‹ Documents chirurgicaux du docteur Pierre FloretChapitre 14 sur 22 · ONZIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

ONZIÈME OBSERVATION

Engorgement induré avec granulations saignantes ; tendance à l'ulcère rongeant.

En avril i851, je fus consulté par Madame P..., demeurant place de la Guillotière.

Madame était âgée de 50 ans ; douée d'un tempérament bilieux-nerveux, elle présentait un aspect blême, beaucoup de maigreur et des chairs flasques. Pendant plusieurs années, elle avait reçu les soins du docteur Nicliet qui lui avait cautérisé la matrice avec le crayon de nitrate d'argent à douze reprises ditïérentes. Elle portait un pessaire depuis trois ans, et comme ce pessaire, loin de calmer ses maux de reins, les lui rendait de jour en jour de plus en plus intolérables, je leluiôtai. Au toucher, je retrouvai le col dirigé en arrière et à droite, et sa lèvre postérieure était bosselée, ronde et presque calleuse. La lèvre antérieure pointue, allongée, molle : Torifice dilaté.

Le spéculum dirigé en arrière et à droite pour y faire entrer le col, laissait voir tout autour de l'ori

fîce utérin des granulations saignantes suintant du muco-pus mclé à du sang. Je prescrivis les moyens ordinaires, et quelques jours après, je fis des lotions sur cette surface granulée ainsi, que dans l'orifice saignant, avec une éponge imbibée de solution de nitrate d'argent.

Pendant cinq mois environ, je répétai tous les cinq ou six jours des cautérisations légères de nitrate d'argent dissous ou de nitrate acide de mercure ; mais comme je n'obtenais pas la résolution de la maladie, je me décidai à appliquer la pâle chlorurée que je tins en place pendant deux heures. A la suite de cette cautérisation, l'état de la malade s'améliore sensiblement, de manière à pouvoir se passer de mes soins. Je ne revis plus cette malade qu'en 1857, six mois après, et voici ce qui la détermina à me consulter de nouveau.

Elle éprouvait depuis plusieurs mois des douleurs sourdes presque continuelles en bas des reins el aux hanches, et souvent des lancées à la matrice. Ces douleurs lancinantes retentissaient à l'épigastre ^ où elle éprouvait des spasmes fréquents accompagnés par une dispepsie de tous les jours. La

marche élait devenue impossible, son état moral tout autre que rassurant faisait craindre une affection bien avancée. Le col de la matrice n'avait pas sensiblement augmenté de volume : le corps même de l'organe avait diminué ; mais il était renversé avec une petite déviation à gauche; le col était dirigé à droite et en ari'ière. Pour saisir l'orifice, il fallait diriger le spéculum dans ces directions ; alors par un effet de bascule, le col entrait dans le centre de l'instrument, d'où l'on apercevait à l'orifice une ulcération profonde, de couleur rouge foncée, saignante et paraissant s'étendre jusqu'à l'intérieur de la matrice. Comme cette malade était affectée moralement à cause de la rechute qu'elle avait éprouvée après sept ans, et à cause de la gravité des symptômes je fus obligé, d'employer pendant un mois un traitement calmant, en partie dirigé à la localité malade, et en partie en vue de lui calmer les souffrances gastralgiques qui en constituaient la plus alarmante complication ; mais comme ces soins restaient infructueux, la malade me pria de lui faire la même cautérisation qui l'avait soulagée et guérie même autrefois.

Le 6 septembre, je portai un bourdonnet imbibé de nitrate acide de mercure sur l'ulcération en le laissant en place pendant quelques minutes, et en en faisant suivre l'application par des irrigations émollientes, par les bains de siège et les pansements avec une pommade opiacée. Les cautérisations soit avec la pierre infernale, soit avec le nitrate acide de mercure furent continuées jusqu'en novembre ; mais sans amélioration sensible dans les souffrances de la malade qui, malgré sa répugnance pour les cautérisations chlorurées au spéculum, finit par les accepter comme le seul moyen sur lequel l'on pouvait- fonder un espoir quelconque, d'autant plus qu'elles avaient réussi la première fois.

Le 10 novembre, j'appliquai un cône de sparadrap caustique pendant quatre heures seulement, ne pouvant pas le supporter plus longtemps. Cette cautérisation modifia la nature des crises qui n'étaient plus si aiguës et fit cesser les douleurs de la matrice , mais sans changer rien aux malaises gastralgiques. L'escharre fut mince, la cautérisation n'ayant atteint que la lèvre antérieure. Le 20 novembre, la malade étant un peu mieux disposée à

subir une plus longue séance, je fis une seconde cautérisation chlorurée de six heures qui, à cause d'un déplacement survenu dans le col, n'atteignit pas le but. Le 30 novembre, nouvelle cautérisation de cinq heures : cette fois le cône avait pénétré dans l'orifice très-profondément, ce qui me permit de réappliquer un trochisque de sparadrap chloruré pendant six heures.

Ayant lieu de croire que ces trois cautérisations avaient suffi pour éliminer toute la partie fongueuse de l'orifice, je continuai les autres moyens jusqu'en janvier 1858. A cette époque, le col était évidé mais non guéri, car les douleurs lancinantes existaient toujours ainsi que la gastralgie. Il me fallut donc reprendre l'usage de la pâte chlorurée, dont je fis deux applications de quatre heures chaque à quinze jours d'intervalle. Je réussis ainsi à évider la partie interne du col et à parvenir à la partie saine de l'orifice qui, se rétrécissant petit à petit, se cicatrisa assez promptement. Les pertes rouges cessèrent et l'estomac reprit à exécuter normalement ses fonctions. La malade reprenait ses forces et de l'embonpoint,

et en mai 1858 je pus constater son rétablissement complet.

Chez cette dame, des granulations saignantes avaient été cautérisées par le docteur Nichet, ensuite par moi par des caustiques légers et sans aucun résultat, parce qu'elles surgissaient sur un col engorgé. Cette maladie n'a cédé qu'à un traitement opiniâtre et énergique. Les granulations avaient fait place à une ulcération qui dépassait l'orifice et qui ne céda qu'à des cautérisations profondes, telles qu'il en fallait pour détruire la couche dégénérée.

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