‹ Documents chirurgicaux du docteur Pierre FloretChapitre 7 sur 22 · CINQUIEME OBSERVATION · texte numérisé non relu

CINQUIEME OBSERVATION

Ulcère rongeant de la paupière inférieure du nez et de la joue.

Marguerite Jaillet, de condition domestique, âgée de 5o ans, vint me consulter en février 1857.

Cette femme présentait, depuis bien des années, une verrue indolente sur l'os du nez. Écorchée avec l'ongle cette verrue s'étendit, s'enflamma, ce qui n'empêchait nullement la malade de l'irriter très-souvent par des sucs de tithymale, et par d'autres substances plus ou moins acres. Cette plaie s'était changée à cette époque en un chancre rongeant qui avait envahi tout un côté du nez, les deux paupières et l'arcade sourcillai re du côté interne. Les bords taillés à pic étaient d'un rouge violet, et le fond de l'ulcère était jaunâtre, donnant un pus rare et visqueux, d'une odeur siii generis.

Cautérisation de cinq heures au moyen du sparadrap de chlorure de zinc. L'escharre couvrait toute l'étendue du mal ei formait une dépression noire occupant la commissure des paupières, l'arcade sour-

ciliaire et la racine du nez jusqu'au cartilage. La chute de Pescharre met à nu une plaie ayant un fond de très-bon aspect. Huit jours après, une nouvelle cautérisation sur l'arcade sourciliaire et la racine du nez. On la maintient à demeure pendant trois heures. Pansements avec onguent digestif à la chute de l'escharre.

Le 10 mars, la plaie à l'endroit de l'arcade sourciliaire présentait encore un fond jaune, ce qui me décida à une réapphcation du sparadrap caustique, laissé en place pendant quatre heures. On aperçoit un commencement d'exfoliation dans la partie interne de l'os frontal, exfoliation qui fut le prélude de la cessation de tous les symptômes locaux qui auraient pu exiger de nouvelles cautérisations. En peu de temps, la guérison s'était accomplie entièrement.

Cependant, au mois de novembre suivant, apparut un petit point rouge saignant qui nécessita encore une nouvelle cautérisation d'une heure, et produisit une escharre, et plus tard une plaie qui guérit assez promptement.

La guérison dura jusqu'au mois de juillet 1858,

époque à laquelle je pus constater une petite élevation sur la racine du nez, élévation recouverte d'une croûte que j'enlevai avec l'ongle pour la remplacer par un petit carré de sparadrap caustique. Quelques jours après, la plaie n'étant pas fermée entièrement, j'appliquai un petit fragment de sparadrap, qui cette fois aboutit à une guérison incontestable. •

Parmi les notes laissées par le docteur Floret, il s'en rencontre une qui se rapporte à la même maladie, qui peut-être, à cause de l'idiosyncrasie individuelle et la nature diathésique cancéreuse, eut une issue funeste, malgré l'énergie avec laquelle on avait employé les caustiques. Ce n'est pas à cette cause que Floret attribua cet insuccès, car, le malade, par la suite de l'assurance reçue de la part d'un médecin que sa plaie allait précipitamment à la guérison, se refusa à se faire cautériser de nouveau, comme Floret l'aurait désiré , car celui-ci s'apercevait que la guérison était incomplète, quoiqu'elle durât depuis dix ans. Au bout de ce temps, le mal reparut, et, sous l'influence de la même incurie de la part du malade, il prit la forme hideuse du

chancre rongeur de la face, et le malade mourut dans le courant de l'année 1856.

Quelle que puisse être la cause de cette récidive, il n'en ressort pas moins la nécessité de ne pas s'arrêter dans le traitement avant d'être bien sûr d'avoir extirpé le mal jusqu'à sa racine , car il se peut que le chirurgien soit induit en erreur par une cicatrisation qui lui laisse croire tous les tissus bien portants, tandis qu'ils conservent encore le germe de la maladie. Il est trop fréquent de voir des cicatrices se rouvrir, et plus particulièrement lorsque, à l'affection localisée, s'en ajoute une générale ; il ne faut donc pas s'étonner de voir ce fait se produire, lors même que le traitement a été vigoureux et irréprochable. Il sera donc prudent, comme l'enseigne Floret, de ne pas se contenter de guérir la maladie chirurgicale sans joindre au traitement externe un traitement rationnel dirigé vers la neutralisation du principe morbide qui a la puissance de refaire la même maladie qu'on a guérie, ou de la faire apparaître à un endroit tout autre que celui qu'elle occupait la première fois. Qu'un principe morbide engendre les maladies cancéreuses, ou bien

que les maladies cancéreuses locales distillent et forment de toutes pièces ce principe qui petit à petit envahit diathésiquement l'organisme, toujours est-il que le chirurgien doit se préoccuper de ce qu'il peut présumer exister en sus de la maladie locale qu'il se propose de guérir au moyen des caustiques. Les anti-dialhésiques spéciaux reconnus comme des remèdes neutralisant un principe miasmatique quelconque, doivent être employés pendant la cure locale, et même longtemps après la guérison.

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