EXTRAITS DU MERCURE FRANÇAIS
IÔOÔ
Philippes Desportes1
Philippes Desportes, chartrain, mourut sur l'automne en son abbaye de Bon-port2 en Normandie : entre les poètes françois, il a emporté le surnom de mignard.
' T. I, 2= livre, f° 164 v°. — Philippe Desportes, un des meilleurs poètes français de la fin du xvie siècle, était né à Chartres, en 1546. Il mourut le 6 octobre 1606 et fut inhumé dans l'église de l'abbaye de Bonport.
2 Sur la rive gauche de la Seine, un peu en aval du Pont-del'Arche.
i6oj
Plaide^ sur les privilèges de la fierté S. Romain de Rouen ' .
Le meurtre du sieur de Halot2 fait en la ville de Vernon le 22 septembre 092 par le marquis d1 Allègre?, fut le sujet de plusieurs plaidez qui se firent au grand Conseil par plusieurs doctes advocats, touchant le privilège de la fierté ou chasse S. Romain4 à Rouen, dontvoicy l'abrégé.
La Motte s ayant obtenu lettres d'abolition du Roy pour
' T. I, 3e livre, f° 178 v° à 189 r°. — L'auteur du Mercure a résumé ou publié par extraits Les Plaidoyers faicts au grand Conseil sur le privilège de la Fierté prétendu par les Doyen, Chanoines et Chapitre de l'Eglise cathédrale de Rouen, et les Arrests sur ce intervenus, Paris, 1608. Le plaidoyer de Foulé, avocat du roi au grand Conseil, que donne le Mercure, ne se trouve pas dans cette publication.
2 François (11) de Montmorency, sr du Hallot, etc., fils de François (1) de Montmorency, sr du Hallot, de Bouteville, etc., et de Jjanne de Montdragon. Nommé par Henri IV bailli et gouverneur de Gisors, et lieutenant général en Normandie, il fut tué à Vernon par le marquis d'Alègre et par ses gens, le dimanche i3, et non le 22 septembre 1592.
? Christophe (11) d'Alègre, sr de Blainville, etc., fils de Christophe (1) d'Alègre et d'Antoinette du Prat, devint marquis d'Alègre en 1592, par la mort de son cousin Yves, marquis d'Alègre et baron de Millau. D'abord partisan zélé de Henri IV, il fut, en i5gi, nommé par ce prince gouverneur de Gisors. Ses pilleries et ses violences le rendirent tellement odieux, que le roi se vit obligé de le remplacer en i5g2 par du Hallot, dont il se vengea en le faisant assassiner. Sur ce personnage, qui joua d'ailleurs un rôle assez important, v. M. F. Bouquet, Recherches historiques sur les sires et le château de Blainville, dans la Revue de la Normandie, t. I, 1862, pp. 572-585 et 669-689.
4 Sur le privilège de S. Romain, v. Etienne Pasquier, Les Recherches de la France, 1. ix, c. xlii, et M. A. Floquet, Histoire du privilège de S. Romain, Rouen, i832, 2 vol. in-8°.
$ Claude de Pehu, sr de la Mothe, né à Longueil, en Picardie.
avoir assisté le marquis d'Allègre en sa retraite après qu'il eut assassiné le sieur de Halot, fit appeler l'an 1 6041a veufve1 dudit sieur de Halot et la dame de la Veronne2 sa fille, pour procéder à Tentherinement de ses lettres d'abolition par devant le prevost de l'hostel ; mais les dames de Halot et de la Veronne formèrent un règlement au privé Conseil par arrest duquel le procez, tant pour le regard de l'exception qu'alleguoit la Motte à raison du privilège de la fierté S. Romain qu'il avoit levée à Rouen, que pour procéder sur l'entherinement de ladite abolition, est renvoyé au grand Conseil. AuqueJ procez intervindrent aussi le cardinal de Joyeuse? archevesque, et les doyen 4, chanoines et chapitre de Rouen, pour défendre le privilège de ladite fierté.
De Cerizay s pour la Motte dit, que lors du meurtre il
' Claude Hébert, dite d'Ossonvilliers, dame de Courcy, fille de Louis Hébert, sr de Courcy, et de Gillette de Saint-Amadour.
2 Jourdaine-Madeleine de Montmorency avait épousé le 3 juillet i5gi Gaspard de Pelet, sr de la Vérune, vicomte de Cabanes, baron des Deux- Vierges, etc., chevalier des ordres du roi. Nommé en décembre 1 583 lieutenant général au bailliage de Caen et gouverneur de la ville et du château de Caen, il se distingua par sa fidélité aux rois Henri III et Henri IV. Il mourut le 10 avril 1598.
5 François de Joyeuse, second fils de Guillaume (11) de Joyeuse, maréchal de France, et de Marie de Baternay, né le 24 juin i562, abbé de Fécamp, archevêque de Narbonne i582, cardinal 1 583, archevêque de Toulouse i58(), de Rouen 1604, conseiller d'Etat, ambassadeur à Rome, président de l'ordre du clergé aux Etats généraux de 1614, mort à Avignon le 23 août i6i5. Il avait fondé à Rouen le séminaire de Joyeuse, dont les bâtiments font aujourd'hui partie du Lycée Corneille. Le Mercure français donne, t. IV, année i6i5, p. 445, un résumé de sa vie.
4 Le doyen du chapitre était, depuis i5g4, Guillaume Péricard, conseiller-clerc au Parlement, abbé de Saint-Thaurin ; il devint évêque
•d'Evreux après le cardinal du Perron, et mourut le 26 novembre 1 61 3.
5 L'auteur du Mercure résume le plaidoyer de Guillaume de Serisay, avocat au grand Conseil, qui remplit les pp. 5- 16 de la
n'estoit aagé que de quinze ans, recentement sorti de page, et encor lors domestique du marquis d'Allègre, que de vérité il entra avec le marquis dans Vernon le soir auparavant qu'il fit le meurtre, mais que Payant accompagné chez monsieur le comte de S. Paul1, où il alla souper, se retira en son hostellerie, et ne vit point le marquis jusques au lendemain matin que l'on luy vint dire qu'il montoit à cheval ; ce qui fut occasion qu'il se leva promptement, s'habilla, et monta à cheval pour l'attraper; s'enquerant par les rues de Vernon du chemin qu'il avoit tenu, il apprit qu'il estoit allé au logis du sieur de Halot, où ledit la Motte le rencontra qu'il en sortoit en tumulte; lequel n'ayant eu du commencement advis qu*il eust tué le sieur de Halot, et mesmes depuis le sçachant, suivit ledit marquis en sa retraite. Dequoy ayant entendu que Ton le vouloit rechercher et rendre complice dudit assassin, pour éviter tout danger, auroit en l'année 1593 levé pour ce faict la fierté S. Romain à Rouen, encor qu'il ne fust ny du conseil ny de l'entreprise de cet assassinat, mais il le fit pour mettre ceste forte barrière au devant de la grande authorité et puissance des dames de Halot et de la Veronne.
Aussi qu'il ne s'est pas contenté d'avoir levé ladite fierté; mais pour plus grande précaution, a obtenu lettres d'abolition de sa Majesté, de l'entherinement desquelles il s'agit.
publication citée plus haut, Les Plaidoyers faicts au grand Conseil, etc.; quelques phrases sont à peu près textuellement reproduites.
1 François, comte de Saint-Pol, fils de Léonor d'Orléans, duc de Longueville, et de Marie de Bourbon, duchesse d'Estouteville, comtesse de Saint-Pol, chevalier des ordres du roi i5q5, créé duc de Fronsac en janvier 1608, gouverneur d'Orléans, Blois et Tours, mort le 7 octobre i63i.
Partant qu'il a trois bonnes défenses à rencontre de ses adverses parties: i. son innocence; n'ayant point assisté au meurtre; 2. qu'il a levé la fierté S. Romain, laquelle a ce privilège depuis mil ou onze cens ans en çà, qu'elle esteint indifféremment tout crime, fors celuy de leze majesté : le meurtre du sieur de Halot n'est point de ceste sorte, tant parce qu'il n'avoit point esté recogneu lieutenant du Roy au Parlement lors séant à Gaën, qu'aussi parce qu'il fut tué pour une querelle particulière, joinct que ce ne fut point pendant la function de sa charge, et 3. quant bien la Mothe seroit en quelque chose coulpable du meurtre, ce que non, l'abolition qu'il a obtenue du Roy, laquelle il a méritée pour tant de bons services qu'il luy a rendus, ensevelit en un oubly perpétuel pour son regard le crime pour raison duquel il est recherché. Par quoy il conclud, ou qu'il jouisse du levement de la fierté, ou, quoy que ce soit, qu'entherinant son abolition il soit mis en liberté.
De Monstreuil ', pour l'archevesque et le chapitre de Rouen en son plaidé, dit, que leur intervention n'est seulement que pour l'interest de la conservation de leur privilège de la chasse S. Romain, et sçavoir si la Mothe en jouyra puis qu'il l'a levée en l'an 1 593. Que c'estoitla cause de Dieu et de son église qu'il plaidoit, puis qu'il s'agissoit de défendre l'honneur de Dieu, et de ses saincts.
Et de faict, dit-il, l'on ne me peut révoquer en doute la saincteté du privilège dont il s'agist. Car la vérité est
' Jean de Montereul est le nom exact de cet avocat, dont le plaidoyer est non pas résumé, mais reproduit par extraits d'après Les Plaidoyers faicts au grand Conseil, etc., où il occupe les pp. i6-5o. — 11 y a dans l'argumentation de Montereul, de Bouthillier et de Foulé bien des erreurs chronologiques qu'il est inutile de signaler, cette question ayant été discutée à fond par M. A. Floquet, ouvrage précité, t. I, pp. i-65.
qu'au temps du roy Clotaire II, la ville de Rouen et le pays d'alentour estant cruellement travaillé d'une beste horrible et monstrueuse en forme de grand serpent ou dragon, qui couroit tout le pays, devoroit hommes et bestes, faisoit misérablement périr batteaux et navires, navigeans sur la rivière de Seine, bref, faisoit des maux innumerables qui feroient horreur à les ouyr seulement raconter, S. Romain lors evesque de Rouen, meu d'une tres-ardante charité, ne craignit, fortifié de la grâce de Dieu, se dévouant pour son peuple et son troupeau, d'aller à la caverne où repairoit ceste beste espouvantable, pour la combattre et en délivrer le pays. En ce brave et glorieux exploict, il se fit accompagner d'un prisonnier condamné à la mort, qui luy fut baillé et délivré par la justice. Là, comme il n'y a puissance qui ne fléchisse devant Dieu et devant ses ministres, qui ont ceste vive foy à laquelle rien n'est impossible, qui peut faire changer les montagnes de place, et les transporter de lieu à l'autre, S. Romain prend ce dragon, luy met son estole au col, et le baille à mener au prisonnier. Ceste beste non moins effroyable que ce serpent qui seul arresta l'armée entière des Romains commandée par ce grand capitaine Marcus Attilius1, et par un furieux combat, et grand meurtre de gens de guerre tint un long temps la victoire en balance; ceste beste, dis je, ployant sous le joug du commandement de Dieu, devenue plus douce qu'un agneau, se laisse sans difficulté mener par le prisonnier en la ville de Rouen, où publiquement en la présence du peuple, elle mourut, et fut bruslée et consumée par feu. Le sainct n'eut autre loyer et recom-
' Marcus Attilius Regulus, si connu par son respect de la foi jurée. — Sur ce combat fantastique de l'armée romaine contre un serpent sur les bords du Bagradas (Medjerdah) en Afrique, voir le récit qu'en fait Valère-Maxime, 1. i, c. vin, d'après Tite-Live.
pense de cesie heureuse victoire que la gloire de Dieu, qu'il avoit pourchassée en la délivrance de son peuple; mais le prisonnier pour y avoir eu part fut délivré et respité de la mort à laquelle il avoit esté condamné. Depuis, S. Ouen, chancelier de France, ayant succédé à S. Romain en l'evesché de Rouen, pour perpétuer la mémoire de ceste délivrance miraculeuse, et donner sujet au peuple catholique de rafraischir par chacun an, et renouveller la recognoissance d'un si grand bien par continuelles prières à Dieu, et actions de grâces, obtint du roy Dagobert pour l'archevesque, doyen, chanoines et chapitre de Rouen, le pouvoir et faculté d'eslire en leur chapitre chacun an le jour de l'Ascension nostre Seigneur un prisonnier pour quelque cas qu'il fust detenu, et iceluy mettre hors des prisons, et à pure délivrance, sans que puis-après il peust estre recherché ny inquiété pour les crimes par luy commis. Ce privilège a esté confirmé de temps en temps par nos Roys, et en ont tousjours les archevesques, doyens, chanoines, et chapitre de Rouen, pleinement et paisiblement joiiy sans aucun contredit. Depuis environ mille ans, il ne s'est passé une seule année en laquelle ils n'ayent délivré un prisonnier criminel. Cela s'est tousjours fait en public, à la veuë de tout le monde, et avec grande solemnité. Car treize jours avant l'Ascension, quatre chanoines accompagnez de quatre chappelains revestus de surplis et aumusses, ayans l'huissier de leur chapitre devant eux, vont sommer les officiers du Roy en la grand'chambre du Parlement, puis au Bailliage, et en après en la cour des Aydes, de cesser et faire cesser à l'endroit de tous criminels détenus es prisons du Roy toutes procédures extraordinaires, jusques à ce que leur privilège ait sorty son plein et entier effect. Le lundy des Rogations, deux chanoines prestres, accompagnez de deux chapelains, de
Thuissier du chapitre, et du notaire, aussi prestre, vont es prisons, prennent les dépositions de ceux qui se veulent prévaloir du privilège, et continuent à y vacquer es jours suivans jusques au jour de l'Ascension. Auquel les prisonniers sont sommairement recolez et interrogez s'ils persistent en leurs confessions, et s'ils y veulent rien adjouster; puis après sur les sept heures du matin du mesme jour, tous les chanoines prestres s'assemblent en leur chapitre, invoquent la grâce du sainct Esprit, font serment solemnel de ne rien révéler des dépositions des criminels, ains au contraire les tenir secrettes, sub sigillo confessionis. Les dépositions leuës, les commissaires ouys, le choix du prisonnier fait, le nom d'iceluy est escrit en un cartel seellé et cacheté des seaux du chapitre, et promptement envoyé par un prestre chapelain, revestu de son surplis et aumusse, à MM. du Parlement, qui sont assemblez en robbes rouges en la grand'salle du palais, attendans la nomination du prisonnier, sur laquelle sur le champ ils donnent leur arrest, par lequel il est dit que le prisonnier qui a esté esleu par le chapitre luy sera délivré, pour jouyr du privilège de la chasse S. Romain, pour luy et ses complices; et de faict le prisonnier et ses complices, si aucuns sont détenus, sont délivrez, et mis hors des prisons, et lors en la présence de tout le peuple sont bruslez sur l'autel toutes les dépositions des autres criminels qui n'ont point esté esleus par le chapitre. Puis se fait la procession, en laquelle est portée la chasse S. Romain, dont le prisonnier nuë teste porte le premier bout du brancard, accompagné des autres, qui depuis sept ans ont esté délivrez, tenans tous en leur main des torches ardantes. La procession faicte, se dit la messe, pendant laquelle le prisonnier va à chacun des chanoines, et demande pardon à genoux, et est exhorté par tous d'amender sa vie, et de ne plus récidiver.
La messe ouye, il est mené en la maison du maistre de la confrairie S. Romain, où, quelque pauvre qu'il soit, il est traicté et servy magnifiquement. Le lendemain matin il se présente au chapitre, où estant à genoux en la présence de tout le peuple, il est blasmé selon l'enormité de son crime par un des chanoines à ce commis et député, et admonesté de rendre grâces à Dieu, à S. Romain, et au chapitre, et finalement après qu'il a promis de venir ou envoyer par chacune des années prochaines avec une torche ardente en la procession, et s'estre confessé au pénitencier de l'Eglise, il reçoit l'absolution de ses fautes. Ce n'est donc point chose qui se fasse à la desrobée puis qu'elle se fait si solemnellement, et que le Parlement y passe; et est certain qu'autant d'arrests qui se donnent tous les ans pour la délivrance des prisonniers qui sont éleus et choisis par le chapitre, ce sont autant de titres pour l'Eglise de Rouen, qui ne peuvent recevoir aucun contredit. Comme à la vérité il doit suffire qu'un chacun sçait que c'est une loy de ce royaume inviolablement gardée jusques à présent, avec tant de révérence, qu'il ne se trouve point qu'aucune compagnie souveraine l'ait jamais entamée. C'est de là qu'elle prend sa force et sa vigueur, toute autre raison est trop foible pour luy en donner. Rechercher la raison et le mérite d'une loy, c'est en vouloir juger, c'est raffoiblir, c'est énerver son pouvoir, c'est mettre en compromis son authorité, c'est assubjettir et asservir celle qui doit commander souverainement. Il ne faut pas juger des lois, mais juger selon les lois. Au moyen de quoy nostre privilège estant constant et notoire, il est sans doute que nos parties adverses se trouveront non recevables à vouloir nonobstant faire faire le procez au sieur de la Mothe : c'est une loy de ce royaume, qui ne peut et ne doit estre enfrainte en aucune façon. Les parties adverses ne peuvent qu'ils
ne recognoissent ceste vérité; mais ils disent que le privilège de la chasse S. Romain ne se peut estendre au crime de leze majesté. Cela est vray : et si le crime dont il s'agit estoit un crime de leze majesté, Ton ne nous eut pas veu paroitre en ceste audience. L'Eglise n'a point de voix pour défendre une telle abomination, elle n'en a que pour la maudire et détester, et faire entendre par tout que l'enfer n'a jamais enfanté meschanceté si horrible et si exécrable qui puisse approcher du crime de ceux qui attentent à la vie de leur prince, ou contre son Estât. Mais il ne s'agit icy de chose qui approche de ce crime. Personne n'ignore ce qui s'est passé en la mort du sieur de Halot; ce fut l'effect d'une querelle particulière entre deux seigneurs, qui n'alloit nullement à l'Estat. La qualité du sieur de Halot, que l'on dit avoir esté un des lieutenans du Roy en la province de Normandie, ne peut avoir assez de poids pour faire que le meurtre commis en sa personne soit un crime de leze majesté, car l'on ne fait point apparoir que son pouvoir ait esté vérifié au Parlement de Normandie; et neantmoins pour le faire valoir en la justice comme l'on prétend, et luy donner ceste. force de faire changer le nom et la qualité d'un crime, d'un meurtre en faire un crime de leze majesté, il faudrait que les formes de la justice y eussent esté gardées, et que suivant les loix de ce royaume il eust fait le serment au Parlement de Normandie. Doncques pour fermer ce poinct, je dis, soit que l'on considère le défaut de vérification du pouvoir du sieur de Halot, soit que l'on regarde le pouvoir en soy. soit que l'on considère le lieu du delict, que l'on ne peut à ce meurtre (procédé d'une haine et jalousie particulière attachée à la personne du sieur de Halot) donner le nom de leze majesté. Je demeure d'accord que c'est un meschant acte, un assassinat, tin guet à pend, que l'on ne sçauroit
assez blasmer. Mais aussi nostre privilège n'est point pour les fautes légères, pour les cas remissibles, pour les delicts communs : c'est un remède extraordinaire, une grâce du ciel, dont la grandeur n'éclate sinon par Topposition de Ténormité des crimes, qui sont éteints et abolis par icelle. Lors que pour maintenir tousjours fresche et récente en la mémoire des hommes ceste délivrance émerveillable, ceste œuvre de Dieu, dont sainct Romain a esté l'instrument, nos Roys octroyèrent ce privilège à l'Eglise de Roiien, leur dessein fut de faire quelque chose dont la grandeur approchast au plus prés de la grandeur de ce bienfait, et qui apportast de l'étonnement au peuple, pour le faire humilier devant Dieu, et luy faire considérer combien grand estoit ce miracle, puis que pour en faire vivre la mémoire l'on faisoit une chose extraordinaire en délivrant des criminels atteints et convaincus de crimes si énormes. C'est pourquoy le privilège ne porte exception quelconque, et est l'Eglise de Rouen en possession de délivrer ceux qui ont commis des assassinats et meurtres de guet à pend. Il est notoire qu'entre les prisonniers l'on choisit tousjours ceux qui sont accusez de crimes les plus qualifiez.
L'on nous objecte la diversité des partis : je responds que sainct Romain n'avoit point de party. Les guerres, dissentions, partialitez, sont marques de la misère et foiblesse des hommes; cela ne touche point ces esprits bienheureux, qui vivent en la béatitude éternelle. Comme aussi l'Eglise, mère commune de tous les catholiques, ne ferme la porte à personne : au contraire elle tend les bras à un chacun. C'est pourquoy ce que le sieur de la Mothe a levé la chasse S. Romain en la ville de Rouen lors contraire au service du Roy, ne peut estre pris pour un acte d'hostilité : c'est un acte de pieté non subjet à la considération de la diversité des partis. Car cela ne
dépend que de la seule grâce du chapitre de Rouen. Par ainsi le Conseil void que le chapitre de Roiien n'a rien fait d'extraordinaire au choix et élection de la personne du sieur de la Mothe, et qu'il n'y a rien qui puisse empescher qu'il ne jouysse du privilège de la chasse S. Romain. Et que toutes procédures criminelles cesseront, à l'égard d'iceluy sieur de la Mothe.
Bouthillier ■ pour les dames du Hallot et de la Veronne, dit, qu'il y avoit trois questions à juger entre les parties. La première, si le prétendu miracle qu'ils disent avoir esté fait par S. Romain, qualifié archevesque de Rouen, et chancelier de France, en l'an 520, et le privilège qu'ils disent leur avoir esté accordé par le roy Dagobert, à la sollicitation de S. Oùen, aussi qualifié archevesque de Rouen, sont véritables.
La seconde, si au cas qu'ils fussent accompagnez de quelque vérité, le privilège doit estre effectué pour y comprendre les accusez de crimes détestables.
Et la troisiesme, si Pehu, dit la Mothe, et tous les autres assassinateurs du feu sieur de Hallot en doivent jouyr.
Sur la première question concernant la vérité du prétendu miracle, et du privilège que Ton dit avoir esté accordé en conséquence d'iceluy, il dit, que les dames du Hallot et de la Veronne ne peuvent estre blasmées, en soustenant que ce prétendu miracle ne peut estre véritable, ainsi qu'il est proposé par les premières et plus anciennes lettres qui en ont esté communiquées dont la datte est du mois de novembre i5i2, que MM. du chapitre de Rouen prétendent avoir esté accordées par le feu roy Louys XII, d'autant qu'elles contiennent en mots tres-
' Le plaidoyer de Denis Bouthillier, avocat au Parlement de Paris, occupe les pp. 5i-ioi des Plaidoyers faicts au grand Conseil, etc.; le Mercure n'en donne donc qu'un abrégé très succinct.
exprès, que ce prétendu miracle a esté fait en Tannée 5 20 par S. Romain, qualifié archevesque de Rouen, et toutesfois il ne se trouve point en autheur approuvé, qu'en ce temps-là ny auparavant il y ait eu aucun sainct de ce nom, auquel le miracle puisse estre attribué.
Qu'il n'y avoit qu'un seul autheur, sçavoir, Vincent1 en son Miroir d'Histoire, qui parle de S. Romain, evesque de Rouen, auquel S. Oûin succéda : mais, qu'il mettoit son deceds en Pan 659 ou 649, selon le compte de Sigisberg2.
Plus, qu'il est impossible que S. Oûin estant archevesque de Rouen ait demandé ce prétendu privilège au roy Dagobert et l'ait obtenu, d'autant que les mesmes histoires justifient, et particulièrement Addo Viennensis? en sa Chronique, que Dagobert est decedé en l'année 646. Que ceux du chapitre de Rouen recognoissent, comme il est véritable, que S. Oûin n'a esté archevesque sinon après la mort de S. Romain, advenue en l'année 649, trois ans après eelle de Dagobert.
Que la qualité de chancelier de France n'estoit pas encore née au temps de nos premiers Roys, et mesme de Clotaire II et de Dagobert son fils.
Que du temps de Clotaire II et Dagobert son fils, le siège de Rouen n'estoit point érigé en archevesché, et
1 Vincent de Beauvais, de l'ordre des Dominicains, a composé sous le titre de Spéculum majus une vaste encyclopédie, dont le Miroir d'histoire, Spéculum historiée, est une partie. Il mourut en 1264.
2 Sigisbert de Gcmblours, ainsi nommé de l'abbaye bénédictine dont il fut moine, a continué la Chronique d'Eusèbe de 33 1 à 1 1 12, date à laquelle il mourut.
? Adon, archevêque de Vienne en 85g, a composé une Chronique universelle qui s'étend de la création du monde à l'époque où il vécut.
consequemment que le tiltre d'archevesque a esté erronément donné à S. Romain.
Sur la seconde partie, au cas que le prétendu miracle et privilège fussent accompagnez de quelque vérité, si ledit privilège devoit estre effectué pour y comprendre les accusez des crimes détestables, il dit, que ceux du chapitre de Rouen après avoir obtenu les lettres du roy Louys XI ï, se sont bien donnez garde d'en poursuivre de semblables pour les obtenir du feu roy François I de ce nom.
Il est vray qu'ils en ont obtenu du roy Henri II son fils, mais elles n'ont point esté vérifiées, et contiennent les mesmes defectuositez, et vicieuses expressions que celles du roy Louys XII. Ils n'en ont point du roy François II. Celles qu'ils ont obtenues du roy Charles IX n'ont point esté vérifiées non plus. Le roy Henry III' dernier decedé ne leur en a point voulu accorder, et le Roy qui est de présent n'en a point accordé non plus, sinon celles du mois de janvier ï 597, lors que sa Majesté estoit en la ville de Rouen2, par lesquelles, sans autre particulière confirmation, sa Majesté a ordonné pour servir de règlement inviolable, que tous ceux qui se trouveront prévenus de crime de leze majesté, hérésie, fausse monnove, et guet à pend, violement de filles, ne pourront s'ayder ny servir du prétendu privilège, et que ceux
1 M. A. Floquet donne au contraire, ouvrage précité, t. II, appendice, p. 649, des lettres de confirmation de François II, datées d'Orléans, 6 novembre 1660; le Parlement les entérina le 19 du même mois. D'autres lettres confirmatives furent données non pas par Charles IX, mais par Henri III, en juin 1576; elles furent enregistrées en même temps que celles de Henri II par le Parlement de Rouen, le 14 mai 1577.
2 Henri IV s'était rendu à Rouen le 16 octobre 1596, à l'occasion de l'assemblée des Notables, dont il fit l'ouverture le 4 novembre.
qui voudront s'éjouyr d'iceluy seront tenus de se présenter eux-mesmes pour le demander.
En tant que touchoit Pehu, dit la Mothe, il dit, qu'il y avoit des moyens indubitables par lesquels il ne se pouvoit aucunement prévaloir de ce prétendu privilège, parce que par arrest du Conseil privé de sa Majesté du 14 aoust 1 5g3, vérifié au Parlement de Rouen, lors séant en la ville de Caën le ig janvier ensuivant, sa Majesté a déclaré que l'assassinat commis en la personne du feu sieur du Hallot estoit un crime de leze majesté, et tellement qualifié qu'il ne pouvoit estre compris sous le privilège de la fierté.
Plus, que par la confession dudit Pehu, dit la Mothe, il recognoist que le sieur d'Allègre, et ses complices, tindrent conseil, et résolurent de tuer le sieur du Hallot, que Pehu, dit la Mothe, mesme fut de cet ad vis : qu'estans jusques au nombre de treize ils s'en allèrent armez en son logis, que y estans arrivez, et s'estans enquis s'il y avoit moyen de parler à luy, le feu sieur du Hallot appuyé sur des potences, à cause de ses blessures, descendit sans armes de sa chambre : qu'estant descendu, il salua gracieusement le sieur d'Allègre, ne pouvant estimer qu'il fust là pour luy méfaire. Et qu'au contraire le sieur d'Allègre, lequel auparavant avoit mis pied à terre, avec autres de ceux qui l'accompagnoient, le salua de ces mots : Il faut mourir, et au mesme instant luy et ses complices, et mesme ledit la Mothe, luy donnèrent plusieurs coups de poignards et d'espées, dont il mourut sur le lieu.
Partant conclud à ce que Farchevesque et chapitre de Rouen soient déclarez non recevables en leurs requestes, quoy que soit qu'ils en soient déboutez; que sans y avoir égard, ny aux lettres patentes en forme d'abolition obte-
nues par Pehu, dit la Mothe, il soit passé outre à l'instruction et jugement de son procez.
Le sieur Foulé, advocat du Roy audit grand Conseil, après le plaidé des susdits trois advocats, dit :
Que le privilège de la fierté est nul, faux et abusif, droitement contraire aux loix et maximes de l'Estat, qui ont attaché inséparablement à la personne des Roys treschrestiens ce droit souverain par dessus tous les autres, qu'ils appellent de la vie ou de la mort, pour monstrer que ceste puissance absolue par laquelle ils pardonnent et abolissent les crimes capitaux leur estoit spécialement réservée par prudence d'Estat pour se faire aimer de leurs subjets', sans toutesfois qu'ils la laissassent transmettre ny communiquer à qui que ce soit. Il s'ensuivoit doncques que la concession qui avoit esté faite au chapitre de Rouen par le roy Louys XII en Tan i5i2 estoit nulle, et qu'elle ne pouvoit obliger ses successeurs, joint aussi qu'elle estoit fondée sur un faux principe que l'on rapportoit en l'an 52 2, auquel temps on dit que S. Romain estoit evesque de Rouen.
Mais tant s'en faut que cela soit, qu'au contraire l'histoire apprend que pour lors il n'estoit pas encor né, et que sous le règne des quatre enfans de Clovis qui partagèrent ceste grande monarchie françoise, Flavius (autrement dit Alanus) estoit evesque de Rouen, et tint le siège depuis 498, jusques en Tan 534, pendant lequel il assista aux trois conciles d'Orléans. Apres sa mort Pretextatus ' luy succéda, qui fut appelle au concile de Tours et Paris, et auquel mesme de son vivant par la disgrâce que chacun sçait, le roy Chilperic subrogea en son evesché Melantius, lequel irrité de ce qu'au commencement du
l Flavius eut pour successeur de 542 a 55o Evodius, qui fut remplacé par Prétextât.
règne du jeune Clotaire second, ce prélat dechassé avoit esté réintégré à son préjudice, vengea sur luy sa passion et celle de Fredegonde, et le fit proditoirement assassiner un jour de Pasques dans le chœur de son église, si bien que ny l'un ny l'autre ne demeurant evesque, on choisit Hidulphus qui prit leur place, et tint ce siège depuis 594 jusques en l'an 622 que S. Romain y fut appelé.
Ceste remarque servira seulement pour montrer qu'il y a un évident mesconte d'une centaine d'années en ceste chronologie que ceux du chapitre de Rouen ont feinte pour faire croire leur privilège plus ancien ; mais il est à craindre que le seul antidate ne donne juste sujet à plusieurs de douter de la foy et de la vérité de l'acte, auquel on ne doit varier pour en rapporter l'origine, et la cotter plus tard à un autre siècle, non pas pour là dessus faire prendre pied ou corroborer une usurpation si importante que ceste-cy; mais seulement pour excuser la simplicité de ceux qui ont creu pieusement la vérité de ce si glorieux et généreux combat, qui peut estre a esté, encor que Ton n'en trouve un seul tesmoignage autentique dans aucun autheur approuvé qui ait escrit depuis mil ans en çà, et qu'il n'y ait autre marque de reste de ces trophées et de ces triumphes sinon une feinte représentation de ceste gargouille que l'on fait voir au peuple, et que l'on porte en procession solemnelle une fois l'année.
Davantage, ce qui annulle du tout ceste confirmation du roy Louys XII et toutes celles qui ont esté octroyées du depuis en conséquence, c'est qu'elles ont esté obtenues sous un faux donné à entendre, et une supposition que l'on a fait d'une première concession prétendue faite par Dagobert, et des insinuations et notifications qu'on disoit en avoir esté faites du depuis de temps en temps, et néant moins de tout cela il ne s'en void chose quelconque, encor que les pièces justificatives eussent deu estre rap-
portées et attachées sous le contresel; ce qui fait voir et croire que tout ce grand narré a esté feint et supposé depuis, afin que sous ombre et sous prétexte d'une fausse antiquité dont on revestoit ce privilège, Ton authorisast davantage par suite de temps le nouvel établissement et Tintroduction moderne qui pour lors seulement en fut faite, l'abus qui s'est glissé parmy leur possession, et ce qu'elle doit faire d'autant plustost révéler.
Car le rolle qu'on a communiqué de ceux qui en ont usé fait recognoistre, que pour le faire valoir et le rendre plus éminent on en a abusé : et ayant tousjours choisi les plus criminels et les plus scélérats, qui en l'exposition de leurs crimes auroient plus grand nombre de complices, lesquels on a absous ensemblément et tiré des mains de la justice, qui est une contravention manifeste à toutes loix et ordonnances divines et humaines, pour lesquelles les lieux de franchises ont esté introduits seulement en faveur de ceux qui par imprudence ou inadvertance auroient failly.
Et quoy que la pratique et usage en ce royaume en soit abolie, ce neantmoins s'il restoit quelque force à celle de la fierté, ce devroit estre seulement avec cognoissance de cause es cas esquels l'azile de la clémence du Roy est ouvert à un chacun, pour obtenir comme lettres ordinaires et de droict des remissions en petites chanceleries, afin d'effacer ce qui est du crime, d'essuyer ce sang respandu qui ne se peut purger autrement pour quelque cause, excuse et prétexte que ce soit, sinon par la grâce du souverain : c'est tout ce à quoy on peut étendre mesme par connivence ce privilège.
Mais le chapitre de Rouen ne le veut pas donner et arrester si court, il en fait un sauf-conduit et un passeport à toutes sortes de crimes, quelques horribles et détestables qu'ils soient, on n'y reçoit que des homicides
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et parricides, des assassineurs de guet à pend, ou des femmes qui ont fait périr leur fruict comme il se voit par leurs rolles; et de plus ils penseroient en donner quelque chose s'ils y apportoient ce nouveau tempérament de supplier le Roy tous les ans d'accorder à celuy qu'ils auraient choisi lettres d'abolition et forme de confirmation sur leur présentation et notification, qui est la seule modification et la plus facile couverture qui peut faire subsister ce privilège, en le renfermant dans les loix de l'Estat et de la police de Tordre judiciaire qui a esté cy-devant troublé par ce moyen. En conséquence dequoy il requérait pour le Roy d'estre receu opposant à Fenterinement de ce privilège, et que acte luy fust délivré de son opposition, pour sur icelle et sur les tres-humbles remonstrances qu'il en ferait à sa Majesté, y estre pourveu, afin qu'il fut entièrement cassé, révoqué et annullé à l'exemple de ce qui avoit esté ordonné de pareilles occurrences par le sénat du temps de Tybere.
Et quant au faict premier qui se presentoit, le privilège de la fierté ne s'y pouvoit rapporter, à cause que c'estoit un assassinat et un guet à pend trop qualifié d'un seigneur de marque, qui avoit l'honneur d'estre lieutenant du Roy, et qui seul parmy ces guerres estoit en ceste province son œil, son bouclier et son espée. Davantage, il est certain que ce levement de fierté fait en la ville de Rouen, qui pour lors estoit ville rebelle, ne pouvoit expier un acte si horrible commis au service du Roy, pour réparation dequoy neantmoins on n'ordonne point autre pénitence à cet accusé, sinon qu'il empoignera le flambeau de sédition, et jurera contre TEstat en faisant le serment de la Ligue1. Ce qui monstre assez la nullité
' Le texte de l'engagement pris par Claude Pehu de la Mothe de ne plus servir le parti de Henri IV, qu'il appelle le roi de Navarre, et de s'attacher à la Ligue, a été publié par M. A.. Floquet, ouvrage précitc, t. II, appendice, p. 65o.
de cet acte qui est subjet à cassation : joinct aussi que par arrest du privé Conseil, il est ordonné que sans y avoir égard le procez sera fait et parfait ausdits accusez. En conséquence dequoy par arrest de céans y en a eu deux exécutez à mort'; et partant l'intervention des demandeurs n'est pas raisonnable, et neantmoins il n'empeschoit pas au lieu de les débouter préalablement et sur le champ de leur intervention, que le réquisitoire fut joinct au procez, pour en iceluy jugeant y avoir tel égard que de raison.
Sur tous ces plaidez, le Conseil octroya acte2 de Topposition formée par les gens du Roy à l'exécution du privilège de la chasse S. Romain; et ordonna que les requestes desdits du chapitre et les lettres d'abolition de la Mothe seroient joinctes au procez, pour le jugeant y avoir tel égard que de raison.
Du depuis par arrest du vingt-deuxiesme décembre de ceste année, le Conseil sans avoir égard ausdites requestes de l'archevesque, et chapitre de Rouen, ordonna qu'auparavant faire droict sur lesdites lettres d'abolition, les tesmoins seroient recollez, et si besoin estoit confrontez audit la Mothe, dans un mois pour tous délais.
Et par autre arrest du vingt-sixiesme mars 1608, le Conseil ayant aucunement égard ausdites lettres d'abolition, pour les cas resultans du procez, ledit la Mothe fut banny neuf ans de la suitte de la court, et des pays de Normandie et Picardie, pendant lequel temps il serviroit le Roy en tel lieu que sa Majesté ordonneroit :
1 Trois des complices du marquis d'Alègre avaient été condamnés et exécutés, savoir : Fremyn de Floques, capitaine, originaire du Yimeu en Picardie, Dumont-Doubledent et le Cadet-Lagloë.
2 Cet acte, du 5 novembre 1607, et l'arrêt suivant ont été publiés sous ce titre : Extrait des registres du grand Conseil du Roy, dans Les Plaidoyers faicts au grand Conseil, etc., pp. 132-147.
condamné à quinze cens livres de réparation envers lesdites dames, cent cinquante livres envers les pauvres, cent cinquante livres applicables à la discrétion du Conseil, et aux despens.
Ceux du chapitre de Rouen ne furent gueres contents de ce que le Conseil n'avoit eu nul égard à leurs requestes. Ils firent imprimer à Rouen une Défense du privilège S. Romain' contre les plaidez de Tadvocat du Roy Foulé et de Bouthillier. On creut que c'estoit le pénitencier de Rouen2 qui Tavoit faicte. Elle ne demeura sans response par Bouthillier; toutesfois les escrits des uns et des autres s'accordent que le miracle S. Romain ne peut avoir esté fait en l'an 5 20. Qu'il n'ait point esté fait aussi, aucun d'eux ne l'asseure, et tous remercient Dieu de la modification qu'il a pieu au Roy Henri 1 1 1 1 apporter au privilège de la chasse S. Romain allégué cydessus dans le plaidé de Bouthillier.
S. Germain et autres exécute % à mort*.
Ceste année aussi le sieur de S. Germain du pays de Normandie, un médecin et une vieille magicienne pour s'estre aydez de miroûers et autres sortilèges, furent exécutez à mort en la place de Grève, S. Germain décapité, et les autres pendus et bruslez.
1 V. sur les différents écrits auxquels cette controverse a donné lieu, M. Ed. Frère, Manuel du Bibliographe normand, t. II, p. 418; l'analyse en est donnée par M. A. Floquet, ouvrage précité, t. I, pp. 467-490-
2 Jean Dadré, chanoine et grand pénitencier, mort en 1617. i T. I, 5e livre, f° 344 v°.
IÔIO
[Edits révoqués] ■
Le vingt-deuxiesme juillet par lettres patentes en forme
de déclaration, fut révoqué 24 L'edict portant création
des offices de conseillers en chacun siège royal, et aux
vicomtez de Normandie 53 L'edict des offices de
clercs siégez à Rouen, outre les trois establis 56 L'edict
de création des offices de lieutenants des bureaux particuliers, greffiers, priseurs et calculeurs, seelleurs, gardes de maistres des ports en Normandie
Plus, les edicts suivans furent surcis jusques à ce qu'il en fust autrement ordonné, fors et excepté ceux qui se
trouveroient pourveus et receus ausdites offices Autre
portant création des offices de greffiers de Timpost en
Normandie Les offices d'advocats du Roy, premier
et second, es vicomtez, eauè's et forests, et autres justices en Normandie, créez par edict vérifié en Tan 1594.
Erection d^une chambre de V Edict au Parlement de Rouen, en i5gg2.
En Vannée 161 1, à propos de « l'Assemblée générale des Eglises prétendues reformées de France en la ville de
1 T. I, 7e livre, f° 5o6 r° à 5o8 v°. — Des cinquante-neuf édits révoqués alors, on ne donne ici que ceux où la Normandie est expressément désignée. L'auteur du Mercure dit que, en les révoquant, Marie de Médicis « travailla pour pourvoir aux plaintes communes et trop véritables de la vexation que le peuple recevoit de plusieurs edicts et commissions extraordinaires que le feu Roy avoit octroyées par importunité. » Il faut voir surtout dans cette mesure un désaveu de l'administration de Sully, qui quitta bientôt le pouvoir.
2T. II, f» 63 r».
Saumur, qui commença le 27 de may, » le Mercure revient sur les faits qui ont précédé et suivi la publication de ledit de Nantes; il donne par extrait le cahier des plaintes que les députés protestants présentèrent au Roy qui était à Blois et les réponses qui y furent faites le 22 août i5gg; puis, il ajoute :
En leur faveur, fut au mesme temps estably la chambre de l'Edict au Parlement de Rouen, composée d'un président et douze conseillers. Trois conseillers de la religion prétendue reformée furent pourveus desdits estats de conseillers; dont l'un seroit de ladite chambre, les autres distribuez aux enquestes. Tous les procez de la province de Normandie évoquez au Parlement de Paris, ou au grand Conseil, furent renvoyez à Rouen. Et fut fait aussi un règlement sur les différents qui pourroient survenir entre les chambres du Parlement et de l'Edict.
[Députation de la Normandie aux Etats-Généraux] '
Il ne sera hors de propos d'insérer icy les noms des députez selon les douze gouvernements de France, et Tordre de leurs bailliages, sans donner ausdits députez autre tiltre que celuy de leur bénéfice, seigneurie, ou office; et mesme pour briefveté, nous avons mis E pour signifier Ecclésiastique, N Noblesse, T Tiers-Estat, et 5 Seneschaussée.
Les présidents des trois chambres ou ordres.
Ecclésiastique. Le cardinal de Joyeuse.
Noblesse. Le baron de Senecey2.
' T. III, 2e partie, pp. 7 et 12-14.
2 Henri de Beaufrémont, baron, puis marquis de Senecé, lieutetenant général pour le roi au comté de Maçonnais, gouverneur des ville et château d'Auxonne, bailli et capitaine de Chalon-sur-Saône,
Tiers-Estat. Robert Miron, prevost des marchands de Paris '.
Gouvernement du pays et duché de Normandie
Ville et B. de Rouen. Ledit François cardinal de Joyeuse, doyen des cardinaux, archevesque de Rouen, et président au Clergé; Alphonse de Breteville2, officiai et chanoine de Rouen, Tun des secrétaires de la chambre du Clergé, E. Louys de Mouy, seigneur de la Mailleraye?, N. Jacques Hallé^ secrétaire du Roy, ancien et second eschevin de Rouen, et secrétaire de la chambre
chevalier des ordres du roi en 1619, tué au siège de Montpellier en 1622.
• Robert Miron, sr du Tremblay, président aux requêtes, fut élu prévôt des marchands en 1614; il était frère de François Miron, qui avait exercé cette charge de 1604 à 1606, et avait fait achever l'Hôtel-de-Ville de Paris. Robert Miron mourut en 1641.
2 Alphonse de Bretteville est ainsi qualifié par Farin dans son Histoire de Rouen, t. II, p. 418, édit. de 1738 : « Officiai de Rouen, chancelier en l'église cathédrale, prieur de St-Blaise et syndic général du clergé de Normandie ». Il fut élu député du clergé aux Etats de Normandie le 3o septembre 1600 et le 7 novembre 1619; il fut nommé i5 janvier 1620 président de cette dernière assemblée.
; Louis de Mouy, sr de la Mailleraye, fils de Jacques de Mouy, sr de Pierrecourt, et de Françoise, dame de Betheville, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, capitaine de cent hommes d'armes, député de la noblesse du bailliage de Rouen aux Etats de Normandie 1610, membre de l'assemblée des Notables en 1617, lieutenant général au gouvernement de Normandie et gouverneur du vieil Palais en i632, chevalier des ordres du roi en i633, mort en 1637.
4 Jacques Halle, écuyer, sr de Cantelou, Orgeville, Pitres, etc., conseiller et secrétaire du roi, député du Tiers aux Etats de Normandie en 1616, 1620 et 1623, échevin de Rouen en 1608, 1614 et 1620, mort le 9 novembre i632. 11 fut secrétaire dés Etats généraux.
du Tiers- Estât; Michel Mariage1 secrétaire du Roy, et eschevin moderne de Rouen, et Jacques Campion2 T.
B. de Caen. Jacques d'Angennes}, evesque de Bayeux, E. Jean de Lonquaunay, sieur de saincte Marie du Mont 4, JV. Guillaume Vauquelin f, lieutenant gênerai à Caën, et Abel Olivier l'un des syndics de Falaize, T.
B. de Caux. Anthoine Banastre6, seigneur et curé
i Michel Mariage, sr de Mongrimont, conseiller-notaire et secrétaire du roi, contrôleur en la chancellerie de Normandie, député aux Etats de Normandie en 1616, échevin de Rouen, même année.
2 Jacques Campion ne figure pas dans la liste des députés du bailliage de Rouen, donnée par Farin, t. II, p. 418, édit. de 1738. Masseville (Hist. sommaire de Normandie, t. VI, p. 81) le cite avec la qualification de sr d'Auzouville.
? Jacques d'Angennes, fils de Louis d'Angennes, baron de Meslai, sr de Maintenon, et de Jeanne d'O, évêque de Bayeux en 1606, mort en 1647.
4 Jean, sr de Longaunay et d'Amigny, avait épousé Suzanne Aux-Espaules, fille de Georges, sr de Sainte-Marie-du-Mont, lieutenant de roi en Normandie.
5 Guillaume Vauquelin, fils de Jean Vauquelin de la Fresnaye et frère de Nicolas Vauquelin des Yveteaux, qui furent tous deux poètes. Guillaume devint président au présidial de Caen, et lieutenant général au bailliage de cette ville, en remplacement de son frère interdit par arrêt du Parlement de Rouen. Nicolas fut précepteur de Louis XIII.
6 Antoine de Banastre, sr d'Harcanville et curé de ce lieu, descendait d'une ancienne famille qui apparaît dès l'époque de la conquête de l'Angleterre. « Ce digne abbé se croyait poète, mais n'en sut pas mériter le nom par les pitoyables vers qu'il écrivit. Mieux inspiré par sa charité que par la verve lyrique, il fonda en faveur d'Harcanville une rente annuelle de 100 livres, dont une moitié devait servir à doter une fille orpheline ou indigente et l'autre à nourrir les pauvres, instruire les enfants, entretenir les élèves ecclésiastiques, etc. Une des clauses expresses de la donation portait que le curé n'en pouvait rien attribuer à ses parents pauvres. » (M. l'abbé Tougard, Géographie de la Seine-Inférieure, arrondissement d'Yvetot, p. i52.)
cTArcanville, et Guillaume Helie1, prieur de Cleville, E. Samuel de Boullanvilliers2 sieur de S. Cere, N. Constantin Housset?, habitant de Flamaville*, T.
B. de Constantin. François de Pericard s evesque
i Guillaume Hélie, moine de la Sainte-Trinité-du-Mont, prieur de Cleville, abbé de Valmont 1622, vicaire général de l'archevêque François de Harlay, mort, d'après le Gallia christiana, le 19 janvier 1640 ou 1641.
2 Samuel de Boulainvilliers, chevalier, sr de Saint-Saire, de Mesle, de Beaubec-la-Ville et du Mesnil-Mauger, député de la noblesse du bailliage de Caux aux Etats de Normandie de 1610, mort en 1646. L'historien Henri de Boulainvilliers était son petit-fils.
5 Constantin Housset fut député du Tiers aux Etats de Normandie, pour la vicomte de Caudebec, en 1606.
4 Flamanville, Seine-Inférieure, canton d'Yerville, arrondissement d'Yvetot.
! La famille Pericard a produit cinq évêques. — Jean Pericard, fils d'un conseiller au Parlement de Bourgogne, et lui-même avocat général, puis procureur général au Parlement de Rouen, eut six fils et deux filles. Les six fils furent : i° Nicolas, avocat du roi au bailliage de Rouen, puis secrétaire du duc Henri de Guise et capitaine de trois cents hommes de pied; 2° Guillaume, conseiller-clerc au Parlement de Normandie, Ier juin 1571, grand chantre i582, puis doyen, 24 février 1 594, de l'église de Rouen, député du diocèse de Rouen aux Etats de Normandie de 16 10, abbé de Saint-Taurin, évêque d'Evreux, 1608, mort le 26 novembre 161 3; 3° Georges, conseiller-clerc au Parlement de Normandie, abbé de Saint-Etienne de Caen et de Saint-Julien de Tours, théologal, puis évêque d'Avranches, 1 583, mort le 22 juillet 1587; 40 François, conseillerclerc au Parlement de Normandie, 5 février 1 583, théologal, doyen et enfin évêque d'Avranches après son frère Georges, en 1 588, mort le 25 novembre 1639; 5° Emery, sr de Saint-Etienne; 6° Oudart ou Odoart, sr de la Lande, sergent-major à Rouen.
Nicolas eut de son mariage avec Jeanne de Croismare deux fils, Charles et François. Ce dernier fut chanoine, puis doyen de Rouen, 2 octobre 1610, évêque de Tarse, député pour le clergé du bailliage de Rouen aux États de Normandie de 161 3, dont il fut nommé président, coadjuteur de son oncle Guillaume Pericard, évêque
d'Avranches, E. Henry Anquetil ' sieur de sainct Vast, N. Jacques Germain dWrcanville 2, advocat à Carantan, T.
B. d'Evreux. François de Pericard 5 evesque d'Evreux, E. Adrian sieur de Breauté4, A7. Claude Doux?, lieutenant gênerai civil et criminel à Evreux, T.
B. de Gisors. Claude de Bauquemare6, prieur de
d'Evreux, 1612, et enfin évêque d'Evreux, 161 3; il mourut le 21 ou 22 juillet 1646. Son frère, Charles Pericard, épousa Charlotte- Esther de Costentin, sr de Tourville, et fut père de François Pericard, évêque d'Angoulême en 1646.
Enfin, Anne Pericard, une des deux filles de Jean, fut, par son mariage avec Romain de Boivin, mère de Henri de Boivin, évêque de Tarse.
1 Henri d'Anquetil., sr de Saint-Waast, fils de Louis d'Anquetil et de Renée Carbonel, beau-frère de Louis de Mouy, sr de la Mailleraye, dont il avait épousé la sœur Françoise de Mouy.
2 Jacques Germain, sr de la Conté, secrétaire ordinaire de la chambre du roi, maître des requêtes ordinaires de l'hôtel de la reine, demeurant à Carentan, cité par M. Ch. de Beaurepaire parmi les personnes qui se trouvaient à la suite de la cour lors de la tenue de l'assemblée des Notables à Rouen en 161 7. (V. Louis XIII et V Assemblée des Notables en 161 y, p. 12 3, publication de la Société rouennaise de Bibliophiles.)
? V. la note 5 de la page précédente.
4 Adrien (m) sire de Bréauté, etc., vicomte hérédital de Hototen-Auge, second fils d'Adrien (11) de Bréauté et de Suzanne de Monchi, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, député pour la noblesse du bailliage d'Evreux aux Etats de Normandie de i6i3, mort en i658.
5 Claude le Doux, sr de Milleville, fils de Jean le Doux, conseiller au Parlement de Rouen, puis président au présidial d'Evreux et lieutenant général du bailli dudit siège, exerça lui-même ces deux dernières charges et fut ensuite maître des requêtes de l'hôtel du roi.
6 Claude de Bauquemare, chanoine de N.-D. de Rouen, prieur de Sausseuze, était fils de Jacques de Bauquemare, sr de Bourdeny, qui fut premier président du Parlement de Rouen en 1 565 et mourut en 1 585, et de Catherine de Croismare.
Sausseuze, E. Philippes de Foûilleuze', sieur de Flavacourt, N. Julian le Bret2, vicomte de Gisors, T.
B. d'Alencon. François de Rouxel de Médavy?, evesque comte de Lizieux, et Jacques Camus 4 evesque de Sees, E. François de Vauquelin sieur de Bazochesf, et François Anzeray sieur de Fontevieille6, N. Pierre de la Rouille7 advocat à Alençon, T.
i Philippe de Fouilleuse, chevalier, sr de Flavacourt , bailli et capitaine de Gisors, fut député pour les gens nobles de ce bailliage aux Etats de Normandie en 1610.
2 Julien le Bret, sr du Mesnil-Gaillard, était (d'après MM. Charpillon et l'abbé Caresme, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l'Eure, pp. 374-375) fils de Robert le Bret, gouverneur de Gisors en 1 655, qui se vit forcé de quitter son commandement parce qu'il avait tué en duel, le 19 mars 1664, le chevalier d'Aubourg. Julien le Bret fut lieutenant général du bailliage de Gisors en i63i, puis, i632, intendant du duc de Longueville.
5 François de Rouxel de Médavy, fils de Jacques (n) de Rouxel sr de Medavy, etc., et de Perrette Foulques, chanoine de Paris, abbé de Cormeilles (Eure), évêque de Lisieux 1600, mort le 8 août 16 17. Son neveu François Rouxel de Médavy, fut archevêque de Rouen de 167 1 à 1691.
4 Jacques Camus, fils de Geoffroy Camus, sr de Pontcarré et de Torci, et de Jeanne Sanguin, fut évêque de Séez de 16 14 à i65o.
5 François Vauquelin, sr de Bazoches, bailli d'Alencon en 16 14, était fils de François Vauquelin, sr de Sacy, cousin-germain du poète Jean Vauquelin de la Fresnaye, lieutenant général au bailliage de Caen.
6 François Anzeray, chevalier, sr de Fontenelle, fils de François Anzeray, sr de Courvaudon, et de Marie Damours, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, député pour la noblesse du bailliage de Caen aux Etats de Normandie de 1G10.
7 Pierre le Rouillé, avocat du roi au siège d'Alencon; il fut compris en 1600 au nombre des délégués nommés par les officiers de justice pour examiner, de concert avec les députés des Etats de Normandie, les modifications à apporter à la coutume de cette province (V. Cahiers des Etats de Normandie sous le règne de
;[Z.e maréchal d'Ancre gouverneur de Normandie.]1
Bien queTedict2 et les articles secrets accordez à M. le Prince? ne fussent vérifiez à la cour, on disposa de la part du Roy toutes choses à l'exécution d'iceux On
Henri IV, p. p. M. Ch. de Beaurepaire, t. I, p. 304). Il descendait sans doute de Guillaume le Rouillé, né 1494, mort après i55o, avocat à Alençon, lieutenant général de Beaumont et de Fresnay, conseiller à l'échiquier d'Alençon, auteur de commentaires sur les coutumes de Normandie et du Maine, et du Recueil de l'antique préexcellence de Gaule et des Gaulois, dans lequel se trouve l'Epistre composée au nom des Rossignols du parc d'Alençon, à la très illustre royne de Navarre, duchesse d'Alençon et de Berry (rééditée en 1878, par M. P. Blanchemain, pour la Société rouennaise de Bibliophiles). — Nous trouvons encore Isaac le Rouillé député aux Etats de Normandie de 1620 pour le Tiers-Etat de la vicomte d'Alençon, et Jean le Rouillé, avocat d'Alençon en 1 655. ' T. IV, 2° partie, pp. 87-88.
2 L'édit de paix signé à Blois le 6 mai 161 6, à la suite de la conférence de Loudun ; il est connu sous le nom de paix de Loudun, et termina la seconde guerre civile. L'article 37 de cetédit (v. Mercure françois, t. IV, p. 11 5) cassait et révoquait tous les arrêts donnés contre le duc de Vendôme et contre ceux qui l'avaient suivi, et parmi eux « celuy de nostre cour du Parlement de Rouen, du unziesme mars dernier, donné contre le sieur de la Balliviere, et autres y nommez, lesquels nous avons entièrement deschargez, ensemble les vefves, enfans et héritiers de ceux qui ont esté exécutez, de toutes les condamnations portées par iceluy. »
3 Henri (11) de Bourbon, prince de Condé, duc d'Anguien, premier prince du sang et premier pair de France, fils de Henri (1) de Bourbon, prince de Condé, et de Charlotte-Catherine de la Tremoille, né le ier septembre i588, premier prince du sang, premier pair de France, gouverneur et lieutenant général en Berry, chevalier des ordres du roi en 1 6 1 o, mort le 26 décembre 1 64G. Il prit une part importante aux troubles qui agitèrent la France sous le ministère du maréchal d'Ancre et du duc de Luynes. De son mariage avec Charlotte-Marguerite de Montmorency naquirent le grand Condé, le prince de Conti, et la célèbre duchesse de Longueville.
retire (comme on Pavoit promis) le mareschal d'Ancre1 de la citadelle d'Amiens, où on met le duc de Montbazon2 qui change sa lieutenance de Roy en la Normandie 5 en celle de la Picardie. Le mareschal d'Ancre en mesme temps est pourveu du gouvernement de Normandie; Belfont4 gouverneur du chasteau de Caën en sort, et du ThierJ y entre au nom dudit sieur mareschal.
i Concino-Concini, marquis d'Ancre, maréchal de France et premier ministre par la faveur de Marie de Médicis, avait reçu le gouvernement de Montdidier, Roye et Péronne, ainsi que celui de la citadelle d'Amiens, à l'occasion de laquelle un conflit s'était élevé entre lui et le duc de Longueville, gouverneur de la Picardie (v. Mercure françois, t. IV, pp. 89 et suiv.).
2 Hercule de Rohan, duc de Montbazon, fils de Louis de Rohan, prince de Guéméné, comte de Montbazon, et d'Eléonore de Rohan, dame du Verger, comtesse de Rochefort, né en i568, pair et grand veneur de France, lieutenant pour le roi des ville et château de Nantes, et capitaine des villes et châteaux de Soissons, Noyon, etc., chevalier des ordres du roi 1597, mort le 16 octobre 1654.
5 Le gouvernement de la Normandie avait été donné en 161 2 à Marie de Médicis après la mort de Charles de Bourbon, comte de Soissons. Par commission de la reine-mère, la charge de gouverneur fut remplie successivement par Guillaume de Hautemer, sieur de Fervaques ; Hector de Rohan, duc de Montbazon ; Concini, maréchal d'Ancre; Charles d'Albert, duc de Luynes, et Jean-Baptiste d'Ornano, colonel général des Suisses. Marie de Médicis s'étant démise en 16 19 de ce gouvernement, il fut donné à Henri d'Orléans, duc de Longueville, qui le conserva jusqu'à sa mort en i663.
4 Bernardin Gigault, seigneur de Bellefonds, fils de Jean Gigault de Bellefonds et de Charlotte de Voisinas, gouverneur de Valognes et de la ville et du château de Caen.
5 Du Thier s'était signalé par l'énergie avec laquelle il avait défendu pour le maréchal d'Ancre le château d'Amiens, contre les entreprises du duc de Longueville, alors gouverneur de Picardie. Il fut plus tard chargé de la garde du prince do Condé à la Bastille, à ls place du comte de Lausières. Cornette des ch^vau-légers de la reine-mère, il fut blessé au combat des Ponts-de-Cé.
{Préparatifs de guerre en Normandie J :
On eut advis à la cour, que plusieurs errements de gens de guerre se faisoient au commencement de ceste année dans les pays de Thimerays2, Perche, le Mayne, et sur les frontières de Normandie qui joignent ces provinces, tant par la Noblesse qui avoit esté ouvertement du party des princes en la seconde guerre civile, que par ceux qui y estoient demeurez neutres. Mais le Roy pour empescher telles practiques y envoya le comte d'Auvergne', avec deux canons et quatre mille hommes de guerre, lequel asseura tous ces pays par les garnisons qu'il mit en diverses places, comme il sera dit cy-apres.
Le Roy ayant eu advis qu'il y avoit sujet d'avoir l'œil sur ce qui se passoit au pays de Thimerays, au Perche, et au Mayne, pource qu'au Thimerays, Se-
i T. IV, 3° partie, pp. 33 et 1 1 i-i 1 3.
2 Le Thimerais, partie du Perche située aux confins de la Normandie et du pays chartrain, avait pour lieu principal Châteauneuf en Thimerais.
5 Charles de Valois, comte d'Auvergne, de Ponthieu, etc., fils naturel de Charles IX et de Marie Touchet, né 28 avril ib-j'i, mort 24 septembre i65o. Ayant pris part à la conspiration du comte d'Entragues et de Henriette d'Entragues, sa sœur utérine, il fut condamné à mort le 12 février i6o5. Sa peine fut commuée par Henri IV en une prison perpétuelle qu'il subit à la Bastille ; il fut mis en liberté par la reine-mère le 26 juin 1616. Il eut la charge de colonel général de la cavalerie légère de France, reçut le duché d'Angoulême en 16 19 à la mort de Diane, légitimée de France, duchesse d'Angoulême, et fut créé la même année chevalier des ordres du roi.
nonches1 appartenoit au duc de Nevers2, et la Ferté? au vidame de Chartres-*, qui avoit esté du party des princes avec le sieur de la Loupe f, en la seconde guerre civile; qu'au Perche les habitans de Verneuil6 où estoit gouverneur le baron de Mesdavy7, qui tenoit le chasteau et la tour n'avoient point bien esté avec ledit baron durant et depuis la seconde guerre civile où ils s'estoient portez ouvertement au service du Roy; et que le chasteau de
i Eure-et-Loir, ch. 1. de c. de l'arrondissement de Dreux.
2 Charles de Gonzague-Clèves, duc de Nevers et de Rethel, fils de Louis de Gonzague, prince de Mantoue, et de Henriette de Clèves, duchesse de Nevers et de Rethel, mort le 21 septembre 1637. Il hérita du duché de Mantoue en 1628 après la mort de Vincent I de Gonzagues. Louis XIII, par deux expéditions, força les Espagnols à reconnaître ses droits, et leur imposa le traité de Cherasco, 19 juin 1 63 1 .
? La Ferté-Vidame, Eure-et-Loir, ch. 1. de c. de l'arrondissement de Dreux.
4 Pregent de la Fin, vidame de Chartres, sr de Maligny, la Ferté, etc., capitaine de cinquante hommes d'armes, maréchal de camp, mort en août 1624, à l'âge de soixante-six ans. Il avait été député du bailliage de Châteauneuf en Thimerais aux Etats généraux de 16 14. Il fut le dernier des anciens vidâmes de Chartres; après lui le vidame fut vendu par décret au duc de Saint-Simon.
5 Louis d'Angennes, sr de la Loupe, de Marville, de Sainte-Colombe et de Gasprée, fils de René d'Angennes, st de la Loupe, chevalier des ordres du roi, et de Louise de Raillart, dame de Marville et de Saulmeri, conseiller au conseil d'Etat et privé 6 novembre 161 5, capitaine de cinquante hommes d'armes 7 novembre i6i5, mort 7 mars 1622.
6 Eure, ch. 1. de c. de l'arrondissement d'Evreux.
7 Pierre Rouxel, baron de Médavy, comte de Grancey, fils de Jacques Rouxel, sr de Médavy, etc., et de Perrette Foulques, lieutenant général en Normandie, gouverneur de Verneuil, d'Argentan, conseiller d'Etat 161 1. Il fut frère de l'évêque de Lisieuxet père de l'archevêque de Rouen, qui tous deux portèrent le nom de François Rouxel de Médavy. II mourut le 3i décembre 16 17.
Nogent le Rotrou1 qui est à M. le prince de Condé, meritoit une garnison; qu'au Mayne, la Ferté-Bernard 2 qui appartient au duc de Mayenne?, et le chasteau du Mans, avoyent grand besoin d'estre asseurez; bref, qu'il y avoit plusieurs gentils-hommes de ces pays là, qui avoient suivi M. le Prince et le duc de Vendosme4, lesquels n'attendoient que le mandement des princes et seigneurs assemblez àSoissonss pour monter à cheval, et travailler les affaires du Roy de ce costé là, tellement que lesdits princes empescheroient leurs Majestez en trois endroicts, i . Au Perche, et aux pays qui sont entre les
rivières de Seine et Loire
Leurs Majestez prévoyants donc qu'il leur estoit nécessaire d'oster premièrement tout ce qui pourroit nuire entre les rivières de Seine et Loire, et tout ce dequoy ils auraient subject d'avoir de la mesfiance, mandèrent le
' Eure-et-Loir, ch. 1. d'arrondissement.
2 Sarthe, ch. 1. de c. de l'arrondissement de Mamers.
3 Henri de Lorraine, duc de Mayenne et d'Aiguillon, fils de- Charles de Lorraine, duc de Mayenne, qui fut chef de la Ligue sous Henri IV, et de Henriette de Savoie, marquise de Villars, comtesse de Tende et de Sommerive, né 20 novembre 1578, tué au siège de Montauban, 27 septembre 1621. Il fut grand chambellan de France, gouverneur et lieutenant général pour le roi en Guyenne, et chevalier des ordres du roi en 16 19.
4 César, duc de Vendôme, de Beaufort et d'Etampes, fils naturel de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, légitimé par lettres du roi, janvier i5g5, pair de France, gouverneur et lieutenant général pour le roi en Bretagne, grand-maître, chef et surintendant de la navigation et commerce de France, chevalier des ordres du roi en 1619, mort 22 octobre i665.
5 Les princes et seigneurs rebelles s'étaient réunis en 16 16 à Soissons, d'où, après s'être concertes, ils s'étaient rendus dans les diverses provinces pour lever des troupes.
baron de Mesdavy de venir en cour; sa femme1 y vient; on luy demande que son mary ait à remettre Verneuil entre les mains du Roy; sur quelques dilayements, on prépare deux pièces de batterie à l'Arcenal, et est arresté, que le comte d'Auvergne s'achemineroit avec trois mille hommes tant cavalerie qu'infanterie à Verneuil. Sur ce, Mesdavy promit de rendre Verneuil, ce qu'il fit, et on mit en sa place le sieur de Longueval2, qui estoit au mareschal d'Ancre, pource que ceste ville est dans le gouvernement de Normandie.
[Extrait d'un « livret » contre le maréchal d'Ancre 3.]
Le mareschal d'Ancre dit, qu'il obeyra dans les armées du Roy, pourveu que sa M. luy permette de contester son rang. Mais comment contester, puisque ce n'est pas
1 Charlotte de Hautemer, comtesse de Grancey, fille de Guillaume de Fervaques, maréchal de France.
■ 2 François de Monchi, sr de Longueval, etc., fils d'Antoine de Monchi, sr de Senarpont, et de Françoise de Vaux, lieutenant pour le roi au gouvernement d'Amiens, gouverneur de Verneuil. — Pontchartrain dit dans ses Mémoires (collection Petitot, t. XVII, p. 196) que le château de Verneuil fut mis entre les mains du marquis de Mauny, qui dépendait du maréchal d'Ancre.
5 T. IV, 3e partie, pp. 1 58- 160. — Le maréchal d'Ancre, qui était allé en Normandie activer les fortifications des places dont il avait le gouvernement, avoit écrit du Pont-de-1'Arche, le i3 mars 161 7, une lettre au roi par laquelle il s'engageoit à mettre à son service, et cela à ses despens, pendant quatre mois, six mille hommes de pied et six cens chevaux. Les partisans des princes éclatèrent contre l'insolence « de cest estranger, qui s'est gorgé des biens du Ruy, et lequel estoit si misérable lorsqu'il vint en France qu'il n'avoit pas le moyen d'entretenir un laquais, se vante maintenant de souldoyer sept mille hommes de guerre pour le service de sa Majesté. »
son dessein d'y aller ; voit-on pas que dès qu'il a eu l'ait mener le baron de Heurtevan à Paris pour luy faire trancher la teste, et faict passer l'Oise aux troupes qu'il avoit levées en Normandie pour aller en l'armée que doit conduire le comte d'Auvergne ', il s'en est retourné à Quillebeuf2, où il fait travailler tous les jours un nombre innumerable de personnes aux fortifications nouvelles qu'il y a faict faire, espérant rendre ceste ville la plus forte place de l'Europe?
Les citadelles (au dire d'un empereur romain), sont entraves de la liberté publique, qui mettent les peuples en desfiance du souverain, ou qui donnent occasion aux mauvais gouverneurs de travailler les subjects du Roy, et les irriter. Chacun sçait que durant la régence de la Royne mère du Roy, feu M. le comte de Soissons ? ayant esté pourveu du gouvernement de Normandie, on envoya des Suisses en garnison à Quillebeuf, principalement pour
i Après sa courte expédition dans le Maine et le Perche en janvier et février 1617, le comte d'Auvergne retourna dans l'Ile de France; il réunit des troupes à Crespy-en-Valois, assiégea et prit le château de Pierrefonds, 24 mars- 2 avril, et investit, 12 avril, Soissons, où s'était enfermé le duc de Mayenne. L'assassinat du maréchal d'Ancre, 24 avril, amena la cessation des hostilités et la reddition de cette place.
2 Eure, ch. 1. de c. de l'arrondissement de Pont-Audemer, au fond de l'estuaire et sur la rive gauche de la Seine. Henri IV avait commencé en 1 592 à fortifier cette place, à laquelle il avait donné le nom de Henricarville. Les Etats de Normandie en demandèrent à plusieurs reprises la démolition. (V. à ce sujet M. Ch. de Beaurer;paire, Les Etats de Normandie sous les règnes de Louis XIII et de Louis XIV, t. II, pp. 223-23o.)
? Charles de Bourbon, prince du sang, comte de Soissons et de Dreux, fils de Louis (1) prince de Condé, et de Françoise d'Orléans- Longuevilh, né le 3 novembre 1 566, chevalier des ordres du roi 1 585, plus tard grand-maître de France, gouverneur de Normandie 1610, mort Ier novembre 1612.
n'irriter les Normans qui craignoient qu'on en nst une forteresse. Et toutes fois depuis cinq mois que cest estranger s'est veu seul gouverner la Normandie, il s'est introduict dans ceste ville, où désirant y faire la principale retraicte pour exercer sa tyrannie sur tous les navires qui entreront de la mer dans la rivière de Seine, ou qui en sortiront, il n'espargne aucune despense pour la faire munitionner de canons et d'armes, et fait couper les rochers afin que le flot de la mer l'environne de douze en douze heures.
On dit qu'il sera aussi facile à luy faire remettre entre les mains du Roy Quillebeuf et les autres places qu'il tient, comme il a faict la citadelle d'Amiens pour faciliter la paix. De la remettre : il faut dire qu'il a esté contrainct de la quitter poursuivy de la haine publique. Mais est ce la quitter que d'y retenir ses intelligences ? Ne sçait-on pas que ce qui s'est passé depuis quelques jours aux saisies que ce mareschal a fait faire des terres du duc de Montbazon1 luy donne espérance d'y revenir? Quelle perte a-t-il faicte d'en sortir ? Il a receu cinq cents mille livres de recompence, et le chasteau de Caën ; il a eu la Normandie; il a acheté le gouvernement du Pont de l'Arche de Monsieur de Villars 2, pour tenir la Seine au dessus de Rouen, comme il en tient le dessous à Quillebeuf; il dit
i Le duc de Montbazon, en prenant possession de la citadelle d'Amiens, avait acheté du maréchal d'Ancre des armes et autres objets qu'elle renfermait ; comme il tardait à s'acquitter de sa dette, le maréchal avoit fait saisir une de ses terres.
2 Georges de Brancaj^ marquis de Villars, baron d'Oise, fils d'Ennemond de Brancas et de Catherine de Joyeuse, lieutenant général au gouvernement de Normandie, gouverneur du Havre et de Honfleur, créé duc de Villars en 1626, mort à 92 ans le 23 janvier 1657. Il était frère d'André de Brancas, connu sous le nom d'amiral de Villars-Brancas, qui défendit Rouen contre Henri IV en 1592.
qu'il fera rebastir le fort Saincte Catherine ' ; il marchande les gouvernements de Vernon, Meulan et Corbeil sur Seine ; Pontoise luv est promis ; il aspire devoir Meaux sur Marne : ce qu'il faict afin de tenir toutes les advenues de Paris, avec la Bastille qui est à sa dévotion. Ne sçaiton pas qu'il a voulu avoir le Bois de Vincennes, et en mettre dehors Madame d'Angoulesme 2?
Encores si son avidité estoit rassasiée pour vouloir tenir ceux de Paris et de Roiien à sa dévotion, et toute la Normandie
Heurtevan décapité '.
Laissant retourner en Normandie le mareschal d'Ancre, pour advancer ses fortifications de Quillebeuf, et employer son crédit pour faire vérifier au Parlement et chambre des Comptes de Roiien un don excessif qu1il avoit sur les bois de Normandie, nous dirons que le mardi 21 mars le
1 Henri IV avait ordonné en 1 597 la démolition du fort Sainte- Catherine à Rouen.
2 Diane, légitimée de France, fille du roi Henri II et de Philippe des Ducs, damoiselle de Coni. Elle avait épousé en 1 553 Horace Farnèse, duc de Castro, qui mourut presque aussitôt, et en 1 557, François, duc de Montmorency, pair et maréchal de France. Le roi Henri III lui donna en i582 le duché d'Angoulême et le comté de Ponthieu, en échange du duché de Châtellerault. Elle mourut le ii janvier 16 19, à l'âge de 80 ans. Le duché d'Angoulême fut alors donné au comte d'Auvergne.
3 T. IV, 3e partie, pp. 162-163. — M. de Bouis a réédité pour la Société des Bibliophiles normands, le Récit véritable de la mort du sieur baron de Heurtevan, décapité à Paris devant la Croix du Tiroir, le mardy 21 de mars. Ce court récit ne fait pas connaître les faits qui motivèrent la condamnation de Philippe de Liée, baron de Heurtevent. (V. M. A. Floquet, Histoire du Parlement de Normandie, t. IV, pp. 325o2Ô.)
baron de Heurtevan fut décapité à la Croix du Tirouër '. Près de l'eschaffaut estoient en armes une des compagnies du régiment des gardes, et une des suisses. Il ne pensoit point mourir, et eut de la peine à se résoudre à la mort. On disoit qu'il estoit accusé d'avoir eu dessein de surprendre pour les princes une place en Normandie, et avoit levé sous main des gens de guerre. Or le Roy avoit faict faire des publications par toute la France, de ne lever aucunsgens de guerre sans commission seellée de songrand seau, sur peine aux contrevenans d'estre punis comme criminels de leze-majesté. Ce Heurtevan avoit fait de grandes hostilitez sur les frontières d'entre la Normandie et le Perche durant la seconde guerre civile.
1 6 1 7 [Le maréchal d'Ancre en Normandie'] 2.
Le mareschal d'Ancre estant allé en Normandie, comme il a esté dit cy dessus, tant pour faire parachever ses fortifications de Quillebeuf, que pour poursuivre la vérification de son don des bois de haute fustaye, tascha par toutes sortes de façons de pouvoir s'y obliger la Noblesse, les officiers du Roy, et ceux qu'il pensoit luy pouvoir ayder. Aucuns ne le pouvoient aymer, d'autres suivant le cours des affaires du temps luy adheroient, dequoy il advint que les petits enfants de Rouen s'entredisoient : Ayme\ moy, Monsour,je vous feray favor .
Mais sur trois choses, sçavoir : i . le refus qu'il eut de la vérification de sondit don de bois, contre lequel le sieur de Fleury 5 grand-maistre des eauës et forests de Nor-
i A Paris, carrefour à la rencontre des rues de l'Arbre-Sec et de Saint-Honoré.
2 T. IV, 3e partie, pp. 194-195 et 223-224.
5 Nicolas Clausse, sr de Fleury, lieutenant d'une compagnie des ordonnances du roi sous la charge du duc de Nevers, conseiller du
mandie se roidit; 2. sur ce qu'il vouloit faire establir un maistre des requestes intendant de la justice dans Rouen; et 3. sur le bruit qui courut qu'il vouloit mettre une de ses créatures dans le vieux Palais de Rouen, et restablir le fort S. Catherine, on a escrit qu'on Tadvertit qu'il luy falloit éviter la litanie à furore Normanorum, surquoyil luy eschapa de dire : Je feray manger les doigts à ceux qui contrarieront mes volonté^.
Ce fut pourquoy estant à Ponteaudemer prez Quillebeuf, sur un advis qu'il reçeut de Paris, qu'il se diligentast de recourir en cour (pour les causes portées en la lettre du Roy aux gouverneurs de ses provinces comme il se verra cy après) il s'y achemina, et sans aller à Rouen, il passa au Pont de l'Arche, d'où il se rendit à Paris.
Arrivé, les siens disoient tout haut, qu'il estoit venu pour deux choses : 1 . pour oster d'auprès de sa Majesté plusieurs personnes en qui elle se confioit, et luy en donner qui seroient afHdéesà monseigneur le mareschal; et 2. pour avoir des lettres de jussion de vérification de son don de bois.
Le Roy, qui pour les occasions portées par ladite lettre aux gouverneurs, avoit fait semblant d'ignorer les desseins dudit mareschal, fut encore adverty que passant au Pont de l'Arche, il avoit offert le gouvernement de quelques places en Normandie à des capitaines, pourveu qu'ils luy feissent le serment envers tous et contre tous, sans apporter
roi en son conseil d'Etat, nommé à l'office de grand maître enquêteur et général réformateur des eaux et forêts de France, aux départements de l'Ile de France et de la Normandie, sur la résignation de son père, 17 octobre 161 1. (Note de M. Ch. de Beaurepaire, Cahiers des Etats de Normandie sous les règnes de Louis XIII et de Louis XIV, t. I, p. 3oo.) — Il était fils de Henri Clausse, sr de Fleury et de Marchemont, et de Denyse de Neufville, sœur de M. de Villeroy.
cette exception, si je ne vojy un mandement du Roy seellé.
Les gouverneurs et capitaines que le mareschal d'Ancre ' avoit mis dans les chasteaux et forteresses de Caën, Quillebeuf, Alençon, Verneuil, Falaize, le Pont de l'Arche et autres villes de Normandie, ayant remis toutes leurs places et charges au premier mandement du Roy entre les mains de ceux qu'il y envoya, la France a commencé de jouir d'une paix générale, et la justice et les loix à reprendre leur force et authorité.
Assemblée des Notables à Rouen 2.
Le Roy après s'estre donné les esbats de la chasse au
1 Le maréchal d'Ancre avait été tué le 24 avril 16 17 par Vitry, capitaine des gardes. Luynes hérita de ses fonctions et de ses biens. « En ce mois de septembre, dit le Mercure françois, t. V, année 1617, p. 97, la cour alla passer la fin de l'esté à Lesigny-en-Brie. M. de Luynes, seigneur que le Roy a toujours affectionné, espousa la fille du duc de Montbason et fut pourvu de la lieutenance générale au gouvernement de Normandie, qu'avoit le mareschal d'Ancre, et eut le don de ses immeubles. »
2 T. V, 1" partie, pp. 252-317. — Par lettres patentes du 4 octobre 16 17, enregistrées au Parlement de Paris, le 12 octobre suivant (V. Mercure françois, t. V, année 1617, pp. 23o-235), le roi avait convoqué une assemblée de Notables sans fixer le lieu de la réunion. D'autres lettres indiquèrent Rouen. Le voyage de Louis XIII et la tenue de cette assemblée à Rouen ont fourni matière aux publications suivantes : Louis XIII à Rouen, par M. de Stabenrath [Revue de Rouen et de la Normandie, années 1 840 et 1841); Assemblée des Notables tenue à Rouen en 161 7, par M. de Bouis {Revue de la Normandie, septembre et octobre 1866); Louis XIII et l'Assemblée des Notables à Rouen en 16 17, documents recueillis et annotés par M. Ch. de Beaurepaire (publication de la Société rouennaise de Bibliophiles).
On trouvera dans les divers mémoires du temps des détails sur
chasteau de Gaillon, entra sur la fin de novembre à Rouen ' , où la plus grande part des mandez s'estant renduz, Touverture de TAssemblée fut faicte le lundy quatriesme décembre en la grande salle de l'Archevesché. Quant à la disposition du lieu et des personnes, le Roy estoit sur le théâtre sous un dais ; aux pieds du Roy estoit le duc de Mayenne, comme grand chambellan; à la main droicte du Roy estoit Monsieur2, frère de sa M., et M. le comte de Soissons 5 en deux chaires séparées, et esloignées en aisle.
cette assemblée des Notables; mais le récit le plus circonstancié, avec celui du Mercure, est le Narré de l'assemblée des Notables de Rouen, qui se trouve dans les Mémoires de Mathieu Mole, t. I, pp. 154-212, publiés par la Société de l'Histoire de France. Le texte des propositions nous a fourni quelques variantes que nous avons ou introduites dans celui du Mercure, quand elles étaient manifestement meilleures, ou données au bas des pages.
1 Arrivé à Gaillon le 16 novembre, Louis XIII séjourna pendant toute une semaine dans la magnifique résidence des archevêques de Rouen; il en partit le 23, coucha à Rouville et arriva le 24 à Rouen. L'ouverture de l'assemblée des Notables étant fixée au 4 décembre, le roi profita du délai pour faire un voyage à Dieppe. Il partit de Rouen le lundi 27 novembre, coucha à Bacqueville et arriva à Dieppe le lendemain. Asseline {Antiquités et Chroniques, t. II, pp. 195-198), nous apprend qu'il visita le Pollet, la cité de Limes et le village de Puis, où il se divertit à pêcher. Il quitta Dieppe le 1" décembre, coucha de nouveau à Bacqueville et rentra à Rouen le samedi 2 décembre, pour n'en partir que le 29 du même mois, trois jours après que l'assemblée des Notables eut terminé ses travaux.
2 Le frère du roi, Gaston-Jean-Baptiste, né le 25 avril 1608, portait alors le titre de duc d'Anjou ; lors de son mariage avec Mademoiselle de Montpensier, en 1626, il reçut comme apanage les duchés d'Orléans et de Chartres avec le comté de Blois, et ne fut plus désigné que sous le nom de duc d'Orléans. Il mourut le 2 février 1660.
5 Louis de Bourbon, fils de Charles de Bourbon, comte de Soissons, et d'Anne, comtesse de Montafié, né le 16 mai 1604, che-
En un banc encore plus bas, aussi ouvert en aisle, estoient les ducs de Mont-bason, et de Suilly'.
Derrière M. le comte de Soissons sur plusieurs bancs de travers, couverts de tapisserie, estoit le Conseil du Roy.
Au premier banc de devant estoient MM. de Villeroy 2, Pont-Carré 5 , président Jeannin 4, de Boysise s, et président Jambeville 6.
valier des ordres du roi, en 1619, pair et grand-maître de France, gouverneur et lieutenant général pour le roi en Dauphiné, tué à la bataille de la Marfée, dans les rangs des Espagnols, le 6 juillet
1 Maximilien de Béthune, duc de Sully, marquis de Rosny, l'illustre ministre de Henri IV, disgracié au début du règne de Louis XIII, avait conservé la charge de grand-maître de l'artillerie, qu'il céda à son fils le 3o avril 1618. Né en i55c), il mourut le 21 décembre 1641.
2 Nicolas de Neufville, sr de Villeroy, né en 1542, mort à Rouen le 12 décembre 1617, secrétaire et ministre d'Etat sous les règnes de Charles IX, Henri III, Henri IV et Louis XIII; ce fut un des plus habiles politiques et diplomates de son temps.
? Geoffroy Camus, sr de Pontcarré et de Torci, fils de Jean Camus, baron de Bagnols, et d'Antoinette de Vignols, dame de Pontcarré, maître des requêtes en i5y3, puis conseiller d'Etat.
4 Pierre Jeannin, né à Autun en i 540, avocat au Parlement de Dijon en 1 56g, député aux Etats généraux de Blois, conseiller, puis président au Parlement, et connu sous le nom de Président Jeannin, fut employé par Henri IV dans des négociations importantes, notamment celles qui aboutirent à la trêve de douze ans entre l'Espagne et la Hollande. Il mourut le 3i octobre 1622. Ses négociations, publiées en i656, ont été réimprimées en 1819, dans la collection Petitot.
5 Jean de Thumery, sr de Boissise, conseiller du roi en ses conseils d'Etat et privé, fut ambassadeur en Angleterre en 1598, et envoyé comme négociateur à l'assemblée de Halle, pour traiter des affaires relatives aux duchés de Clèves et de Juliers.
6 Antoine le Camus, sr de Jambeville, conseiller d'Etat, président à mortier en 161 2, mort en 161g.
Derrière eux MM. les autres conseillers d'Estat et MM. les maistres des requestes.
A costé gauche du Roy, sur ledit théâtre estoient MM. les cardinaux du Perron ' et de la Roche-Foucault -, vis à vis de M. le. comte de' Soissons, et du mesme costé, M. le Chancelier 5, et M. le Garde des Seaux 4 sur un. banc qui s'ouvroit en aisle, esloigné de la chaire du Roy environ une toise et demie.
Derrière eux estoient des bancs mis en travers couverts de tapisserie pour MM. les députez de la Noblesse.
Voilà ce qu'il y avoit sur le théâtre.
Au bas dudit théâtre tout auprès des marches estoient MM. les secrétaires d'Estat de Lomenie s, de Pisieux 6,
> Jacques Davy du Perron,, né à Saint-Lô, 1 556, évêque d'Evreux i5gi, cardinal 1604, archevêque de Sens 1606, grand aumônier de France, mort 5 sept. 16 18.
2 François de la Rochefoucaud, fils de Charles de la Rochefoucaud, comte de Randan, et de Fulvie Pic de la Mirandole, né 5 déc. 1 558, évêque de Clermont 1 585, cardinal 1607, évêque de Senlis 16 10, mort 14 fév. 1645.
5 Nirolas Brulart, chevalier puis marquis de Sillery, fils aîné de Pierre Brulart, sr de Berny, et de Marie Cauchon, dame de Sillery et de Puisieux, garde des sceaux 1604, chancelier 1607, mort icr oct. 1624.
4 Guillaume du Vair, né 7 mars 1 556, conseiller puis maître des requêtes au Parlement de Paris, premier président du Parlement d'Aix, évêque^comte de Lisieux n août 16 17, garde des sceaux du 16 mai au 25 nov. 1 6 1 6, puis du 25 avril 1617 jusqu'à sa mort, 3 août 162 1.
5 Antoine de Loménie, sr de la Ville-aux-Clercs, secrétaire des commandements, puis du cabinet de Henri IV, secrétaire d'Etat 1606, mort 17 janv. i638.
6 Pierre Brulart, vicomte de Puisieux, fils de Nicolas Brulart, marquis de Sillery, chancelier de France, et de Claude Prudhomme, secrétaire d'Etat 1606, mort 22 avril 1640.
Philippeaux, Pontchartrain !, et de Lomenie fils2, sur un banc posé de travers.
A main droicte, aussi au bas dudit théâtre tout auprès des marches, estoient MM. les archevesques de Narbonne i, d'Arles 4, de Rouen 5, et de Tours6, puis MM. les evesques d'Angers i, de Paris 8, de Poictiers9, et autres.
i II faut lire Phelypeaux-Pontchartrain, ou Phelypeaux, sr de Pontchartrain. Ce personnage, 3e fils de Louis Phelypeaux, sr delà Yrillière, et de Radegonde Garraut, né i56g, fut secrétaire des commandements de la reine Marie de Médicis, puis secrétaire d'Etat 21 avril 1610. Il mourut le 21 oct. 1621.
2 Henri-Auguste de Loménie, comte de Brienne et de Montbron, sr de la Ville-aux-Clercs, fils d'Antoine de Loménie, secrétaire d'Etat, et d'Anne d'Aubourg, fut d'abord secrétaire du cabinet du roi ; il obtint la survivance de la charge de secrétaire d'Etat avec permission de signer pour son père, et mourut 5 nov. 1666 à l'âge de 71 ans.
î Louis de Vervins, né en 1547, vicaire général et officiai de l'église de Castres, inquisiteur général de la foi à Avignon i58g, archevêque de Narbonne 1600, mort g février 1628.
4 Gaspard du Laurens, frère d'André du Laurens, premier médecin de Henri IV, abbé de Saint-André de Vienne, archevêque d'Arles i6o3, mort i63o.
5 François de Harlay, fils de Jacques de Harlay, marquis de Chanvalon, et de Catherine de la Mark, dame de Bréval, né en i586, abbé de Saint-Victor de Paris, coadjuteur du cardinal de Joyeuse 16 14, archevêque de Rouen i6i5, se démit en i65i en faveur de son neveu François de Harlay (II) et mourut 22 mars i654.
6 Bertrand d'Eschaux, de la famille des vicomtes de Baigorry- Navarre, évêque de Bayonne i5g8, premier aumônier du roi 161 1, député aux Etats généraux de 161 4, archevêque de Tours, juin 1617, chevalier des ordres du roi 161g, mort 21 mai 1641.
7 Guillaume Fouquet de la Varenne était alors évêque d'Angers. Il avait succédé en 161 6 à Charles Miron, qui avait résigné son évêché par suite de mésintelligences avec son chapitre. D'après le Gallia christiana, ce fut Fouquet de la Varenne qui assista à
Apres eux MM. Nicolai1, et de Motteville2, premiers présidents en la chambre des Comptes de Paris et Roiien,
l'assemblée des Notables de Rouen, mittitur anno 1617 ad generalia Francice comitia (l'expression gcneralia comitia signifie d'ordinaire états généraux; elle est employée ici au sens de notables). Toutefois Charles Miron était à Rouen en décembre 161 7, et il est ainsi désigné dans la liste, donnée par M. Ch. de Beaurepaire, des personnes qui se trouvaient alors à la suite de la cour: Myron (Ch ) ancien évêque d'Angers, conseiller du roi en ses Conseils d'Estat et privé, aumônier ordinaire de S. M., nommé à l'abbaye de Saint- Laumer de Blois, 8 déc. 1617 (Louis XIII et l'assemblée des Notables à Rouen en 16 17, p. 124, publication de la Société rouennaise de Bibliophiles). Charles Miron fut même désigné alors avec le cardinal de la Rochefoucaud et François de Harlay archevêque de Rouen, pour travailler à la réforme des monastères de l'ordre de saint Benoît et de saint Augustin. Après la mort de Guillaume Fouquet de la Varenne, g janvier 162 1, il fui de nouveau nommé évêque d'Angers, fut transféré en 1626 sur le siège archiépiscopal de Lyon et mourut le 6 août 1628.
8 {de la page précéd.) — Henri de Gondi, second fils d'Albert de Gondi, baron, puis duc de Retz, et de Claude-Catherine de Clermont, baronne de Retz, né 1572, évêque de Paris i5g8, cardinal 161 8, chef du conseil 1620, mort i3 août 1622.
9 (de la page précéd.) — Henri-Louis Châteigner de la Roche-Pozai, né 6 sept. 1577 à Tivoli, pendant que son père Louis Châteigner, sr de la Roche-Pozai était ambassadeur à Rome, évêque de Poitiers 1611, mort 3o juillet 1 65 1 .
' Jean Nicolai , sr de Goussainville et de Presle , fils d'Antoine Nicolaï et de Jeanne Lhuillier, conseiller au Parlement de Paris, maître des requêtes, premier président de la chambre des Comptes, 6 mai 1587. Son fils Antoine Nicolai lui succéda dans sa charge le 3 juin 1624. Les Nicolaï ont rempli, de père en fils, cette haute fonction de i5o6 à la Révolution.
2 Nicolas Langlois, sr de Motteville (ou plutôt de Mauteville), premier président de la chambre des Comptes de Rouen 1 585, mort 1C40, à l'âge de 82 ans. Il avait épousé en i63g Françoise Bertaut née en 1621, si connue sous le nom de Mme de Motteville par ses intéressants mémoires.
avec robbes et toques de velours; puis M. de la Vache- Sainct-Jean ' procureur gênerai de la chambre, tous sur un banc posé sur la longueur de la salle et non en travers. Derrière lesdicts sieurs archevesques etevesques et autres, estoient grand nombre de seigneurs et gentils-hommes. De Tautre costé de ladite salle à main gauche estoient M. le premier président de Paris2, M. le président Séguier 5, et MM. les premiers présidents de Dijon 4, Rouen 5, Provence 6, et Bretaigne 7. Ceux de Thou-
i Nicolas la Vache, écuyer, sr du Val-Saint-Jean et de Cléry, conseiller du roi et procureur général en sa chambre des Comptes de Normandie. La famille la Vache, originaire des Andelys, a donné cinq conseillers au Parlement de Rouen.
2 Nicolas de Verdun, président aux requêtes puis aux enquêtes du Parlement de Paris, premier président du Parlement de Toulouse 1600, de Paris 1611, mort 16 mars 1627.
4 Antoine Séguier, 5e fils de Pierre Séguier et de Louise Boudet, né i552, conseiller au Parlement de Paris sous Charles IX, maître des requêtes de l'hôtel sous H;nri III, lieutenant civil, conseiller d'Etat ordinaire i586, avocat général 1587, président à mortier 21 mars i5o,7, ambassadeur à Venise i5g8, mort 1624. Antoine Séguier fit recevoir en survivance de sa charge, 17 mars 1624, son neveu Pierre Séguier, plus tard chancelier de France.
4 Nicolas Brulart, baron de la Borde et de Massy-la-Fosse, sr de Reuley, de Sainte-Marie, etc., fils de Denys Brulart et de Madeleine Hennequin, maître des requêtes, puis président 1602, et enfin premier président au Parlement de Dijon 16 10, par la démission de son père, mourut en janvier 1627.
$ Alexandre de Faucon, sr de Ris, fils de Claude, sr de Ris, conseiller du roi, premier président au Parlement de Bretagne, et d'Estiennette Huault, fille du sr de Montmagny, maître des requêtes de l'hôtel du roi. D'abord président au grand Conseil, il fut nommé premier président au Parlement de Rouen en remplacement de Claude Groulard; il fut reçu à cet office le S mars 1608 et mourut le 10 février 1628. Il eut pour successeur son frère Charles de Faucon, sr de Frainville.
6 Marc-Antoine d'Escalis, baron de Bras. Son fils, Sextus d'Escalist
louse ', de Bordeaux2, et de Grenoble 5 n'estoient encore arrivez.
Apres lesdits sieurs premiers présidents, sur le mesme banc estoient, MM. les procureurs généraux de Paris 4, Dijon 5, Rouen 6, Provence i , et Bretagne 8, le lieute-
capitaine-lieutenant de la compagnie des gendarmes du maréchal de Vitry, viguier de Marseille i636, premier consul d'Aix, fut père de Henri d'Escalis de Sabran, président au Parlement d'Aix.
7 {de la page précéd.) — Jean de Bourgneuf, sr de Cussé. La terre de Cussé ou Cucé fut érigée en marquisat par lettres patentes de décembre 1643, enregistrées 4 août 1644 en faveur de M. de Bourgneuf, premier président du Parlement de Bretagne.
1 Gilles Mazurier ou plutôt le Mazuyer, mort de la peste à Toulouse le 10 octobre i63i. Dom Vaissette {Histoire générale du Languedoc, t. V, p. 677) dit que, de tous ceux qui furent enlevés par ce fléau, « le plus qualifié fut le premier président le Masuyer, qui eut le courage de se renfermer dans la ville... » Le Mercure françois (t. XVII, 20 partie, p. 21 3) lui rend ce témoignage : « Les Tolozains en ont porté un grand deuil par la perte notable qu'ils ont faite en sa mort. »
2 Marc-Antoine de Gourgues, conseiller, maître des requêtes, président à mortier et enfin premier président du Parlement de Bordeaux. Il avait épousé Marie Séguier, sœur du chancelier, et mourut en 1623.
5 Claude Frère, sr de Crolles, avocat général i5g5, maître des requêtes i6o3, premier président du Parlement de Grenoble 1619, mort 1639.
4 Mathieu Mole, sr de Champlâtreux, né 1584, conseiller 1606, président aux requêtes, procureur général 16 14, premier président du Parlement de Paris ig nov. 1641, garde des sceaux i65i, mort 3 janv. i656. Ses Mémoires, 4 vol. in-8°, ont été publiés, pour la Société de l'Histoire de France, par M. Aimé Champollion-Figeac.
5 Hugues Pkardet, cens iller du roi en ses conseils d'Etat et privé, procureur général au Parlement de Bourgogne, mort 1641. Sa fille Marie épousa Jacques-Auguste de Thou, fils du célèbre historien.
6 François de Brétignières, fils d'un père avocat à Verneuil, puis à Rouen, fut lui-même avocat dans cette dernière ville, procureur
nant civil ', et le prevost des marchands 2 de Paris.
Derrière ce banc il y en avoit un autre estendu sur la mesme longueur, où estoient MM. les premiers présidents de la cour des Aydes de Paris, ? Roiien 4, et quelques autres.
Derrière eux estoient encore quelques seigneurs et gentils-hommes.
Au bas de la salle il y auoit des barrières, et les gardes du Roy, pour empescher la confusion.
En ceste ouverture il se fit deux harangues : celle de sa
syndic des Etats de Normandie, puis procureur général 26 novembre 161 3, en la place de Le Jumel de Lisores. Il mourut le 22 avril i632.
7 (de la page précéd.) — Louis-François de Rabasse, sr de Vergons. « La famille de Rabasse, originaire de Dauphiné, passa dans le Comtat-Venaissin et, de là, à Aix, où elle a donné successivement six procureurs généraux au Parlement de cette ville. (Dict. de la Noblesse, de la Chesnaye-Desbois.)
8 (de la page précéd.) — Charles de Marbeuf, baron de Blaison, etc., procureur général, puis premier président au Parlement de Bretagne, conseiller du roi en ses conseils d'Etat et privé, lieutenant du roi en Bretagne.
1 Henri de Mesmes, chevalier, sr de Roissi et d'Irval, conseiller d'Etat 1608, lieutenant civil i6i3, prévôt des marchands 1618 et 1620, président à mortier 1621, mort i65o.
2 Antoine Bouchet, sr de Bouville, conseiller au Parlement de Paris, fut élu prévôt des marchands en 161 6; il remplaça Robert Miron, sr du Tremblay, et eut pour successeur Henri de Mesmes.
5 Nicolas Chevalier.
4 Jean Dyel, sr des Hameaux, de Beaunay, etc., fils de Nicolas, sr de Miromesnil, avocat du roi au siège d'Arqués, puis lieutenant général du bailli de Caux, et d'une fille de Nicolas Le Conte, sr de Draqueville, président au Parlement de Rouen. Le sr des Hameaux fut reçu avocat le 24 novembre 1 579, devint conseiller en la cour des Aides le 21 juillet i582 et premier président le 6 mai i5gi. Il mourut en mai 1624.
Majesté fut assez courte, mais en paroles toutes royales, sur le contentement et l'espérance qu'il avoit que ceste Assemblée luy donneroit des conseils utiles, et à luy et à son Estât; et finit par un commandement à M. le Chancelier d'exposer plus amplement sa volonté : lequel commença sa harangue par ces mots, Ecce Rex vester cum vultu mansueto etjucundo, etc., passage de l'escriture saincte qu'il accommoda au temps, mais avec un discours si succinct, nerveux, fluide, et net, que l'Assemblée en laquelle estoient les plus grands personnages, et les mieux disants de toute la France, luy donna cette louange, qu'il possedoit le bien-faire, et le bien-dire.
Quant à l'Assemblée particulière des Notables, elle ne commença que cinq jours après ceste ouverture, pendaht lesquels sa Majesté fit dresser Facte suivant, contenant :
i . La nomination de ceux qu'elle vouloit présider en ladite Assemblée.
2. Sa volonté sur les débats survenus entre les chefs des Parlements, et les mandez de la Noblesse pour les séances.