DES ENGORGEMENTS CHRONIQUES DE L UTÉRUS
Le médecin est rarement appelé au début d'une affection de l'utérus, et la métrite aiguë est trèsrare en comparaison des maladies chroniques de cet organe. La plupart des femmes supportent, pendant de longues années, des indispositions de matrice, sans interrompre leurs occupations, et sans avoir recours à aucun traitement. Il y en a même qui arrivées à l'âge critique, voient disparaître insensiblement leurs malaises, et la leucorrhée se tarir petit à petit avec la cessation de leurs fonctions périodiques. Mais ces exemples sont des exceptions
malheureusement très-rares. Habituées aux souffrances de matrice, les femmes qui en sont atteintes envisagent généralement la pesanteur qu'elles éprouvent dans le bassin, les maux de reins, la gêne à la région de l'os sacrum, la lassitude dans les cuisses, la leucorrhée et même les pertes sanguines, comme des désagréments inséparables de leur sexe. La gastralgie et d'autres phénomènes nerveux s'ajoutent souvent à la symptomatologie utérine, pour donner le change sur le véritable siège du mal et pour inspirer à la malade une résignation qui ne manque pas d'aboutir à des conséquences plus ou moins graves. L'engorgement qui se maintient stationnaire pendant longtemps chez beaucoup de femmes, se réveille tout à coup de cette apparente léthargie, et lorsque le médecin est appelé, le mal a déjà fait des progrès désastreux. Ce mal, dav.s quelques cas, s'arrête au col et permet au médecin de procéder sans retard à l'application des remèdes énergiques, avec l'espoir d'en obtenir quelques résultats favorables, et avoir ainsi la satisfaction d'éloigner, et même d'épargner à la malade l'interminable série de douleurs qu'elle est condamnée à soutïrir avant
que la mort mette un terme à une vie qui s'éteint à la suite d'un cancer de matrice.
Les cas d'engorgement de tout l'organe, le plus fréquemment, ont pour cause les accouchements laborieux, les adhérences placentaires ou le séjour prolongé dans la cavité de l'organe de quelques fragments de placenta que l'on a été obligé ensuite d'extraire à l'aide de manœuvres violentes. Le retour trop prompt aux occupations ordinaires pour les femmes laborieuses, aux plaisirs et aux distractions pour les femmes riches, les affections morales intenses donnent lieu aussi aux engorgements qui obligent à marcher lentement toutes les fois qu'il n'existe pas de disposition cancéreuse.
Le col de l'utérus étant la partie de l'organe la plus exposée à l'atteinte des violences externes, la maladie ordinairement débute par elle , et quelle que soit la phase dans laquelle 'l'affection se trouve, sans contredit, nous le répétons, elle se montrera plus avancée dans le col que dans le corps de la matrice. La cohabitation, lorsqu'il y a déjà un commencement d'engorgement , est une des causes les plus ordinaires de la persistance de la
maladie et un des obstacles qui s'opposent à sa résolution. C'est recueil du praticien qui a à combattre une maladie dont il ne peut éloigner la cause la plus efficace à l'entretenir. Les affections simplement vénériennes donnent ordinairement des escorialions affectant rarement la forme de chancres primitifs. Mais en revanche les simples ulcérations et les plaies muqueuses qui caractérisent la présence du virus syphilitique ne cèdent qu'à une médication persévérante , soit locale , au moyen de remèdes actifs, soit générale par l'usage des antisyphilitiques. J'ai eu l'occasion de me rencontrer dans des cas d'ulcérations de nature douteuse et dont on n'avait pas cherché à connaître l'origine. Ces ulcérations ont cédé aux cautérisations pour se porter au voile du palais ou sur les organes externes de la génération. Preuve évidente que l'on ne saurait obtenir une guérison complète, si l'on n'a pas recours au traitement par les spécifiques.
Les différentes formes de maladie herpétique et plus fréquemment l'exéma humide, sont répercutés sur le col de l'utérus et y entretiennent un engorgement dont les caractères sont d'être boursouflé,
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excorié, d'un rouge vif et suintant du muco-pus épais. Les parties externes participent souvent à la maladie, ce qui sert à éclairer le médecin sur la dérivation du mal, et conséquemment à lui indiquer le traitement général le plus convenable. . Le praticien ne saurait ignorer que, dans les engorgements, la matrice est toujours un peu plus ou un peu moins déviée, ce qui rend l'exploration par le spéculum une chose quelquefois peu facile. J'ai vu souvent commettre des erreurs de diagnostic par des confrères qui s'étaient contentés de constater l'état de la surface qui se présentait à eux dans le champ de l'instrument et ne se sont pas aperçu d'ulcérations qui restaient en dehors. Dans ces circonstances, l'on ne saurait assez se préoccuper d'un examen détaillé de tout le périmèlre du col, en appliquant à différentes reprises le spéculum, et en lui changeant de place une fois introduit. Il est un fait constant, que les matrices engorgées et déplacées ne se présentent pas au spéculum de même à chaque inspection, et que ce que l'on n'y découvre pas le premier joui' se fait voir le jour après.
Ce que j'ai dit précédemment à l'égard du choix
du caustique, d'après la manière de se "comporter des uns et des autres, trouve son application dans les cas d'engorgements qui, cédant quelquefois à l'action des caustiques les plus bénins, ne cèdent la plupart du temps qu'à l'usage de la pâte de Canquoin.
Il nous reste encore à noter, sur les engorgements de la matrice, quelques considérations thérapeutiques que notre pratique nous a suggérées.
Lorsque les engorgements sont compliqués d'un état chlorotique ou se manifestent sur des sujets lymphatiques, les bains de mer, de plage ou de vague, les eaux minérales, les bains domestiques chargés de principes minéraux, m'ont fourni de puissants auxiliaires. La puissance des eaux thermominérales de Plombières, de celles de Luxeuil, de Néris, de Bourbon, de la Motte, de Saint-Sauveur, etc., est incontestable, et on peut la mettre à profit contre tous les engorgements qui ne sont pas compliqués d'affection organique. Les principes dartreux cèdent souvent à l'action des eaux des Pyrénées ou des Alpes. Celles d'Uriage et d'Allevard jouissent d'une célébrité bien méritée; malheu-
reusement l'on ne peut pas toujours profiter d'un moyen thérapeutique qui n'est pas à la portée de toutes les fortunes.
Léo bains de rivière et les irrigations d'eau froide opèrent tous les jours des cures inespérées. Les engorgements compliqués de prolapsus traités par ces deux moyens combinés, ont très-souvent cédé. Pour les irrigations continues d'eau froide, je me sers d'un appareil très-simple et à la portée de tous les malades. Je fais hisser au plafond un seau en bois de la contenance de 10 ou 20 litres, muni d'un tube à sa partie inférieure, lequel tube porte un robinet à la portée de la femme et dont elle se sert pour régler l'importance du jet. Au bout de ce robinet il y a la canule à pommeau d'arrosoir qui doit porter l'irrigation à contact du coL
Pour ce qui se rapporte aux saignées locales sur le col, et que je n'ai eu occasion d'employer que rarement, je me sers d'une coupe ayant la forme d'un verre à pied supportée par une tige et dans laquelle j'introduis les sangsues. Je la fixe en place au moyen du spéculum.
Les remèdes sous forme de globules appliqués sur
le col sont d'un maniement très-difficile, car difficilement ils se tiennent en place. Cependant on peut y réussir au moyen d'un spéculum en caoutchouc, qui peut servir aussi à faciliter l'emploi de certains liniments résolutifs.
Les engorgements chroniques , ai-je dit , sont presque toujours accompagnés de déviation et de prolapsus de l'organe. Si les prescriptions du médecin n'ont pas été suivies rigoureusement ou n'ont pas été assez persévérantes, il arrive que les malades attribuent leurs souffrances à un dérangement auquel il faut se résigner et que l'on cherche à atténuer par l'usage du pessaire. Dans quelques cas on obtient de soulager la malade par ce moyen, mais dans d'autres on aggrave les symptômes par l'action irritante du pessaire même. Chez les jeunes femmes, le pessaire est un instrument très-rarement utile, souvent nuisible et quelquefois dangereux.
Dans quelques cas de prolapsus et même de déviation simple survenant à un accouchement , le pessaire à air relève l'utérus, soulage les ligaments qui sont le siège d'une inflammation qu'entretient le poids de la matrice. Le pessaire n'est utile que
dans ce cas, quoique la position horizontale suffise à obtenir un résultat identique. Mais dans les cas d'engorgement, si l'on applique un pessaire, celui-ci soulève la matrice, mais ne peut la redresser, parce que l'engorgement s'y oppose, et que plus il la soulève plus il s'éloigne de sa position naturelle. Outre cela, le pessaire présente encore le désavantage de dilater les parois du vagin et d'ôter ainsi à la matrice son seul point de soutien dès qu'on l'ôte. Le pessaire à demeure présente des inconvénients fort graves. D'abord il faut le sortir à l'époque des menstrues, car si on le laisse en place il s'oppose à la sortie du sang, qui ne tarde pas à se dénaturer. Ensuite il bouche l'issue à tout écoulement humoral et favorise ainsi les excoriations du col irrité continuellement par des liquides de mauvaise nature. J'ai souvent sorti des pessaires sur lesquels venaient s'appuyer des végétations du col et dont ils étaient probablement la cause.
Malgré toutes les modifications qui y ont été apportées, le pessaire est encore aujourd'hui un instrument défectueux, et il ne le serait pas qu'il ne pourrait pas non plus remplir le but de tenir la
matrice soulevée, car l'engorgement la rendant plus lourde, elle ne pourrait se déplacer sans occasionner des souffrances. Le redresseur à tige d'acier m'a fourni l'occasion de voir jusqu'à quel point la matrice est sensible à l'introduction des corps étrangers, et m'a convaincu que ce n'est pas toujours impunément qu'on peut se servir de semblables moyens pour soulever la matrice.
Les injections de nitrate d'argent dans la cavité de la matrice, ainsi que l'introduction d'une cuvette supportée par une tige redresseuse et contenant du caustique solide, ne sont pas des remèdes innocents. Il est rare, après ces tentatives, que les femmes ne se plaignent pas de douleurs sur le trajet des trompes de Fallope, de tension hypogastrique, et n'éprouvent même quelques hoquets et des vomissements. La péritonite peut être aussi la dernière et regrettable conséquence de l'introduction dans la matrice, soit des instruments redresseurs, soit des injections caustiques, soit des caustiques solides.
Les récents travaux du docteur Bonnet sur les cautérisations rétro-utérines laissent espérer que l'intelligence persévérante de cet habile chirurgien
nous amènera à la découverte d'un moyen facile pour souder par des brides factices la matrice au vagin, et par là à rendre impossible le prolapsus. L'avenir nous apprendra si l'on peut sans danger produire une soudure aussi solide avant l'âge critique, et si le développement du fœtus dans le cas de grossesse, pourra sans accidents distendre ces mêmes brides arlificielles.
Les engorgements chroniques du col de l'utérus ne cèdent pas toujours au traitement le plus rationnel. Comme je l'ai déjà dit, le médecin ne rencontre que rarement les conditions indispensables à la guérison. Peu de femmes se décident à conserver strictement la position horizontale, un plus petit nombre encore se prête à garder la continence, et cependant le repos de l'organe est la prescription à laquelle se rattache la probabilité de la guérison. Mais quel que soit le mode d'infraction aux conseils du médecin, lorsque l'engorgement ne guérit pas, l'hypertrophie et l'induration ne tardent pas à survenir> et, dans les cas d'une diathèse, la dégénérescence organique ne se fait pas longtemps attendre, pour aboutir enfin à une issue funeste,
lors même qu'elle n'a pas le caractère cancéreux.
Dans l'hypertrophie, le museau de tanche acquiert un volume énorme sans beaucoup varier dans sa forme. Comme il arrive dans la transformation squirrheuse ou carcinomateuse, le col s'allonge en cône tronqué et descend dans le vagin ou s'arrondit sous forme de toupie ou d'oignon, et, sous l'empire de l'un ou l'autre mode de déviation, il se relève derrière la symphyse pubienne ou s'appuie sur le sacrum, et occasionne chez les femmes cette sensation de pesanteur aux reins qui rend la marche si difficile et toute occupation tant soit peu fatiguante impossible.
Cette manière de déviation est la plus commune. La matrice se place positivement en travers du corps, s'appuie en avant contre la vessie, presse les parois du vagin qui fait saillie à l'orifice, et le col hypertrophié se couche sur le rectum et le comprime jusqu'à rendre la défécation très- difficile. Ainsi donc, comme je l'ai dit, lorsque les déviations ne dérivent pas des suites d'une couche, elles sont toujours le résultat d'un engorgement du corps et du col de l'organe. Lorsque le col est hypertrophié
et induré, et qu'on a insisté inutilement dans le traitement, ou qu'on l'a mal appliqué, et qu'il ne reste plus aucune ressource médicale, n'est-ce pas le cas d'agir en vue de prévenir une atfeclion organique mortelle? C'est à quoi je vise depuis douze ans, dans le but de trouver un moyen de supprimer un organe dont la résolution est impossible, lors même que l'état stationnaire de l'engorgement laisse croire que la maladie n'est pas bien grave.
Car il ne faudrait pas s'y tromper, les engorgements du col, tant bénins soient-ils, entraînent toujours avec eux des désagréments plus ou moins insupportables pour la femme, et le danger toujours menaçant d'une dégénérescence utérine squirrheuse ou cancéreuse. En faut-il davantage pour décider le praticien à se préoccuper d'une éventualité aussi proche, et pour justifier toutes les tentatives auxqelles on s'est livré dans le but d'extirper un organe incurable et d'une présence si dangereuse pour les parties voisines ?
On a proposé l'amputation du col par l'instrument tranchant. J'ai vu pratiquer très-souvent cette opération par le professeur Lisfranc, pendant les
armées 1826 et 1827. J'avoue cependant que ce procédé opératoire m'a toujours paru insuffisant, toutes les fois qu'il n'amène pas des conséquences excessivement dangereuses. L'amputation est insuffisante dans le cas de dégénérescences carcinomateuses du col , passées à l'état de végétations , qui empêchent de s'assurer de la vraie limite du mal. Elle est dangereuse à cause des suites immédiates ou médiates, telles que l'hémorrhagie principalement, qui résiste d'ordinaire à toutes les applications stipitées , et même au tamponnage. Cette hémorrhagie cesse lorsque la malade n'a, pour ainsi dire, plus de sang, ce qui produit un état anémique auquel il faut pourvoir, et on n'y réussit pas toujours, puisque les malades meurent le plus souvent d'inanition. Cette opération est dangereuse aussi, en ce sens que pour pouvoir la pratiquer il faut tirer en bas la matrice, et cet abaissement ne peut s'effectuer sans tirailler les ligaments et occasionner un prolapsus ou une déviation dans un autre sens. Inutile de dire que si le bistouri n'a pas atteint tout le tissu malade, le mal ne tarde pas à repulluler, àmoinsqu'on n'ait recoursauxcaus-
tiques énergiques, ressource qui élait ignorée encore en 1828.
L'on fait le reproche à Lisfranc d'avoir amputé des cols de matrice dont le tissu était simplement engorgé, reproche que je n'hésite pas à déclarer non fondé, Le plus grand nombre des amputations faites par ce professeur éminent de la Faculté de Paris, l'ont été à l'École pratique devant un nombreux cortège d'assistants, et sur des femmes du pays qui ne s'étaient décidées à se laisser opérer qu'après de longues souffrances et lorsque, probablement, il leur était devenu impossible de travailler.
L'ablation d'un col démesurément développé , hypertrophié ou induré, est le seul moyen que Ton puisse employer lorsque les hémorrhagies le permettent. On ôfe de cette rnanière la tumeur qui pesait de tout son poids sur le rectum, et la malade en reçoit un véritable soulagement. Il est à remarquer cependant que Lisfranc a amputé le plus souvent des végétations du col à base carcinomateuse, et que lorsque la malade ne succombait pas à l'hémorrhagie, le mal ne tardait pas à reparaître. Il est facile de se tromper sur la limite et la
nature de ces végétations que l'on confond aisément avec les végétations polypeuses, et que le toucher laisse croire bornées au col. Si le mal s'étend au-delà, l'amputation du col est indispensable; mais avec l'amputation, on court les chances désastreuses de l'opération même, et on risque de ne pas atteindre les confins du mal. Ces inconvénients sont en grande partie écartés par l'emploi des caustiques, au moyen desquels on peut poursuivre le mal jusque dans ses derniers retranchements. Si la méthode de Lisfranc est plus expéditive, en revanche la méthode par les caustiques est plus sûre, ou, pour parler avec plus d'exactitude , moins chanceuse.
En résumé, on peut dire que si Lisfranc s'est trompé quelquefois sur le diagnostic, il n'en poursuivait pas moins le but de mettre un terme en peu d'heures à des maux incurables.
Après tant d'insuccès qui accompagnent Tablation du col de la matrice par l'instrument tranchant, on a dû renoncer à cette opération et tenter d'y suppléer par l'emploi de la pâte de Canquoin, le seul caustique, comme nous l'avons déjà dit, d'une
énergie proportionnée à la ténacité de la maladie et à la profondeur qu'il faut atteindre pour la déraciner. Mieux que toutes les considérations préliminaires sur l'emploi et sur les résultats de cette médication, les quelques histoires de maladies guéries à l'aide de ce remède pourront servir à le recommander. Ces histoires sont choisies parmi un grand nombre dont j'aurais pu tenir note, si j'avais jugé que quelques exemples ne fussent pas suffisants pour fixer définitivement l'opinion des praticiens à cet égard.
QUELQUES CONSIDERATIONS GÉNÉRALES ET COMPLEMEN- TAIRES SUR LES ENGORGEMENTS CHRONIQUES DU COL DE LA MATRICE.
Le traitement des engorgements chroniques du col de l'utérus peut se diviser en traitement général et en traitement local.
Le traitement général est dirigé contre les causes de la maladie, contre les prédispositions et l'idiosyncrasie du sujet; il s'adresse surtout aux organes
qui, par leurs rapports avec l'utérus, ont une influence sensible sur celui-ci ; enfin il doit comprendre les moyens capables de modifier les habitudes de la malade si elles sont défectueuses, et, si elle est découragée, de lui relever le moral.
Le traitement local peut être scindé en deux parties bien distinctes : en traitement résolutif et modificateur, et en traitement chirurgical. Débutant par le premier, ce n'est que dans le cas d'insuccès que l'on procède à l'application du second, comme le seul capable d'éliminer un tissu dégénéré, qui ne saurait arriver à la résolution par les seules forces de la nature.
Cette distinction entre un traitement et l'autre indique assez la marche que le médecin doit suivre. Quoique d'une réussite fort problématique, le Irailement résolutif doit être appliqué préalablement au traitement chirurgical , car si la maladie est à son début, il n'est pas rare d'observer que les plus simples moyens suffisent à la guérir. Malgré cela, il ne faudrait pas insister sur l'usage des résolutifs trop longtemps et assez longtemps pour permettre à la maladie d'accomplir une bonne
partie de ses phases, dont chacune l'approche de plus en plus de l'incurabililé. Une longue pratique mettra le médecin à même de reconnaître les différents stades de la maladie , et d'apprécier à leur juste valeur les chances à espérer et les indications à suivre, pour ne pas recourir avec trop de lenteur aux moyens résolutifs et avec trop de précipitation aux remèdes chirurgicaux. Ces indications s'apprennent par la pratique et ne s'enseignent pas.
Le traitement général de cette maladie doit être dirigé contre, la cause morbide avant tout. Cette cause tient, la plupart du temps, aux suites des couches et aux suites des avortements accidentels ou artificiels. Les manœuvres employées pour l'accouchement laborieux ou pour l'extraction du placenta laissent très-souvent des gonflements du museau de tanche très-longs et très-ditTiciles à se résoudre. Dans la circonstance d'un avortement artificiel , qu'une mauvaise conformation anatomique de la matrice rend quelquefois indispensable, mais qui est le plus souvent le résultat de la plus coupable des industries, il se développe une urétro-péritonite,
qui laisse le col de l'utérus engorgé lorsque la malade est assez lieureuse pour ne pas succomber aux suites de l'inflammation aiguë. Généralement, les femmes n'attachent aucune importance à leur position, et, se relevant trop tôt de couches, elles empêchent la résorption des humeurs , qui affluent dans ces circonstances au col de la matrice et en déterminent l'engorgement. Les symptômes indiquant le mauvais état du col ne tardent pas à paraître. Des douleurs d'abord sourdes au bas des reins, la lassitude aux cuisses, la sensation de pesanteur à la région anale, quelquefois les tiraillements aux hanches, se produisant simultanément ou successivement, avertissent la malade de l'actualité d'un engorgement qui débute. Ces symptômes varient de siège, d'intensité et de persistance, selon que la matrice est plus ou moins atteinte, et selon la nature de son indisposition. Car cet organe est assujéti à des changements de position qui le font dévier par côté, en avant, en arrière ou en bas, et selon qu'une de ces déviations ou l'autre existe, c'est le ligament du côté opposé à l'inclinaison qui est tiraillé ; c'est le sommet de la ma-
trice qui s'appuie contre le pubis et qui donne des douleurs hypogaslriques ; c'est la pression des organes placés en arrière ou des nerfs sacrés qui occasionne des douleurs à l'anus où aux^ cuisses; et enfin c'est par les rapports avec le nerf grandsympatique que l'estomac participe aux souffrances des autres parties. Encore une fois, ces symptômes ne sont pas toujours simultanés, puisque très-souvent ils se succèdent, ou pour mieux dire, ils s'ajoutent les uns aux autres. D'abord peu sensibles et pas assez graves pour décider la malade à se soumettre à l'inspection médicale, ils ne deviennent que peu à peu plus appréciables, pour acquérir au bout d'un temps plus ou moins long, un degré d'intensité qui décide enfin la malade à recourir aux conseils des hommes de l'art. 11 est rare que le médecin soit appelé avant que le mal ait jeté des racines profondes , et cette circonstance n'est certes pas des plus favorables pour la terminaison prompte et heureuse d'une affection pathologique beaucoup plus encline à suivre son cours qu'à rebrousser chemin, surtout lorsque, aux causes accidentelles et à la pathogénie existante, viennent se joindre
une constitution lymphatique, cachectique ou une prédisposition diathésique aux afFeclions squirrheuses. Ainsi, les femmes à tempérament sanguin ne présenteront pas, à beaucoup près, les mêmes difficultés aux médecins que celles douées d'une constitution très-délicate et lymphatico-glandulaire. Chez ces dernières, l'engorgement passera lentement à la dégénérescence carcinomateuse, affection d'une issue funeste plus ou moins éloignée.
Chez la femme à tempérament bilieux surtout, si à la prédisposition s'ajoutent les aflfections morales, le cancer fera des progrès rapides. J'ai vu des malades qui, dans l'espace d'un mois, ont présenté des végétations saignantes du centre de l'utérus, et par contre, j'ai eu l'occasion de constater chez des individus lymphatiques ou sanguins des cols hypertrophiés ou à l'état d'induration squirrheuse depuis l'espace de quinze ou vingt ans.
Une cause très-commune des affections du museau de tanche est la syphilis. Inutile de recommander la neutralisation du virus préalablement au traitement par les caustiques, car alors la maladie, traitée par les spécifiques aidés d'autres moyens,
cédera ou ne cédera pas. Dans cette dernière hypothèse, on aura recours aux cautérisations qui réussiront plus souvent qu'elles n'échoueront, à cause de l'habitude particulière qu'a l'engorgement syphilitique de ne pas dépasser le col de la matrice, même danslescas où il ya dégénérescence des tissus. La maladie dont nous parlons, entretenue par le principe vénérien, est la plus localisée de toutes les maladies d'engorgement provenant d'autres causes et accompagnées d'autres complications. Celte localisation dont le médecin peut très -facilement atteindre les limites, lui assure un brillant succès thérapeutique, rien que par l'usage des nitrates d'argent et de mercure acide ou de l'eau phagédénique. Par ces simples moyens, on voit souvent disparaître en peu de temps des fongosités ou des ulcérations qui, implantées sur un col allongé et dur, simulaient des érosions cancéreuses.
Les engorgements d'origine syphilitique n'amènent pas d'ordinaire les engorgements chroniques d'emblée, affections qui se déclarent plutôt après un long temps d'incubation du principe vireux. Et cependant, ce virus est souvent la cause des
engorgements, cause qu'il faut deviner, mais qu'il n'est pas possible de constater parce que, datant de plusieurs années, elle est restée à l'état latent compatible avec l'exercice physiologique des fonctions de l'organe. D'après le docteur Bouchet, excellent observateur, il faut toujours se méfier de la préexistence du principe vénérien, pour peu qu'il y ait lieu de douter de la moralité de la femme, ou de celle du mari, si la femme est mariée, car, encore une fois, la pseudo-syphilis est une des causes fréquentes des engorgements du col de l'utérus. Plus d'une fois ce savant chirurgien a observé des femmes jouissant apparemment d'une santé florissante, se flétrir insensiblement, changer leur teint en une couleur jaune paille, et donner des symptômes de maladie utérine sans cause déterminée du changement survenu en peu de temps. Les confidences de la malade lui faisaient souvent découvrir que la cohabitation avec un homme ayant eu plusieurs affections syphilitiques, était la cause réelle de tous les accidents, et, dans ce cas, le traitement par les remèdes spécifiques réussissait complètement. L'emploi de la tisane de Pollini ou de la tisane de Vinache
constituait la base de son traitement, auquel il associait Tusage des pilules de calomélas et d'aconit. Ces moyens aidés par le repos, les bains, les injections résolutives, et continués pendant plusieurs mois, lui ont valu les réussites les plus éclatantes.
Les préparations iodurées, introduites après dans la matière médicale, ont été appliquées aux affections syphilitiques anciennes, et, partant aux engorgements du col de l'utérus qui en dérivent. Ces préparations, à mon avis, méritent d'être préférées, mais dans le cas de pseudo-syphilis communiquée, il y a quelquefois deux individus à traiter pour obtenir une guérison complète, car il faut détruire le mal dans sa source, c'est-à-dire il faut guérir l'homme avant de guérir la femme.
Après la syphilis, vient la série très-nombreuse des affections herpétiques , qu'il faut envisager comme étant des causes très-fréquentes des engorgements du col utérin. Tout le monde sait combien de fois les leucorrhées succèdent à la répercussion d'une maladie herpétique, et comment cet écoulement est à son tour la cause de gonorihées rebelles et aussi d'engorgements, d'ulcérations, de crevasses
ou gerçures sur les lèvres du museau de tanche. Combien d'eczémas supprimés ou i^uéris incomplètement vont porter leurs ravages sur les parties sexuelles ! Souvent bornés aux [)arties extérieures, ils alternent leur apparition et leur disparition, tantôt se fixant sur un endroit, tantôt sur un autre. C'est ordinairement à l'approche des règles qu'ils se déplacent pour se porter sur les organes génitaux, Alors les malades éprouvent un prurit insupportable, soit aux lèvres, soit plus haut à l'orifice du vagin et même aux approches de la matrice. Les eudroits que ces eczémas quittent reprennent presque leur couleur normale, Tépiderme se dessèche et bientôt s'exfolie, ou voit alors l'eczéma reparaître de nouveau dans un autre endroit. Cette cause ne détermine pas des maladies qui puissent dégénérer promptement; n'attaquant que la surface, elle se borne à produire des boursouflures : aussi, après le traitement général , les cautérisations suffisentelles à rétablir la santé, et d'autant plus facilement que ces cautérisations seront alternées avec des injections sulfureuses, et lorsque la sensibilité de la malade le permet, avec les douches thermales. J'ai
toujours eu à me féliciter de l'emploi des eaux sulfureuses et salines, telles que celles de Barèges, deBagnères, d'AUevard, d'Uriage, de Louësclie, etc., administrées sous forme de bains, de douches, d'irrigations, et même sous forme de vapeurs. Ces eaux administrées avec discernement, produisent les effets les plus salutaires, pourvu que l'on soit persévérant. Leur premier effet est celui de ramener l'éruption à la peau, où il est plus aisé de la combattre par l'action successive des eaux sulfureuses. Employées en injections, soit pures, soit mitigées, elles déploient une action résolutive (je parle des premières eaux que j'ai citées), mais les secondes moins sulfureuses et plus saturées de sels purgatifs, agiront efficacement comme dérivatives et en même temps comme remèdes spécifiques, au moyen du soufre qu'elles contiennent. Elles ont en outre l'avantage de pouvoir être continuées longtemps, et de produire un effet soutenu qui doit nécessairement faire céder le mal.
Après le traitement spécifique ayant pour but de rappeler à la peau Taffection herpétique, ou de l'attaquer directement là ou elle s'est fixée, il est un
moyen qui produit souvent d'heureux résultats, et ce moyen consiste dans l'application réitérée de vésicatoires ou de sparadraps rubéfiants sur l'ancien siège du mal. Pour aider à remplir la même intention thérapeutique , on pourra établir un exutoire au bras ou à la cuisse, mais on n'aura recours à ce moyen qu'après avoir persévéré infructueusement dans l'usage du vésicatoire.
Le rhumatisme est aussi une cause des engorgements du col de la matrice. Dans ce cas, il est rare que l'engorgement se borne au col ; il affecte le plus souvent le corps de l'organe et même les ligaments. Il tient de la nature de la cause, se montrant nomade et se déplaçant d'un endroit à l'autre pour un temps plus ou moins long et à intervalles plus ou moins rapprochés. C'est ordinairement à l'occasion des suites de couches que cette cause se fait jour, et si elle n'amène pas facilement la dégénérescence organique, elle est cependant trèsopiniàtre, malgré le traitement le mieux combiné.
Les bains, et particulièrement les bains de siège ne produisent ordinairement que des effets à peine appréciables, et sont même très-souvent la cause
de l'augmentation de la pesanteur à l'hypogastre, des tiraillements dans les hanches, de la lassitude aux cuisses, effets qu'on ne saurait calmer qu'en supprimant les bains de siège. Les injections ordinaires ne soulagent pas toujours. Les cataplasmes chauds sur l'hypogastre, les embrocations huileuses et hypnotiques, les emplâtres rubéfiants, les demi-lavements émollients ou les lavements laxatifs, les purgatifs, lorsque l'état des voies digestives le permet, sont les moyens qui constituent la base du traitement le plus rationnel. Enfin les bains alcalisés, soit factices, soit naturels, les eaux savoneuses alcalines, les eaux de Plombières et de Bourbon-Lancy, de Néris et de Luxeuil, etc. amènent des guérisons inespérées. J'ai obtenu des résolutions radicales par les eaux de Plombières et de Luxeuil, et j'ai remarqué que ces eaux ont encore l'avantage de dégager de l'azote, qui s'échappe de la source ; or ce gaz est, comme personne ne l'ignore, très-bienfaisant dans les névralgies et dans les douleurs qui accompagnent l'inflammation. C'est sous forme de bains prolongés, d'irrigations et de douches sur le col de la matrice, que ces eaux sont salutaires, et sans
produire aucun inconvénient. Elles ont aussi l'avantage de maintenir le ventre libre et de s'opposer ainsi à la constipation qui est si préjudiciable dans les engorgements utérins. Aussi ces eaux sont particulièrement indiquées lorsqu'il existe une maladie intestinale conjointement avec la maladie de matrice. Et cette coïncidence est encore assez fréquente, puisque souvent on voit ces deux maladies marcher de conserve et réciproquemenis'entretenir. Il n'est pas sans utilité de tenter de détruire l'une par l'autre , ou , pour mieux dire, d'agir sur les intestins dans le but d'établir une dérivation à la décharge de la matrice.
Je pense que les eaux thermales en boisson ne sauraient être conseillées indistinctement dans tous les cas et à tous les malades, surtout si elles contiennent du fer et si la malade a un tempérament sanguin, car, dans cette circonstance, leurs effets seront probablement nuisibles. Madame N'*'** m'a offert une preuve péremptoire de la justesse de ce que je viens de dire. Cette dame très-robuste quoique âgée, d'un tempérament éminemment sanauin, a recours aux eaux ferrugineuses de Saint-
Clair-lès-Lyon, pour se débarrasser d'un prurit insupportable aux parties génitales. Après vingt jours de libations abondantes de cette eau, le prurit disparaît complètement pour faire place à des douleurs lancinantes dans Tutérus, à une sensation de pesanteur aux reins, et peu après à des végétations sur le museau de tandis, qui ne tardèrent pas à tapisser la cavité de l'organe et à provoquer une dégénérescence de tout l'appareil. Il faut sans doute faire la part de l'idiosyncrasie et de la prédisposition particulière de la malade; mais il est incontestable que l'usage des eaux ferrugineuses a contribué à faire éclater une maladie, qui peut-être aurait été latente encore pendant des années, et à la pousser plus promptement à ses dernières limites.
Les affections morales sont des causes fréquentes des affections chroniques de l'utérus, et, sous leur influence persistante, une fois éclatées, elles parcourent sourdement leurs phases, sans débuter par des fluxions aiguës -, ce qui fait que la malade ne consulte pas le médecin. Cependant, un peu plus lot, un peu plus tard le médecin est appelé, et alors
on observe fréquemment des ravages indiquant que
le mal a fait des progrès très-considérables. C'est dans ces cas que la distraction, les voyages, les bains thermaux, les bains de mer devraient être conseillés , et comme précaution indispensable, on doit tenir essentiellement à ce que la malade observe la continence la plus absolue , précaution du reste à laquelle il est toujours nécessaire d'obtempérer dans tous les cas de maladie de matrice, soit afin de ne pas surexciter l'organe , soit pour ne pas contrarier l'effet des applications médicamenteuses caustiques employées par le chirurgien. J'attache la plus grand: importance à l'observation rigoureuse du repos de l'organe, car l'expérience m'a démontré que le coït a une influence remarquable, tendant à paralyser les effets du traitement le mieux combiné, et à accélérer la marche de la maladie. A ce propos, il n'est peut-être pas inutile de noter que, de tout temps, on a préconisé dans les affections utérines chroniques les remèdes hypnotiques, les préparations de ciguë, et plus souvent celles d'aconit napel, conjointement à l'opium. Tous ces remèdes sont sans contredit très -indiqués, même comme coadjuvants d'autres beaucoup plus
efficaces ; mais on ne saurait se dissimuler leur nullité dans les affections profondes de l'organe, cas dans lequel elles ne peuvent figurer que comme remède calmant. J'ai observé que l'emploi immodéré de ces subslances occasionnait des troubles dans le système nerveux, assez importants pour me décider à en suspendre l'usage. La ciguë vantée par des médecins célèbres n'a pas les vertus qu'on s*est plu à lui reconnaître. Ne produisant pas de fâcheux effets lorsqu'elle est employée avec circonspection, je la prescris comme auxiliaire des moyens plus directs et plus actifs. Quant à l'aconit, on peut dire que, dans certains cas, il déploie une action bienfaisante et mérite d'être rangé au nombre des remèdes auxiliaires les plus efficaces, particulièrement dans les maladies utérines à prédominance nerveuse.
Enfin les remèdes anti-phlogistiques figurent parmi les moyens employés contre les affections chroniques de l'utérus. îl faut avouer que ces remèdes sont très-puissants contre les maladies aiguës, mais aussi que l'on ne peut se faire illusion sur leur médiocre pouvoir contre les mala-
dies chroniques. L'emploi des moyens anti-phlogistiques sera subordonné au tempérament de la malade et au siège de la maladie. Ainsi ils produiront une amélioration notable chez les sujets sanguins ; mais il n'en sera pas de même chez les individus lymphatiques ou bilieux ou nerveux, car dans ces cas ils empêchent la réaction salutaire à l'organe induré. Ils seront très-indiqués contre les engorgements sans dégénérescence, c'est-à-dire lorsque les tissus n'ont pas encore été dénaturés. Généralement parlant, il sera convenable d'être trèssobre de saignées dans les simples engorgements chroniques ; on devra les réserver pour les femmes pléthoriques et puissantes par leur embonpoint et la richesse de leur constitution. Les saignées générales préparent très-bien la malade à l'application des sangsues ; car celles-ci produisent des eflfels plus sensibles lorsque leur application est précédée par une saignée.
Les sangsues ne produisent pas toujours les mêmes efTets, quel que soit le genre de maladie de matrice à laquelle elles sont appliquées. Quoique leur application soit faite à propos, elles ne réussissent
pas à amender la maladie dans toutes les circonstances, bien que leur action soit toujours avantageuse. De même, lorsque l'engorgement sanguin a fait place à l'induration, les sangsues ne sauraient provoquer qu'un soulagement passager des symptômes. Appliquées aux cuisses, une fois chaque mois, elles contribueront à la résolution de la maladie et favoriseront les efïets des caustiques. J'ai observé qu'après l'ablation du tissu induré les souffrances reparaissent à l'approche des règles, à cause peut-être du flux de sang qui s'établit à cette époque à l'utérus, et qui, ne pouvant pas trouver une issue naturelle, exige qu'on l'extraie avec des moyens artificiels. Les sangsues remplissent parfaitement le but.
On a proposé l'application des sangsues sur le col de la matrice ; mais les effets de cette appUcation ne répondent pas à l'attente. Tout en réussissant quelquefois dans les engorgements mous , ils ne font que retarder la marche de l'induration, qui, dès qu'elle existe, se montre rebelle à ce mode de traitement. Outre cela, il esi à noter que, chez les personnes prédisposées aux dégénérescences
loO
organiques , les piqûres laissées par les sangsues se constituent le point de départ de granulations, qui, plus prompteraent se transforment en tissu fongueux ou en végétations saignantes.
Les révulsifs et les dérivatifs, soit par les emplâtres résineux, soit par les vésicatoires, les ventouses ou les cautères, sont à mon avis en toute circonstance de puissants auxiliaires, quel que soit le traitement principal que l'on adopte. Très-avantageux lorsqu'ils sont appliqués à la suite des sangsues ou des saignées générales, ils sont indispensables pour achever le traitement par les caustiques, qu'ils soient appliqués en vue de modifier l'organisme ou d'éliminer un tissu dégénéré. Je pense que le cautère au-dessus du pubis doit être appliqué dès le début, immédiatement après les cautérisations. Plus tard on le changera de place pour le fixer à la cuisse ou au bras.
Je conclurai , en achevant l'énumération des moyens thérapeutiques et autres employés dans le traitement des maladies de matrice, par recommander la position horizontale aux malades, comme étant indispensable. Il serait inutile de compter sur
le succès des cautérisations protondes si la malade ne se résigne pas à garder le lit. En détruisant le col et une partie de l'utérus induré ou squirrheux, la matrice n'ayant plus d'appui, tend à descendre dans le vagin, provoquant ainsi, par son déplacement, des malaises à l'anus et aux cuisses aussi intolérables qu'ils l'étaient auparavant. Pour que la malade puisse se tenir debout, il faut que la guérison soit complète, et pour cela il est nécessaire que les tissus circonvoisins se rapprochent, se contractent pour soutenir la matrice par en bas. Lorsque l'ablation a été profonde, il est même nécessaire de faire usage d'un pessaire cylindrique pendant un certain temps, si la malade se livre à quelques tentatives de locomotion.
Tels sont les moyens généralement employés pour satisfaire à la double indication d'agir sur la parlie malade et sur le reste de l'organisme, c'est-à-dire pour remplir les conditions inhérentes aux deux modes de traitements dont il a été question plus haut. Les maladies de matrice, lorsqu'elles se déclarent sur des sujets dont la constitution n'est pas altérée par une discrasie quelconque ou par une
prédisposition à la dégénérescence structurale , prises à temps, cèdent assez facilement à l'un ou à l'autre ou à l'ensemble des moyens indiqués^ appliqués avec toutes les variantes que les circonstances particulières peuvent exiger et avec l'intelligence nécessaire pour les appliquer à propos. Mais si malheureusement on a affaire avec une malade infectée d'un virus quelconque, d'un principe discrasique presque constitutionnel, ayant une tendance bien prononcée pour la diathèse carcinomateuse, tous les soins le plus judicieux, le mieux et plus largement prodigués, n'aboutiront la plupart du temps qu'à enrayer la marche delà maladie momentanément, toutes les fois même que l'on sera assez heureux pour ne pas constater l'inutilité de nos efforts. 11 en sera de même ou à peu près, si la malade, nonchalante, a laissé passer l'époque de la maladie dans laquelle un simple dérangement superficiel se transforme tout à coup en une altération histologique, Dans ces deux circonstances, le chirurgien n'a plus de ressource à demander à la matière médicale impuissante à réorganiser des tissus qui ont changé leur disposition anatomique
et chimique. Ces parties ainsi désorganisées deviennent un foyer d'irradiation phlogistique de mauvaise nature qui, en peu de temps, finit par envahir tous les tissus circonvoisins, même ceux qui n'appartiennent pas directement à la matrice. Bien souvent celte fâcheuse influence se complique d'autres résultats encore beaucoup plus funestes en tant que l'organisme y participe. Je fais allusion à la diathèse cancéreuse qui, à mon avis, peut préexister dans certains cas à l'éclosion de la maladie de matrice, mais qui, dans bien d'autres cas, reconnaît son point de départ et sa provenance dans la maladie de la matrice môme, ce qui nous fait croire à deux modes de diathèse en général , à celui , veux-je dire, qui a ses racines dans les profondeurs et dans les germes de notre organisation, et qui constitue, à proprement parler, la prédisposition pour ainsi dire congéniale oujnnée, et l'autre qui a une origine accidentelle et qui peut tenir indirectement à toutes les causes capables d'engendrer les maladies.
Lorsque le médecin se rencontre dans un de ces modes pathologiques, et qu'il peut se convaincre
de l'irisufiisance des ressources thérapeutiques, il est évident qu'il y a urgence à agir vigoureusement. C'est à la chirurgie et à ses expédients qu'il lui faut recourir, non seulement pour guérir un organe qui est sur la pente de la désorganisation, mais aussi pour abriter l'organisme de son influence malfaisante. Bref, le feu, le bistouri et les caustiques sont les ressources dont il peut et dont il doit faire usage le plus promptement possible.
Dans d'autres endroits de cet ouvrage, le docteur Floret s'est étendu sur le mérite relatif de ces moyens extrêmes, et il y aurait double emploi de nous en entretenir ultérieurement. Dans l'esprit de ce chirurgien, éclairé par une longue expérience, il n'est pas douteux qu'il ne convienne de donner la préférence à l'usage des caustiques et des caustiques les plus dévorants, bien entendu lorsque les symptômes et l'inspection par le toucher laissent crcire à une dégénérescence à plusieurs couches de profondeur. Car dans les affections superficielles, tout en reconnaissant l'utilité des caustiques pour modifier un tissu extérieur à peine altéré, il reconnaissait aussi que les caustiques violents auraient
été et sont plutôt préjudiciables qu'utiles, en tant que la plaie profonde qu'ils creusent même dans un tissu sain, peut changer de nature à la suite d'une cause quelconque, et réveiller pour ainsi dire un principe morbide latent jusqu'alors, mais qui mis plus directement à contact des causes externes peut se développer et avec lui toute la cohorte des maux qu'il entraîne. Ainsi la question des cautérisations se réduit à une simple question d'opportunité et celle-ci en une question de rectitude de diagnostique. Tous les chirurgiens sont d'accord au sujet de la convenance d'employer les caustiques, mais la chirurgie est encore à désirer un vademecum sémiologïque assez précis pour guider le praticien dans le choix de ces remèdes et dans la détermination du vrai moment d'agir.
L'éliologie et la thérapeutique des affections de matrice ont été traitées magistralement par le docteur Floret, et certes il n'y a pas grand chose à ajouter à l'énumération des causes et à la description des moyens curatifs que ce chirurgien nous a laissées. C'est lout ce qu'un observateur peut transmettre aux autres, et cela suffit jusqu'à un certain
point comme pouvant servir de base à l'expérience et à l'observation du jeune chirurgien qui débute. Floret et ses contemporains n'ont pas eu l'avantage de profiter des prémisses que leurs prédécesseurs ignoraient et qu'eux ont légué à la génération actuelle. Voilà le vrai progrès dans la clinique. Tandis que Floret, Bonnet et autres ont dû tâtonner dans leurs recherches sur la meilleure manière d'appliquer les caustiques aux maladies de matrice et sur le choix du caustique qui mérite la préférence, les chirurgiens d'aujourd'hui, en prenant pour point de départ les derniers résultats des praticiens qui viennent de s'éteindre, auront moins de chemin à parcourir, et ce qui plus est, ils n'auront aucune recherche préalable à faire pour parvenir à déterminer soit les causes, soit les remèdes des maladies de matrice. La nosographie de ces affections ne laisse plus rien à désirer à cet égard, et sans préjuger à la possibilité de quelques surprises de la science, l'on peut croire que le véritable chemin pour connaître et traiter ces maladies est trouvé, et qu'il ne reste plus qu'à marcher sur l'ornière que Floret et Bonnet particulièrement nous
ont tracée. L'on trouvera peut-être un caustique pins prompt et plus actif que la pâte de Canquoin, et le chimiste qui le découvrira rendra un véritable service à la chirurgie ; mais il est difficile de présumer que l'on puisse inventer une méthode thérapeutique des affections de matrice qui ne repose pas sur l'emploi des substances caustiques.
Cette nosographie n'est pas cependant entièrement achevée, car, quoique Ton sache que les caustiques sont les remèdes les plus indiqués dans les maladies de l'utérus, jusqu'à présent l'on n'a pas explicitement et intelligiblement signalé les indications et les contr'indications de ce mode de traitement. Les caustiques, en effet, ne sont pas une panacée à laquelle il faille recourir dans tous les cas et dans toutes les époques de cette maladie, ce qui implique le besoin d'une étude détaillée de tous les accidents séméïotiques capables de nous aider à distinguer les occasions dans lesquelles il faut agir de celles où il est convenable de ne pas agir. C'est à obtenir cette notion pratique que doivent tendre les efforts des chirurgiens, non sous le point de vue d'augmenter le cadre des spécialités morbides
et de compliquer ainsi la nomenclature nosologique, mais pour déterminer les limites et les renseignements exacts qui les tracent, au-deçà desquels la maladie est guérissable et au-delà tous les secours de l'art sont inefficaces. L'on préservera ainsi les caustiques du discrédit dans lequel tombe, après l'engouement, tout remède qui, trop vanté et indistinctement employé, n'a pas toujours répondu à l'attente. Si les deux chirurgiens lyonnais ont parfois un peu trop compté sur la puissance de ces moyens, même dans les cas les plus désespérés, ce n'est pas une raison ni pour les imiter ni pour les blâmer. Sans la boussole de l'expérience d'autrui, ils ne pouvaient moins faire que de s'exposer à dépasser le but, ce qui ne serait pas pardonnable à tous ceux qui venant après eux n'ont plus d'autre tâche à remplir que celle de rectifier.