‹ Documents chirurgicaux du docteur Pierre FloretChapitre 10 sur 22 · RESULTATS · texte numérisé non relu

RESULTATS

Pour donner une idée juste des résultats que peut produire la cautérisation profonde du col de la matrice, par la pâte de chlorure de zinc, il faudrait citer les observations de toutes les malades auxquelles on en a fait l'application. M. Floret publiera avant peu celles qui lui sont propres; je désire pour ma part posséder un plus grand nombre de faits, pour établir quel est le parti qu'on peut tirer de celte mé-

thode dans la pratique, et quelles sont les médications que l'on doit combiner avec elles.

Voici, toutefois, des aperçus auxquels j'ai été conduit par les faits dont j'ai été le témoin , ou par ceux qui sont venus à ma connaissance.

Dans les cancers de l'utérus, les cautérisations profondes et répétées un grand nombre de fois permettent d'atteindre le but physique, en vue duquel elles sont pratiquées. Elles font tomber en escharre toute la partie cancéreuse et elles en procurent la séparation aussi sûrement, mais avec infiniment moins de danger que l'amputation par rinstrumenl tranchant.

Cette cautérisation complète produit des douleurs généralement assez vives, et qui se prolongent pendant un temps à peu près égal à celui qu'a duré l'application, mais elle ne provoque qu'une fièvre passagère et peu intense.

Les hémorrhagies sont sûrement arrêtées par elles : la suspension de l'écoulement du sang peut toutefois, dans les cas graves, se borner au temps nécessaire pour que les escharres tendent à se détacher. De nouvelles cautérisations peuvent

alors être réclamées par de nouvelles hémorahagies.

Cependant, si au lieu de tenir compte des résultats immédiats qui sont assez satisfaisants, on se préoccupe du résultat définitif, on voit qu'à la matrice, comme ailleurs , le cancer se reproduit et finit par entraîner la mort.

C'est ce résultat qui a été observé chez la première malade que je traitai en 18-46, avec M. Dauvergne, et chez une autre femme que j'ai soignée avec M. Keisser; j'ai lieu de croire que M. Floret n'a pas été plus heureux chez les malades en assez grand nombre qu'il a traitées.

Enfin, une malade sur laquelle j'ai reconnu la puissance de la cautérisation pour arrêter des hémorrhagies foudroyantes et souvent renouvelées, est trop près encore du début de son traitement pour que les résultats définitifs soient connus.

Toutes ces circonstances me conduisent à présenter l'emploi du chlorure de zinc comme d'une utilité très secondaire, lorsqu'il s'agit d'une tumeur cancéreuse ; et depuis longtemps toute mon attention s'est dirigée sur le parti qu'on pouvait tirer de cette médication dans les engorgements chroniques de la

malrice avec pertes blanches, maux de reins, difficultés dans la marche, règles douloureuses, e(c., etc. Quatre fois dans ces métrites chroniques j'ai cautérisé l'intérieur du col de la matrice pendant un temps qui a varié de deux à quatre heures. Chez aucune de ces malades il n'y a eu de douleurs vives ni de fièvre prolongée. Les règles sont revenues comme à l'ordinaire et en général avec moins de douleurs; chez toutes, les pertes blanches ont trèssensiblement diminué ou ont disparu. Mais, dans un seul cas, j'ai obtenu un résultat complet. La malade qui, depuis deux ans, ne faisait qu'avec beaucoup de douleurs et de peine quelques pas dans ses appartements, est arrivée à faire des courses de plus de deux heures, sans éprouver aucune fatigue. Cette guérison dure depuis six mois que le traitement est terminé. Mais dans ce cas, quelques parties du traitement hydrothérapeutique ont été mises en usage après la cautérisation, et des bains de rivière ont été employés depuis celle-ci pendant plus de trois mois. C'est donc par une combinaison de moyens et non par la cautérisation seule, que le succès a été obtenu. Chez deux autres malades il existait

des déplacements de la matrice : l'une avait un abaissement, l'autre une rétroversion ; des moyens mécaniques devaient donc êlre combinés avec la cautérisation. Je les ai conseillés, mais il ne m'a pas été possible d'en suivre remploi.

Ces dernières considérations démontrent que pour obtenir des résultats complets dans des engorgements chroniques de la matrice, il faut associer à la cautérisation tantôt un traitement général, tantôt des moyens locaux. Sans ces combinaisons, il faut s'attendre à voir les malades se plaindre de douleurs vagues, de difficultés dans la marche, de maux d'estomac, etc., bien que l'on ait réussi à diminuer le volume de la matrice et la quantité des produits muqueux qu'elle sécrète.

M. le docteur Lacour publiera bientôt, dans ce journal, un mémoire sur les appareils divers nécessaires dans le traitement de certaines affections utérines. Ce travail aura pour but de prouver le parti qu'on peut tirer de ces moyens , et de montrer que sans leur emploi rationnel il est impossible de réussir dans un grand nombre de circonstances.

La cautérisation profonde a son degré d'utilité,

mais elle ne doit être considérée que comme un des éléments de cette médication multiple et variée qu'exige toujours le traitement des mélrites chroniques. Lorsque, aidé des lumières de mes confrères et de mes propres recherches, je serai arrêté sur les diverses combinaisons qu'exige cette médication, je publierai un travail plus complet dont celui-ci n'est qu'une première partie. »

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