CHAPITRE X. ^ aaS
il laissait des parties considérables du XI1<^ et du Xlir et de simples précis des livres XIV et XV; de plus, M. Ferrand avait raturé le manuscrit ; il y avait fait de prétendues corrections , et il s'agissait de retrouver, sous les lignes effacées par lui, la pensée réelle de l'auteur. L'ouvrage parut en 1807; il produisit une vive sensation dans le monde littéraire. Trois ans après , en i8io, il fut question de décerner à cet ouvrage, dans le concours des prix décennaux, le prix d'histoire. Une discussion s'éleva à cette occasion dans le sein de l'Institut. Delisle de Sales, Rayneval, Lévesque et Dupont de Nemours censurèrent amèrement l'ouvrage de Rulhière, qui fut défendu avec non moinsde chaleur par M. Daunou.On sait que ces prix décennaux ne furent jamais décernés. Napoléon lui-même avait été consulté par Fouché pour savoir si la publication de l'ouvrage de Rulhière devait être confiée à M. Daunou s'il consentait à s'.en charger. L'empereur répondit au nnnistre la lettre suivante :
« Varsovie, 11 janvier 1807.
« Au Ministre de la police.
« Je reçois votre lettre du 29. M. Daunou a les talents nécessaires pour bien faire tout ce qu'il se chargera de faire. Napoléon. »
Le général la Fayette dans ses Mémoires * et après lui M. Sainte-Beuve * ont reproché à Daunou d'avoir dit dans sa notice sur Rulhière, « que
» Portraits contemporairtJt ^ t. 111, p. 45.
2^4 DOCUMENTS BIOGRAPHIQUFS.
Fautorité arbUraire pourrait suppléer aux principes d'une administration nationale. » Daunou n'a rien dit d^ semblable; il a seulement dépeint les sentiments |)olitiques de Rulliière, et non les siens propres, à l'approche de la révolution, lorsqu'il a écrit cette phrase : «il croyait (Rulhière) que, malgré l'importance qu'on attache aux formes du pouvoir, l'usage de ce pouvoir importe encore davantage; que le suprême intérêt des peuples est d'être sagement gouvernés; que les bienfaits de la puissance en peuvent toujours justifier et maintenir l'étendue; et qu'après tout, l'autorité la nioins limitée est celle aussi qui trouve le moins d'obstacles au bien qu'elle a la volonté défaire. » Ayant un portrait à retracer, est-il étonnant qu'il ait cherché aie rendre ressemblant en n'imputant pas au personnage qu'il représentait les opinions du peintre, mais celles du modèle? C'est encore ce qu'il a fait lorsqu'il a écrit sa belle notice sur M. Silvestre de Sacy. 11 montre ce vénérable savant, en 1789, comme a généralement disposé à maintenir les institutions anciennes, et k laisser au pouvoir plus de latitude qu'à la liberté. » Serait-il logique, s'appuyant sur cette phrase, de dire que M. Daunou avait regretté les anciennes institutions, et qu'il était plus ami du pouvoir que de la liberté? Le reproche de MM. de la Fayette et Sainte-Beuve n'est donc nullement fondé.
En 1808, l'empereur, en même temps qu'il chargeait Chénier de continuer les Éléments de r histoire de France j par l'abbé Millot, faisait de-