‹ Documents chirurgicaux du docteur Pierre FloretChapitre 13 sur 22 · NEUVIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

NEUVIÈME OBSERVATION

Hypertrophie avec induration du col de l'utérus. — Prolapsus, granulations saignantes, excoriation de l'orifice. — Ablation jusqu'au cul de sac du vagm. — Guérison.

Madame L***, ouvrière en soie, est âgée de quarante-huit ans, d'un tempérament lymphatico-sanguin, d'une taille élevée et d'une musculature trèsprononcée. Quinze ans auparavant, cette dame fut atteinte, à la suite d'une couche, d'un rhumatisme erratique, qui parfois se portait sur les ligaments de la matrice, souvent sur les enveloppes du cœur, et lui causait de l'oppression et des palpitations alarmantes. Traitée à l'époque par le docteur Bouchet, les symptômes cardiaques disparurent, mais en revanche cette dame ressentait presque constamment de la pesanteur au bassin, au sacrum, aux hanches et de la lassitude aux cuisses. Continuant à vaquer à ses

occupations ordinaires, ce qui l'obligeait à faire des courses très-longues, ce n'était que de loin en loin que cette dame avait recours à la médecine, et seulement lorsque ses souffrances s'exaspéraient. La suspension du travail, le repos, des injections, des saignées, quelquefois des sangsues aux cuisses, tels étaient les moyens qu'elle employait pour se procurer un soulagement qui, aussitôt obtenu, la décidait à suspendre tout traitement ultérieur. Elle consulta plusieurs médecins, mais sans de grands résultats, et ce ne fut qu'en l'année 1837 qu'elle s'adressa à moi. Le toucher me fit connaître un allongement considérable du col, abaissé et dirigé en arrière ; les lèvres étaient saillantes, et l'orifice de la matrice presqua oblitéré. Le spéculum ne laissa apercevoir aucune excoriation ni aucun changement de couleur; seulement, il s'écoulait de l'organe malade un liquide muco-pus épais très-abondant. Les moyens ordinaires, je l'ai déjà dit, la soulageaient temporairement, et les règles étaient abondantes et régulières. Ayant épuisé toutes les ressources thérapeutiques, je lui conseillai le repos, quelques bains, des injections, une ceinture hypo-

gastrique, et je lui dis d'attendre ainsi quelque temps. Les bains froids du Rhône avaient amené, en 1844, une diminution sensible de tous les malaises qu'éprouvait cette dame ; mais quelques atteintes rhumatismales la forcèrent à y renoncer. Pendant ce temps, la sensation de pesanteur devint plus continue et plus intolérable. La malade avait fait usage de pessaires de formes et de constructions diverses, sans aucun avantage , lorsqu'elle se décida à se soumettre à l'examen par le spéculum. Le col se montra très-allongé, gros et incliné en arrière; il paraissait bosselé, et à l'orifice on remarquait des excoriations et des granulations saignantes. Ce col avait des dimensions telles qu'il ne pouvait entrer que par moitié dans un spéculum de quatre centimètres de diamètre. Son volume était donc d'un tiers plus gros qu'à l'ordinaire. La présence du cautère avait causé de nouveaux désordres. Je fis quelques cautérisations avec la solution de nitrate d'argent à des distances éloignées, et je ne revis la malade que de loin en loin. En août 1847, cette dame avait renoncé à son travail, car les courses,

même les plus courtes, lui causaient des maux de

reins intolérables. Je lui proposai l'ablation du col par l'appareil que je venais d'inventer. Je priai le docteur Bonnet de vouloir bien constater l'état de la maladie et de me donner son avis. Il reconnut, lui aussi, une hypertrophie du col, dont les lèvres arrondies, saillantes et renversées en dehors avaient presque oblitéré l'orifice. Le prolapsus était plus prononcé; le corps de l'utérus était sain et entéversé. Le 13 août, cautérisation de neuf heures avec la pâte de Canquoin , après avoir préalablement dénudé le col au moyen de l'application de la pâte de Vienne. Malgré la durée de la cautérisation, on n'eut à constater aucune réaction de quelque entité, ni de fièvre. L'escharre couvrait toute la lèvre antérieure, qui se montrait aplatie et déprimée. Le neuvième jour, l'escharre tombe ; elle a un centimètre d'épaisseur et quatre de diamètre ; dure et sèche. La surface altérée présente une profonde échancrure sur laquelle j'applique immédiatement un second disque de pâte chlorurée, et je la maintiens en place pendant onze heures. Le huitième jour, l'escharre tombe ; elle est de la même dimension que la précédente. La lèvre postérieure

se présePxte dans le champ du spéculum^, et à son tour elle est attaquée par une cautérisation de douze heures de durée. Six cautérisations suffisent pour opérer l'ablation de cet énorme col et arriver au cut-de-sac du vagin. Je fis encore une dernière cautérisation pénétrant dans l'orifice. A la chute de la dernière escharre, le doigt pouvait pénétrer dans le canal utérin.

Toutes ces cautérisations n'eurent aucune suite mauvaise. La malade fatiguée de ses maux avait accepté avec courage et subi avec résignation tous ces moyens de guérison, et, très-docile, elle ne négligeait aucun de nos conseils. Bains tous les jours, irrigations émollientes, repos et position horizontale furent mis en pralique et ne tardèrent pas à rétablir la malade de manière à ce qu'elle put reprendre ses anciennes occupations. L'année suivante, nous lui conseillâmes les eaux de Bourbon- Lancy. Aujourd'hui (29 juillet 1858), onze ans après l'opération, j'ai revu cette malade et j'ai pu constater sa guérison parfaite.

J'ai pu m'assurer que lors même que le col de la matrice a été exporté par les caustiques, les

maux de reins continuent encore pendant un temps plus ou moins long. Je conseille donc, dans cette circonstance, le repos et la position horizontale pendant plusieurs mois, les injections émollientes et détersives jusqu'à cicatrisation complète de la plaie, et plus tard les injections froides, les bains de rivière ou les eaux thermales de Plombières, de Luxeuil, de Bourbon, etc.

DIXIEME OBSERA'ATION.

Engorgement et induralion du col, prolapsus avec antcversion, granulation et excoriation de l'orifice.

Madame D..., âgée de 45 ans, douée d'un tempérament sanguin-bilieux, ayant un teint pâle et de l'embonpoint réclama, en 1848, mes soins.

Depuis cinq ans, cette dame avait des pertes rouges presque continuelles, des maux de reins intolérables, s'étendant à la région du coxyx. Depuis quelque temps, la marche était difficile, et les malaises gastriques s'augmentaient de jour en jour. Madame avait renoncé depuis bien des mois aux

traitements qu'elle avait entrepris à plusieurs reprises, et toujours sans aucun soulagement.

Ces renseignements anamnestiques que je pus recueillir de la bouche de la malade m'engagèrent à m'assurer de visu et de tactu de l'actualité de la matrice, et à cet effet soit au moyen du doigt, soit en me servant du spéculum, je reconnus bientôt que le corps de l'organe était souple, mobile et d'un volume normal, mais avec déviation en avant. Le col était énorme, arrondi, dirigé en arrière. L'orifice se montrait encombré par des granulations saignantes, et quelquefois la matrice se déplaçait de manière à faire descendre le col jusqu'à la vulve, ce qui avait obligé la malade à porter un pessaire, quoique sans résultats satisfaisants.

La première indication thérapeutique à satisfaire me parut celle d'enlever au moyen du caustique une couche de tissu excorié, et peut-être autant de couches qu'il fallait pour atteindre au tissu sain. Je me décidai donc pour l'application de la pâte de Ganquoin à demeure.

La malade fut préparée pendant quelques jours à l'opération par le repos et un traitement général.

Le 6 avril, à l'aide de mon spéculum, j'applique un disque couvert de pâte chlorurée, d'un diamètre de trois centimètres, sur la surface fongueuse, et je le laissai appliqué pendant douze heures. J'obtins une escharre qui comprenait tout le sommet du col, ou pour mieux dire tout le bord de l'orifice de la matrice, puisqu'on pouvait constater l'orifice au milieu de l'escharre.

Le 17 avril, je fis une seconde application assez grande pour recouvrir toute la surface demandée par la cautérisation précédente. La malade ne put supporter l'appareil au-delà de neuf heures, à cause de la compression plus forte exercée par le portecaustique. A la suite de la chute de la seconde escharre, le col se trouva presque entièrement éliminé, et la plaie présentait une surface appîatie, couverte de boutons charnus. Je prescrivis des bains de siège, des injections détersives, et je fis des pansements locaux avec des cérats calmants. Je passai à différentes époques la solution de nitrate d'argent sur la surface de la plaie qui se rétrécissait rapidement.

En juin suivant, deux mois après les cautérisa-

tions, l'orifice du museau de tanche oiïrail encore un aspect fongueux qui me décida à une troisième application du sparadrap chloruré de la durée de six heures, en fixant le sparadrap sur un embout conique. A la chute de l'escharre, les alentours de l'orifice présentaient un meilleur aspect : ainsi, à l'aide de pansements simples et de quelques autres moyens auxiliaires, le col de la matrice finit par se cicatriser entièrement, et la guérison fut complète en août suivant.

Ces trois cautérisations ayant suffi à éliminer la partie hypertrophiée et fongueuse du col, je ne poussai pas plus loin les cautérisations. J'avais doublé à chaque fois l'épaisseur de la couche caustique ; je devais donc à chaque application obtenir une escliarre plus grosse; ce qui réellement s'est réalisé. Dans ce cas, une circonstance favorable contribua puissamment à l'efficacité du caustique puisque il n'y eut aucun suintement liquide, et conséquemment la pâte put conserver sa consistance, condition essentielle pour obtenir une cautérisation plus profonde.

Cette malade reçut mes soins jusqu'au mois de

décembre de la même année, toujours en suivant avec la plus grande exactitude mes conseils. Elle s'assujétit à la position horizontale jusqu'en octobre, et à cette époque elle pouvait déjà se livrer à quelques courses sans ressentir les malaises qui la gênaient autrefois.

La matrice, cependant, continua à être légèrement déplacée , mais soutenue par les brides résultant de la cautérisation, et plus légère à cause de la suppression du col, elle n'exerçait plus de frottements douloureux en arrière. L'année suivante, la malade alla aux eaux de Bourbon-Lancy, et après avoir encore pendant quelques mois ressenti des maux de reins, elle fmit par guérir complètement, et je suis autorisé à croire qu'il en est réellement ainsi, car depuis plusieurs années je n'ai plus eu l'occasion de lui donner des soins pour une indisposition quelconque de matrice.

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