‹ Documents concernant l'histoire constitutionnelle du Canada, 1759-1791 [microforme]Chapitre 140 sur 517 · SHELBURNE · texte numérisé non relu

SHELBURNE

Endossement : (No 4) Lettre au lieutenant-gouverneur Carleton, 20 juin 1767.

CARLETON A SHELBURNE

Quésec, 25 novembre 1767.

Micorp,

Comme Votre Seigneurie m'informe que les fonctionnaires de Sa Majesté sont à étudier avec le plus grand soin et la plus grande prudence le perfectionnement de la constitution civile de Québec et que toute lumière propre à faciliter ce travail sera d'un grand secours, je m'efforcerai d'exposer la vraie situation de cette province. Afin de répondre au désir de Votre Seigneurie, j’ujouterai à cela toutes les réflexions que j'ai eu l’occasion de faire et je vais vous les communiquer avec la franchise qu’on doit apporter au service de Sa Majesté, car il est à craindre que les fonctionnaires de Sa Majesté chargés d’un travail d’une si grande importance, ne puissent faire profiter le service de Sa Majesté de leurs aptitudes, en dépit de leur profond savoir et de leur grand jugement, si les faits et la situation d’une province si éloignée, —situation si différente de ce'le des autres possessions de Sa Majesté, —ne leur sont pas fidèlement exposés.

? Archives canadiennes, Q. 4, p. 130. La partie omise dans cette lettre a rapport au cas d'assaut sur la personne de Walker et aux disputes au sujet du commerce avec les sauvages.

# Relative au commerce avec les sauvages, Q. 4, p. 111.

3 Archives canadiennes, Q 5-1, p. 260.

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YOC. PARLEMENTAIRE No 18

Je dois croire que les droits naturels des citoyens, les intérêts de la Grande-Bretagne sur ce continent et le maintien de la domination du roi sur cette province, doivent toujours être les principaux objets à considérer lorsqu'il s’agit d'élaborer une constitution civile et un système de lois pour cette province ; je dois croire aussi que les lois constituent la base de tout sans quoi tout projet ne vaut guère mieux que châteaux en Espagne : cela étant exposé, il s'ensuit naturellement que je dois premièrement démontrer jusqu’à quel point une telle base a été solidement assise ou non.

La ville de Québec est le seul endroit dans cette province qui ait le moindre droit d'être appelé avec raison une place fortifiée, car les m':s chancelants autour de Montréal, s1ls ne tombent pas en ruine ne peuvent résister qu'a la mousqueterie. Pour le moment, il est plausible de considérer cette ville comme un bon camp muni sur le front d’un rempart bastionré revêtu extérieurement d’une maçonnerie et capable de renfermer dix ou douze bataillons ; elle est en grande pariie bâtie sur un rocher et il ne s’y trouve ni fossé ni ouvrages extérieurs ; son profil est maigre pour une forteresse mais suftisant pour un campement et son parapet est en très mauvais étrt. En 1759, les flanes et le derrière de ce campement étaient entourés d’un mur peu solide et le reste était protégé par une palissade de longs pieux, aujourd’hui emportée au loin ou pourrie. Cette palissade s'étendait sur le bord des hauteurs et des précipices à une faible distance du fleuve Saint-Laurent, du bassin et de la rivière St-Charles, de manière à laisser un passage entre cette ligue et ces eaux.

Avec un nombre de soldats suftisant à cet endroit, il sera possible de garder les flancs et le derrière, de les mettre en peu de temps à l’abri du danger et de forcer l’ennemi à diriger son attaque sur le front ; mais à mesure que le nombre des troupes dimunuera, le danger d’être entouré et pris d'assaut sans effort augmentera en proportion, aujourd'hui surtout que le mur présent»? des ouvertures en maints endroits.

Le nombre de troupes du roi ailouées pour cette province lorsque celles-ci seront au complet et en bonne sant, y compris les officiers et les soldats, atteindra le chiffre de seize cent vingt-sept hommes, et les anciens sujets de Sa Majesté cans cette province pourront ajouter à ce chiffre, s'ils le veulent, cinq cents hommes en état de porter les armes. Or, avec neuf mois de rudes travaux, le total formé par les troupes et les anciens sujets de Sa Majesté réunis à Québec, permettrait de faire subir aux fortifications les réparations urgentes, mais nous n’aurions que-le tiers des forces nécessaires pour défendre cette place.

Les nouveaux sujets pourraient mettre en campagne environ dix huit mille hommes très propres à prendre les armes, dont la moitié à peu près ont servi avec autant de valeur et avec plus de zèle que les troupes régulières de France qui leur étaient adjointes, sans compter qu’ils étaient plus familiers avec les méthodes militaires de l'Amérique.

Comme les seigneurs exercent une profonde influence sur le bas peuple je vous transmets avec la présente un état de la noblesse du Canada, ! indiquant d’une manière assez exacte l’âge, le rang et la résidence actuelles des nobles ; vous y trouverez aussi les noms de ceux qui sont natifs de France et qui dès leur jeune âge ont servi dans les troupes coloniales, se sont familiarisés avec le pays et avec la population et par suite ont acquis sur celle-ci une influence équivalente à celle dont jouissent les nobles nés dans la colonie qui occupent le même rang. Il s’ensuit qu’il doit y avoir actuellement en France environ cent officiers au service de ce pays, prêts à partir en cas de guerre pour une contrée qu'il connaissent parfaitement et dont ils pourraient avec l’aide de certaines troupes, soulever la populution habituée à leur ohéir implicitement. 11 appert aussi qu'il ne reste au Canada guère plus de soixante-dix de ceux qui ont servi dans les troupes coloniales ; le roi n’en compte pas rn dans son service et aucun ne pourrait être induit pour aucune considération à défendre le gouvernement et l'autorité de Sa Majesté ; ce sont des gentilshommes qui 2n devenant sujets de Sa Majesté, ont pour 'e moins perdu leur emploi, et, considérant qu’ils ne sont liés par aucune charge de confiance ou qui leur rapporte des profits, nous nous abuserions en supposant qu’ils se dévoueraient à la défense d'une nation qui les a dépouillés de leurs honneurs, de leurs privilèges, de leurs

…: Archives canadiennes, Q. 5-1, p. 269. Cet état est reproduit au complet à la page 33 du rapport de 1SSS sur les archives canadiennes.

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