DE PARME
(Se rapporte ayx pages 85-88.)
1° Lettre de Henri IV,
Il écrivait à son cousin, le duc de Nevers, le soir même de la reddition de la ville.
« Le baron de Biron vient de venir de la guerre. Il m^a rapporté ce qui s'est passé au Neufchastel, qui est que six heures après que le s' de Givry y fut arrivé hier^ il fut investy des ennemis qui dressèrent leurs batteries IT cinq cens pas à descouvert, commencèrent à deux heures après midi à battre de dix pièces, et à cinq heures avoient faict bresche de cent pas, où les charrettes pouvoient monter. Ce que voyant le dia S' de Givry, et que dans le chasteau il ne pouvoit retirer deux cents maîtres qu^il avoit, et les régiments de Rempei et Rebours, a capitulé et est sorty tambours battans, enseignes
desployées, trompettes sonnans et en bataille, et a laissé
dans le chasteau toutes munitions et gens de guerre qui y sont nécessaires, et a emmené les chevaulx de ceux qui sont demeurés dans le dit chasteau. Du camp de Buchy, le mer-
credy au soir xij* jour de febvrier 1592. » Lettres missives, édition de Berger de Xi vrey, III, 566.
2° Reddition de la ville de Neufchâtel, d'après une gravitre du temps.
Elle est de François Hogenberg, Hollandais, et tirée d'une série de planches sur les événements militaires contemporains. On y voit Tensembie de Neufchâtel et des environs ; le château avec ses tours et ses remparts garnis de soldats ; le donjon surmonté du drapeau royal, avec des H couronnés. La garnison de la ville sort par une porte et défile, avec les honneurs de la guerre, devant le duc de Parme, tandis que Parmée de la ligue s^appréte à entrer dans la ville. L'armée royale prend la direction de Dieppe, dont le nom est inscrit à Pangle de gauche, au haut de Festampe. La date a An^ i5g2 16 Jebruar. », placée à l'angle opposé, n'est pas celle de la reddition de la ville, qui eut lieu le 12, mais plutôt celle db la reddition du château^ distincte de l'autre, comme on vient de le voir.
Le duc de Parme est au premier plan, à cheval, entouré de son état-major, et, pour qu'on le reconnaisse, on lit audessous de lui : P. von Parma. Les trompettes sonnent, des pièces en batteries tirent, et Ton voit, au second et troisième plan, des escadrons de cavalerie, armés de piques ou d'arquebuses, effitre lesquels s'avancent les f^imeux Tercios de rinfanterie espagnole, que nous devions encore retrouver à Rocroy, et dont « les bataillons enfoncés demanderont quanier au jeune duc d'Enghien». (Bossuet, Oraison funèhre du prince de Condé,)
La légende se compose de trois strophes en vieil allemand, placées au bas de l'estampe, dont voici le texte exact et la traduction littérale :
Panna der macht sich auff die ban, Mitt seinem Kriegsvolck nach Rouan
Neufchastel aufT dem Weg er Hndt, Besazt mitt Navarrisch gesindt.
Am zwôlfTten Hornùng wirt gestallt, S'geschOtz, vier hondert schuss gezallt, Tcmpel, Generiy wass mehr drinn Min fenlin (?) fliegent zohen hin.
Somelicr Oberst aufT dem Schloss, Mitt Monseur Reybours dîss verdross ; Haltcns biss aufif dritten tag Gehens auff, folgen dander nach.
« Parme^ qui avec son armée s'ouvre le chemin de Rouen, trouve sur sa route Neufchûtel, occupé par les partisans du Navarrais.
« Le doui^e février le canon est braqué, quatre cents coups sont comptés, Tempel, Generi, et (ce qui?) est en plus dans la place se retirent enseignes' déployées.
« Somelier, commandant du château, en est contrarié, ainsi que Monsieur Reybours; ils tiennent encore trois jours, puis s^en vont (et) suivent les autres > . »
La lettre de Henri IV, ci-dessus, montre que Tempel est pour Rempel, Generi pour Givri ou Givry, et « ce qui est en plus » peut s'entendre des a deux cens maîtres qu'il avoit. » Quant à « Somelier » on ne sait comment il a pris la place de « Porcbeuxou Palcheul, » que tous les récits français donnent pour commandant au château.
La bibliothèque de Neufchâtel possède un exemplaire de cette estampe^ dont nous devons une belle photographie à M. Q>unin, bibliothécaire de cette ville. Il y a encore un exemplaire de l'original dans la riche colleaion d'estampes normandes de M. Pelay.
> Nous devons cette traduction à Tobligcance de M. Ligneau, l'un d*; nos anciens collègues au lycée Corneille.
3° Relation latine peu connue de ce même siège.
Elle est de Guillaume Dondin, jésuite, dans cet ouvrage : Guillelmi Dondini, Bononiensis, è societate Jesu, Historia de rébus in Gai lia gestis ab Alexandro Farnesio, Parmœ et Placentiœ Duce III, supremo Belgii Prœfecto, qui eut deux éditions, Pune en un volume in-P», Rome, 1673, et Tautre en 3 volumes in-40, Rome, 1675.
Cette relation contient des détails et des dates qui servent à rectifier ou à compléter le texte de Mi ton.
Après la description du combat d'Aumale, et le pansement de la blessure de Henri IV^ dans un petit bois, Dondin rapporte les faits suivants, que nous résumons, en le traduisant :
Le Roi se fit apporter sur une civière à Neufchâtel; la résistance dans cette place fut arrêtée par un conseil de guerre. Le duc de Parme désirait la prendre pour ne pas voir arrêter ses convois. Le 1 1 février, il marcha contre elle, et, en neuf heures, il arriva d*Aumale sous les murs de Neufchâtel et mit son artillerie en batterie. La nuit empêcha la reddition de la ville, qui eut lieu le lendemain à des conditions honorables. L^armée du duc de Parme tourna alors ses efforts contre la citadelle défendue par quatre cents hommes. Elle se rendit au bout de quatre jours, et son commandant eut la tête tranchée. Ce double siège, qui prit cinq jours, fut fort utile au Roi. L'armée de la ligue resta dix jours à Neufchâtel, en attendant ses convois de vivres, venant de la Picardie, sous forte escorte, parce que la cavalerie du Roi faisait de perpétuelles escarmouches sur toutes les routes environnantes. Enfin, quand tout fut prêt, le 26 février, le duc de Parme décampa de Neufchâtel, et se rendit à Rouen à la dérobée.
Voici le texte du Père Dondin, bien plus complet que celui de de Thou, cité par quelques historiens de Neufchâtel.
a De nemore ad Castrum novum, feretro usus pro gesta-
toria sella, se comulit oppidum, quinque leucis, à loco certaminis distans. Page 430.
Novo in Castro ab Rege, ac Ducibus de continuando bello est consultatum. Metus enim suberat, si post desertam Aumaliam, Castrum quoque novum Fœderatis cessisset, ne victores recta Rhotomagum pergerent, et obsidionem cum pernicie Regiarum legionumdissolverent. Nampraeter allatos terrores a nuncio vulneris Regii, fugaeque equestriutn copiarum, praesentia super inopinata farnesiani exercitus erat Navarrasos conturbatura. Spes igitur avertendas alterius cladis eo terribilioris quo graviora sunt vulnera vulneribus cumulata^ in hoc posita si victricium armorum cursus ad urbem obsessam retardaretur, Novi Castri qualitercumque munitae arcis objectu. Quam videlicet, ut intercipiendis commeatibus opportunam, hostili pra^idio obtineri, haudquaquam passurus esset summa: providentia^ Dux Alexander. Dum haec obsidetur, dum capitur, interpositâ aliquot, dierum morâ, Galliae Regem, in quo rerum summa, et pbtissimum partium robur, à vulnere recreatum iri, Regios milites, à metu respiraturos, tum confluente ad famam Regalis periculi armatâ nobilitate, bclli aléas retentandas pares fore. Page 432.
Inde ad Castrum novum expugnandum Parmensis animum adjicit indignatus quod oppidum débile, pervetustis mœnibus nec aggestu terras firmis, opperiri vim expugnatoris arcium exercitus non dubitaret. Tenio igitur idus februarias', coUectis vasis, eô aciem movet, hyeme maxime saevâ, per lutulentas, crebrisque aquis torrentibus impeditas vias, celeritate tantâ, ut novem borarum spatio, non modo duodecim passuum millia cum exercitu confecerit, verum etiam commodam in sedem tormenta statim collocaverit, tum verberatione vehementi mœniorum stragem
I Le II février.
immanem fecerit, et jam signum aggressionis daturus esset ut expugnatione oppidi noctem anteverteret. Verum his animadversis praesidiarii, quibus à Rege mandatum fuerat, ut post desperatam defensionetn oppidi, suum et Giurii sanguinem reipublicas reservarent, Alexandro praeconem ad faciendam deditionem mittunt. Abnuebat is aures uUis conditionibus dare ; in leges belii peccatum à Giurio dictitans, qui, tam infirmo in oppido, tormentorum vim expectare ausus esset. Sed interponente pro Giurio ejus vitrico Jattrheo (De la Châtre) insigni Duce inter Fœderatos, affirmanteque non audacias suae, non hostium contemptui, sed obsequio, fideique erga Principem, id Giurium tribuisse, ut videlicet arma Farnesii quàm diutissime a Regiis circa Rothomagum Castris submoverentur , admirans animi magnitudinem Alexander conditionibus honorificis induisit. Page 433.
Capto oppido, Foederatorum vis conversa est in arcem situ atque opère firmiorem, quae quadrlngentis propugnatoribus defensa cùm quatriduum sustentasset, post expugnatutn propugnaculum, se tradidit. Qui castrum Novum defenderant équités, peditesqué dum Farnesii jussu a Foxleratorum turmis deducuntur in tutum, aliquot galli équités Praefectum praesidii unum ex Guisiae ducis interfectoribus agnitum continuo obtruncant haud prodesse proditoribus, et homicidis belli pacta jactantes. Page 43 3.
Decem igitur dierum spatio, iis in locis Foederatorum haesit (exercitus), donec alimenta copiosa de Picardia usque subveherentur, ingentibus custodita prassidiis ; quandoquidem omnes cicum vias regii équités perpetuis excursionibus infesta bant. » Page 435.
On lit, en manchettes : « Omnibus ordinatis 26 februar. castra movet et Rothomagum dissimulanter petit. »
Ces passages peuvent servir à montrer la justesse dû jugement porté sur le travail du Père jésuite, contenant ce qui
s'est passé depuis i585 jusqu'en 1592, en s'arrétant à la mort du duc de Parme.
« Le Père Dondin a si bien mêlé les intérêts d'Alexandre « Farnese à ceux du Roy Henri IV, que sans rien faire « perdre de la gloire à Alexandre, il a rendu tant de justice <c à Henri IV et à tous les autres grands capitaines que la « France avoit alors, qu'on ne doit pas regarder cette histoire « comme une histoire étrangère. Elle contient la naissance « et le progrès de la guerre civile. ;i Journal des sqavans, du 6 mai j6j5.
Tout ce qui a rapport au siège de Neufchfttel le montre bien, comme on peut le voir par les extraits ci-dessus.
II PIÈCES RELATrV£S AU POÈME LATIN DB SALIBSRNA (bERNESAULT)..
(Se rapportent aux pages 1 85 -a 1 5.)