissances