‹ Documents concernant la Normandie, extraits du "Mercure françois", 1605-1644Chapitre 5 sur 15 · TÔ · texte numérisé non relu

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payement de ce qui estoit deu de l'entretenement de la garnison.

La cavallerie qui estoit du costé de la ville ne laissa pas d'estre toute la nuict en garde pour empescher que personne n'entrast dans la ville, mais après que à deux heures de soleil elle fut levée pour repaistre, Vateville avec 200 hommes qui estoient descendus sur la rivière, ayant mis pied à terre, se jetta dans la ville, et aydé des habitans de ladite religion s'en rendit le maistre.

Le comte de S. Paul ayant sommé Boubiers d'effectuer la composition que luy, le ministre et tous les chefs et habitans avoient signée, Boubiers se trouva bien empesché, car d'un costé Vateville luy monstroit ses lettres, et luy disoit qu'il n'avoit manqué à se rendre à jour et heure demandée, et d'autre costé il avoit signé le traicté et donné parole de sortir.

Cependant Vateville s'estant rendu le maistre de Gergeau, ce desordre dura tout le samedy jusques au dimanche trois heures après midy, que les assiégez ayant tenu conseil et considéré qu'ils n'avoient eu le temps de munir la ville de tout ce qui estoit nécessaire pour soustenir un siège, d'ailleurs qu'ils n'avoient pas des gens suffisamment pour deffendre leurs fortifications de dehors, engagez à la composition signée, et le canon sorty d'Orléans, arresterent de tenir la composition, et sortir et remettre la place entre les mains dudit comte de S. Paul. Ce qui fut faict le dimanche vingt-troisiesme jour de may.

Ainsi la garnison de Gergeau avec Vateville et le secours estans sortis, le comte de S. Paul accompagné du mareschal de Vitry ' et de plusieurs autres seigneurs entra

i Nicolas de l'Hospital, marquis puis duc de Vitry, fils de Louis de l'Hospital, marquis de Vitry, et de Françoise de Brichanteau, né en i58i, était capitaine du roi quand il arrêta et tua Concini

dans Gergeau, où il fut receu à l'entrée de la ville par le collège des chanoines, suivy de la justice, des eschevins et habitans catholiques qui luy rendirent actions de grâces de la liberté qu'il leur avoit donnée d'une si longue détention de leur ville par ceux de ladite religion, et le conduisirent en la grande église pour y rendre à Dieu actions de grâces ■

Or comme ledit sieur Prince estoit sur le point de partir, il eut nouvelle comme il estoit entré garnison dans Sancerre, et que quelques uns en fort petit nombre s'estoient saisis du chasteau qui tenoit contre la ville attendant du secours. Cela arriva de la sorte. Gergeau ayant esté mis en l'obeyssance du Roy, Mont-chrestien Vateville (duquel il a esté parlé cy-dessus) en estoit sorty après la redition menant environ 400 hommes bien armez, tant de ceux qui estoient sortis avec luy de Gergeau, que d'autres qui se joignirent à lui par les chemins, avec lesquels il s'approcha de Sancerre et y entra la nuict à la faveur, ou pour le moins, dissimulation des principaux de la religion prétendue de Sancerre, le cadet

en 1617; il reçut en récompense le bâton de maréchal de France. Nommé chevalier des ordres du roi en 1619 et lieutenant général en Brie, il se distingue dans la guerre de 1620 et 1621 contre les protestants, et plus tard à la Rochelle en 1628. Il est nommé gouverneur de Provence, tombe en disgrâce, est enfermé à la Bastille en 1637, en sort après la mort de Richelieu, est nommé duc et pair.et meurt le 28 septembre 1644.

1 Le comte de S. Paul laisse une garnison dans Jargeau, dissipe un rassemblement de protestants au bord de la forêt de Marchenoir, s'assure de Château-Renard, grâce à la connivence des habitants (24 mai). Pendant ce temps le prince de Condé fait désarmer les protestants dans les villes d'Issoudun, Argenton, Châteauroux, la Châtre, Aubigny, Châtillon, et s'apprête à attaquer Sancerre. Montchrétien se jette dans la place pour la secourir.

Briquemault ' estant en Bourgongne qui levoit aussi des gens pour y jetter. Or comme Vatteville y fust entré, il chercha incontinent les moyens de se rendre plus fort que les habitans, et se faire maistre absolu de la place par la faveur de ceux de ladite religion prêt., ce qu'il fit. Il ne se trouvoit plus empesché que du sieur comte de Marans2 qui estoit lors dans Sancerre, lequel il traicta si audacieusement et avec menaces si insolentes, qu'il le contraignit de se résoudre d'en sortir.

Or M. le Prince avoit de longue main pratiqué le capitaine Bronchard, vieil soldat fort entendu et de grand crédit dans Sancerre, mesme il Tavoit fait un des domestiques de sa maison, la principale charge que ledit Bronchard avoit eu de M. le Prince, estoit, que s'il arrivoit brouillerie dans la ville, et que le fils du comte de Sancerre n'y fust point le maistre, ou que par surprise il y survint garnison, il ne manquast point de se saisir du chasteau avec les catholiques qui estoient de son intelligence, et le plus qu'il pourrait de ceux qu'il sçauroit estre fidelles au Roy, et de luy en donner advis incontinent et qu'il seroit à l'heure mesme à son secours : tellement que ce Bronchard ne faillit point; au mesme instant que ledit sieur comte fut contraint de sortir de la ville, luy se jetta dans ledit chasteau avec quelques domestiques dudit

1 Marc de Briquemault, seigneur de Ruère, fils de Jean de Briquemault et de Françoise de Langhac, fit ses premières armes en Hollande sous Châtillon en 16 15, suivit l'assemblée de la Rochelle en 1621, se rendit dans le Gâtinais pour y tenter un soulèvement en 1 655, 'servit dans l'armée des Pays-Bas, fut fait prisonnier en 1607. Depuis lors, on n'a aucune mention de lui.

2 René de Bueil, comte de Marans, fils de Jean de Bueil, comte de Sancerre et de Marans, et d'Anne de Daillon.

3 Jean de Bueil, comte de Sancerre et de Marans, fils de Louis de Bueil et de Jacqueline de la Trémoille, chevalier des ordres du roi en 1619, grand échanson de France, mort en i638.

sieur comte, et quelques habitans au nombre de quarante, où il se deffendit courageusement contre ceux de la ville, quoy qu'il n'eust pas sceu long temps résister pour n'avoir aucunes munitions, peu d'hommes, et que la place n'estoit pas en estât de deffence du costé de la ville; mais il sçavoit le temps de l'arrivée de M. le Prince, qui en eut incontinent advis par ledit Bronchard et par quelques uns de la ville.

Cest accident fîst craindre à M. le Prince qu'il n'y entrast du secours d'hommes et de munitions dedans la ville, que le chasteau ne peut estre forcé par ceux de la ville auparavant que ses troupes y fussent arrivées, ce qui le fist presser son partement, jugeant que le principal secours de ceste affaire ne consistoit qu'en sa diligence accousmmée; et ayant donné ordre à ce que son infanterie se trouvast au pied de Sancerre au jour assigné, il partit du Veurdre1 à deux heures du matin dés le 2§ dudit mois avec soixante chevaux, et commanda à environ trois cens qui restoient de le suivre jour et nuict droit à Pouilly2 à deux lieues de Sancerre, où il arriva ledit jour 28, à dix heures du soir, et lesdits trois cents chevaux le joignirent à deux heures du matin le lendemain audit Pouilly, d'où il partit à l'heure mesme avec ce peu de cavallerie attendant toutes ses troupes tant de Berry que Bourbonnois, avec l'artillerie qui devoit arriver le mesme jour, et vint à Menetriou à un quart de lieuë de Sancerre, où ledit sieur comte de Marans le vint trouver avec environ vingt chevaux, et les deux gentils-hommes que' ledit sieur Prince avoit envoyé porter les susdites lettres du Roy et les siennes, qui eurent pour response, que ceux de la ville estoient bons serviteurs du Roy, et

1 Allier, arrondissement de Moulins, c. de Lurcy-le-Sauvage.

2 Pouilly-sur-Loire, Nièvre, ch. 1. de c. de l'arrondissement de Gosne.

de M. le Prince, prests à toute obeyssance; mais qu'ils n'estoient pas en leur liberté, ny maistres de leur ville pour en disposer ainsi qu'ils desiroient, ny assez puissants pour obeyr, par ce que Vatteville estoit le plus fort; qu'ils prioient M. le Prince d'avoir pitié d'eux, de les délivrer de la servitude où ils estoient, et qu'ils contribuëroient tout ce qu'il leur seroit possible pour le servir.

Apres ceste response, voyant qu'il n'avoit point encores dequoy prendre par force ceste ville, ny dequoy l'investir, il se résolut en attendant, de l'attaquer par industrie et artifice : moyens, lesquels bien souvent conduicts par prudence et courage, principalement au faict de guerre, servent plus utilement et produisent de plus puissants effects que la force des armes; l'exemple en est icy particulier et miraculeux.

M. le Prince s'advisa donc de deux moyens : l'un, de gaigner toute la ville et garnison par belles raisons et persuasions, et avec cela mettre tellement en jalousie et meffiance ceux de la ville et de la garnison les uns avec les autres, et les catholiques avec ceux de la religion prétendue reformée, que se craignans tous ils se defnssent eux-mesmes, et se rendissent à sa volonté. L'autre, que cependant qu'ils seroient ainsi empeschez, il feroit entrer du secours dans le chasteau qui forceroit ceux de la ville à se rendre.

Il envoya donc quérir les eschevins et principaux officiers de la ville pour le venir trouver, et entre eux quelques uns des plus mutins, et quelques uns de ceux avec lesquels il avoit de l'intelligence, et leur dit à tous en gênerai, qu'il avoit du desplaisir qu'une infinité de gens de bien et de bons serviteurs du Roy, souffrissent pour quelques meschants qui avoient vendu leur ville à la garnison; qu'il sçavoit bien qui ils estoient, et que s'ils

continuoient en leur desobeyssance, il les chastieroit rigoureusement, et qu'il ne pardon neroit à personne; qu'ils estoient bien aveuglez de vouloir seuls et sans espérance d'aucun secours, résister à une puissante armée, de laquelle ils seroient le soir mesme investis, et bien misérables de s'estre assujectis à un voleur de Vatteville, qui se feroit en fin leur maistre, et les gourmanderoit sans cesse. Qu'il sçavoit bien qu'ils pouvoient encores y apporter remède, pendant que la puissance de Vatteville n'y estoit point encore ouvertement establie; que s'ils estoient serviteurs du Roy, comme ils disoient, et vouloient reparer la faute qu'ils avoient faite, éviter la perte indubitable de leur vie et biens, et vivre en la liberté ordinaire de leurs consciences, avec ses bonnes grâces, il falloit qu'ils remissent la place entre ses mains, et qu'ils se saisissent de Vatteville; qu'il n'y avoit que ce seul moyen de se sauver; qu'en ce faisant il leur juroit de n'apporter aucun changement en leur ville, biens et liberté de conscience; fit mesmes de secrettes promesses à deux des plus séditieux de Sancerre, et leur accorda qu'il se servirait d'eux, et les feroit officiers de sa maison. Ils s'excusèrent sur l'impossibilité de ceste proposition, et promirent neantmoins qu'ils s'efforceraient de persuader à Vatteville de traicter avec ledit sieur Prince, et qu'ils apporteraient tous les moyens à eux possibles pour faire en sorte que le Roy fust obey.

Cependant il parla particulièrement à l'un de ceux qu'il avoit de long temps practiqué dans la ville, et le chargea de faire sçavoir sous main à Vatteville, que ceux de Sancerre, qui l'estoient venu trouver, voyans qu'ils estoient perdus et ruinez, s'estoient résolus pour se sauver, de jouer d'un mauvais tour à Vatteville, qu'il y prist garde, qu'ils avoient commencé à faire leur composition particulière, qu'ils en vouloient avoir seuls le fruict et la

gloire, et que s'il estoit bien advisé il iroit au devant, et songeroit aussi à traicter pour luy.

Apres cela il les renvoya tous, avec promesse que dans deux heures ils viendroient le retrouver. Pendant lesquelles Vatteville ayant eu crainte de ce qu'on luy avoit faict sçavoir, et voyant que quelques uns des principaux se parloient secrettement, commença à se meffier d'eux et de faire conseil et bande à part avec sa garnison, dequoy ceux de la ville ayans aussi eu crainte, et que ledit Vatteville ne fist quelque folie, commencèrent de mesme à se joindre et assembler en armes, de façon qu'ils estoient tous en mutinerie, mefnance, et crainte les uns des autres.

Pendant ces brouilleries, desquelles M. le Prince estoit adverty, il prit le temps de passer à Sainct Satur ', qui est auprès de Sancerre de l'autre costé de la ville, et à la faveur de son passage, et des divisions par lesquelles il amusoit ceux de la ville, de faire monter cent hommes jusques au haut de la montagne où est le chasteau, d'où ils entrèrent dans ledit chasteau sans perte, par une petite porte qui regarde le dehors du costé de la rivière, où ils ne furent pas plustost entrez qu'ils commencèrent à crier et à tirer sur ceux de la ville; ce qui les estonna fort, et qui fit résoudre en fin Vatteville de croire celuy qui avoit charge secrette de M. le Prince de faire en sorte qu'il l'allast trouver, ce qu'il n'entreprit pourtant que moyennant que le sieur de Moissac entreroit dans la ville pour ostage à ceux de la garnison jusques au retour dudit Vatteville.

Ainsi Vatteville estant arrivé à Sainct Satur, M. le Prince luy dit, qu'il estoit homme de bien, et qu'il n'eust jamais pensé à entreprendre aucune chose dans son gou-

i Saint-Satur est à 3 kilomètres nord-est de Sancerre.

vernement et dans Sancerre, s'il n'y eust esté appelle, et comme contraint par les habitans, qui vouloient neantmoins s'en descharger sur luy; qu'il s'estonnoit qu'estant homme de guerre, comme il estoit, il ne voyoit point la folie qu'il faisoit de luy vouloir résister avec si peu de gens sans aucune espérance de secours, en une ville plaine de divisions, où les catholiques estoient mutinez contre ceux de la religion, et tous ensemble contre luy; qu'il ne pouvoit jamais y estre absolu; que s'il attendoit le canon qui devoit estre en batterie le lendemain au point du jour, il n'y avoit plus espérance de traicter ; que le chasteau estoit entièrement à sa disposition pour le Roy, et y feroit la nuict mesme entrer tant de monde que bon luy semblerait, et de là forcerait aisément la ville, que ceux de la ville traictoient en leur particulier avec luy, et que s'il estoit sage il en feroit autant; que c'estoit dommage qu'un homme comme luy se perdist ainsi mal à propos; en fin il le sceut tellement combattre par belles raisons, et par l'espérance qu'il luy donna que s'il luy vouloit jurer d'estre ridelle au Roy, il se servirait de luy en charge honorable aux levées qu'il faisoit pour aller en Languedoc, avec la persuasion de six sacs de mil francs chacun à luy délivrez comptant, qu'il le vainquit et fit résoudre à sortir luy et sa garnison avec armes et bagages, et moyennant un mois pour se retirer en seureté où bon luy semblerait; il dit à M. le Prince, que ceux de la ville estoient meschans et perfides de l'avoir ainsi trahy après l'avoir appelé à eux, et luy nomma mesme les autheurs.

Tandis que Vatteville estoit auprès de M. le Prince, ceux de la ville en prirent l'alarme, et creurent qu'il estoit allé pour faire sa composition, ce que M. le Prince n'avoit point oublié de leur faire sçavoir, et de crainte que ledit Vateville ne les abandonnast et mist la ville

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entre les mains de M. le Prince, aussi que le secours entré dans ledit chasteau les pressoit, ils vindrent trouver aussi M. le Prince, et après de grandes contestations receurent ceste capitulation :

Qu'ils ne seroient contraints ny molestez en Pexercice de leur religion; qu'ils seroient libres en leur vie biens, et honneur; que pource qu'ils demandoient à n'estre point desarmez, et de n'avoir aucune garnison, en seroit faict selon la volonté du Roy; que trois jours seroient donnez à ceux qui estoient réfugiez en ladite ville, et que tant en l'estenduë des gouvernements de M. le Prince, qu'autres lieux, ils ne seroient aucunement molestez ny cy après recherchez par qui que ce soit de leur retraicte en ladite ville; que tous ceux qui se sont mis avec armes en ladite ville, soit avec Vatteville ou autres, se pourront retirer, soit en troupe, ou en particulier, avec leurs armes, bagages et chevaux, et que six gentilshommes leur seront donnez pour les conduire en lieu de seureté, et pourront pendant ce temps vivre modestement par les champs sans estre recherchez par les prevosts des mareschaux et juges des lieux, et que la mesme liberté sera donnée aux habitans de la ville qui les voudraient suivre; que ceux de l'ancienne garnison se pourront aussi retirer, et particulièrement un nommé du Noier qui a commandé aux soldats de ladite garnison sous l'authorité des eschevins, et pour se retirer auront temps d'un mois, sans qu'il leur soit donné aucun empeschement; que M. le Prince approuvera tout ce qui a esté administré par les habitans de ladite ville, et par ceux qui les ont conseillé tout ce qui s'est passé jusqu'à présent de quelque chose que ce soit, sans qu'il en soit faict mention à l'advenir.

On a escrit que M. le Prince se porta facilement à leur accorder ceste capitulation, estimant très-grande la

gloire d'avoir conquis ceste ville sans perte, en si peu de temps, et craignant que le retardement n'apportast de changement dans les esprits de ceux de dedans, et que se portans à la résistance l'entreprinse se rendist plus difficile et plus longue.

Cette capitulation fut accordée sur les huict heures du soir, toute la journée ayant esté employée à les diviser et amuser en allées et venues, et à l'heure mesme Vatteville en sortit avec sa garnison, et M. le Prince y entra et establit garde suffisante pour la place, et retourna coucher audit S. Satur.

On a remarqué de Vatteville, qu'en sortant et jettant les yeux sur Sancerre il pleura de despit, et dit : Quelle fortune je perds par la meschanceté des traistres de là dedans qui m'ont vendu, et adjousta, que M. le Prince avoit pris Sancerre avec un fantosme, et qu'il s'estonnoit 4omme il estoit venu en l'esprit d'un homme de songer à prendre avec des paroles la plus forte place de France pour ce qui est de la situation.

Le lendemain matin jour de la Pentecoste, M. le Prince entra dans la ville, en laquelle il n'y eut aucune violence ny desordre, ny contravention à la capitulation ; on luy amena un espion qui fut pris la nuict mesme, qui confessa avoir esté envoyé par Madame de Sully ' pour asseurer ceux de la ville que dans trois jours ils auroient secours ; il desarma tous les habitans de Sancerre ne leur laissant que leurs espées, toutes lesquelles armes furent portées dans le chasteau pour estre rendues ausdits habitans après que la ville auroit esté démantelée.

i Rachel de Cochefilet, fille de Jacques, sr de Vaucelas, épousa en i5cj2 Maximilien de Béthune, marquis de Rosny, plus tard duc de Sully, et mourut le 3o décembre i65g.

Sancerre estoit tellement estimé par ceux de la religion prêt. réf. de toute la France, tant pour la bonté de la place que pour le passage quelle commande sur la rivière de Loire, et qu'elle est au milieu de toute la France, qu'ils la reservoient pour estre le lieu où ils vouloient faire le principal establissement de toutes leurs guerres, pour avoir libre et sans aucun empeschement tout le pays depuis Sancerre jusques à Paris d'un costé, et jusques à Poictiers et Limoges de l'autre. Cela a depuis esté asseurè à M. le Prince par personnes de qualité de ceux de ladite religion, mesme qui avoient part dans leurs conseils, et que tous ceux de ladite religion, des provinces de Berry, Poictou, Bourbonnois, Orléans, Touraine, Normandie, Beausse, Champagne et Bourgogne, avoient leur rendez vous pour se trouver en armes audit Sancerre sur la fin de septembre : tellement que la prise de ceste ville a esté la liberté et repos de toutes lesd. provinces.

[Desarmement des protestants en Normandie]1.

Au mesme mois de may ceux de la Religion prêt. réf. furent desarmez aux villes de deçà et sur la rivière de Loire où il y en avoit nombre considérable qui eust peu entreprendre : cela se fit sur le mandement, que les gouverneurs en receurent de sa M.

En Normandie M. de Longueville fit desarmer ceux de Diepe, et de Rouen, M. de Villars ceux du Havre, et le marquis de Mosny ceux de Caën ; en aucunes de ces

! T. VII, pp. 385-3go. — Le désarmement des protestants fut également effectué dans plusieurs places de la Bretagne, entre autres « à Chastillon en Vandelais, où Longchamp, gentilhomme de Normandie, estoit gouverneur. »

villes on le fit plus exactement qu'aux autres. A Caëïi cela passa assez doucement : il y a beaucoup de gens de ceste religion en ceste ville là, ou les troubles de la Ligue leur ont donné l'entrée aux capitaineries et autres charges. Le 23 may le marquis de Mosny ayant envoyé quérir le lieutenant gênerai, les gens du Roy, et les eschevins, leur communiqua le mandement qu'il en avoit receu de sa Majesté, et leur dit qu'il desiroit estre aydé de leurs conseils, sur la voye qu'il faudroit tenir pour faire ce desarmement, afin que cela n'apportast aucune altération au service du Roy, et au repos de la ville. Il fut arresté que l'on manderait la Frenée ' ministre, le sieur de Maizet l'un des capitaines de la ville, et quelques uns des principaux de ceste religion. Venus le marquis de Mosny leur fit entendre la volonté du Roy, le dessein qu'il avoit d'exécuter les commandements, qu'il n'avoit point voulu les surprendre, se promettant d'eux une entière obeyssance, en ce qui regarde les volontez du Roy, et que ce desarmement avoit esté desja faict à Diepe, à Rouen, et au Havre.

Ils demandèrent temps d'en conférer au corps de leur église, qu'ils se doutoient bien qu'ils auroient de la peine à persuader le peuple d'obeyr à ce commandement, parce qu'au milieu des plus grands troubles pour mesme cause l'on estoit point entré jusques à ceste deffiance, neantmoins qu'ils alloient travailler à les disposer à ceste obeyssanee. Il leur fut donné deux heures de temps pour ceste conférence. Au retour ils consentirent de remettre leurs armes entre les mains chacun de leurs capitaines. Le lendemain lesdits de la religion portèrent ou envoyèrent telles armes qu'ils voulurent chacun chez son capitaine

' Jean le Bouvier, sr de la Fresnaye, a desservi l'église de Caen de 1602 à 1627; décédé quartier Froiderue, le 29 octobre 1G27.

qui les faisoit étiqueter et marquer par le sergent de sa compagnie, et le mercredy 26 dudit mois, elles furent toutes portées au chasteau, et furent mises dans l'un des magasins du donjon, dont l'on dressa un inventaire, qui fut signé du marquis de Mosny, et laissé au greffe de la ville. Des l'heure ils furent dispensez d'aller en garde, et chargé aux catholiques de la faire avec toute sorte de soin et de vigilance ...

Ceux de l'Assemblée de la Rochelle avoient sollicité le sieur de Montgommery gouverneur de Pontorson, qui est de ladite religion prêt. réf. pour estre de leur intelligence avec dessein, s'il n'y vouloit entendre, de faire surprendre ceste place frontière de la Normandie vers la Bretagne, et sur le bord de la mer, laquelle le feu roy Henry le grand n'avoit jamaisvoulu estre mise au nombre des villes de seureté. Le Roy ayant eu advis comme ledit sieur de Montgommery n'y avoit voulu entendre sous quelque promesse que ce fust, luy fist dire, qu'il desiroit qu'il print un contentement de son gouvernement afin que sa M. peust garantir d'une surprise ceste place tant importante à ces deux grandes provinces. Ledit sieur de Montgommery ayant pris conseil de ses amys, après avoir receu contentement, remit Pontorson entre les mains d'un gentil-homme catholique auquel sa Majesté en avoit donné le gouvernement ; et ainsi ces deux grandes provinces de Bretagne et Normandie, furent hors de crainte que ceux de ladite religion prêt. réf. y peussent faire aucun soullevement '.

1 L'Assemblée de la Rochelle publia au mois de mai 1620 la Déclaration des Eglises reformées de France et Souveraineté du Bearn, De l'injuste persécution qui leur est faicte par les ennemis de l'Estat et de leur Religion, Et de leur légitime et nécessaire deffènse. V '. Mercure français , t. vu, p. 394-447.

Dans cette déclaration, les reformés se plaignent d'avoir été trou-

Récit de la 3. entreprise de Vatteville Mont-Chrestien '.

Puis que nous sommes retournez en France, voyons les entreprises de Vatteville en Normandie, et sa mort.

Nous avons cy dessus rapporté les deux infortunées entreprises de Vatteville, la i. à Gergeau, f. 368. et la 2. au fol. 383, où pour six sacs de mil francs chacun, que luy donna M. le Prince, il sortit de Sancerre, et des regrets qu'il fit en sa sortie. Or ne pouvant recognoistre par ces deux disgrâces, la grâce que Dieu luy avoit faite de ne s'estre perdu, il changea de province, et non de volonté; il retourne en Normandie, sa patrie, et s'imagine (contre le proverbe commun, que nul n'est prophète en

blés dans l'exercice de leur religion en plusieurs lieux, entre autres au bourg de Condé, en Normandie. Ils se plaignent encore de ce « que l'éducation des enfans estoit ostée aux pères de la religion, pour les instruire en la religion contraire, comme au sieur le Maistre M. des Comptes à Paris, et par arrest de la cour du Parlement de Rouen, en la cause d'un nommé Couvrechef. » V. Mercure françois, t. VII, p. 412-413.

> T. VII, pp. 801-817. — V. sur cette fin tragique d'Antoine de Montchrestien : La deffaicte des trouppes du sieur de Montchrestien, levées en Normandie, contre le service du Roy, sa mort, et tout ce qui s'est passé en la poursuitte et exécution des rebelles, par les gens de M. de Matignon, à Paris, chez Abraham Saugrain, m.dc.xxi. — La mémorable exécution des rebelles à sa Majesté, faictes par arrest du Parlement de Rouen, suivant le commandement du Roy. Ensemble la deffaicte des bandoliers courans la Normandie, par le sieur de Touraille-Turgot, chevalier, et l'un des vingt-quatre gentilshommes ordinaires, près la personne de sadicte Majesté. A Troyes, par Pierre Chevillot, m.dc.xxi. — De ces deux écrits réimprimés par la Société des Bibliophiles normands, le premier, d'ailleurs très court, a été composé par son auteur immédiatement après l'événement et sur des renseignements vagues; le second est plus précis.

son pays) de s'y faire lieutenant de province pour l'Assemblée de la Rochelle, de se faire tout d'or au maniement des deniers royaux, du revenu des biens eeclesiastiques, et des rançons et butins. Il n'estoit pas des plus aisez des biens de ce monde, comme il sera dit cy après, ny tant huguenot et zélé en sa religion, mais grandement ardent à se vouloir faire riche.

Sa troisiesme et dernière entreprise donc fut d'aller à la Rochelle, et y fut au mois de juillet, là où il demeura quinze jours entiers pour communiquer avec ceux de l'Assemblée, et comme il estoit beau parleur, il promet de faire merveilles. On luy fit délivrer cent ou six vingts commissions, avec argent et lettres de change, tant pour lever des régiments de gens de pied, que de compagnies de chevaux légers, es provinces du Maine, de Normandie, et autres circonvoisines : lesquelles commissions estoient datées du neufiesme jour d'aoust 1621, signées Loubie1 président, Hesperien adjoint, Geneté secrétaire, et Rispaut2 secrétaire, avec leur seau de cire rouge, et leur Pro Christo et Rege.

Vatteville estant de retour de la Rochelle sur la fin du

' Loubie, d'une famille protestante du Béarn, sur laquelle on ne possède qu'un petit nombre de renseignements, assista pour le Béarn à l'assemblée de la Rochelle, qui l'élut président le 25 juillet 162 1 ; il mourut en 1628. — Pierre Hesperien, ministre de Sainte- Foy, fils d'un ministre du Béarn, député à l'assemblée politique de Jargeau en 1608, au synode de Vitré en 16 17, à l'assemblée de Loudun en 1619, et en 162 1 à celle de la Rochelle, où à deux reprises il fut nommé vice-président, mort en 1644. — Isaac de Genesté, sr de la Tour, avocat au Parlement de Bordeaux, . député de la Basse-Guyenne aux assemblées politiques de Loudun et de la Rochelle, où à plusieurs reprises il remplit les fonctions de secrétaire.

2 Le 25 juillet 1621, furent élus la Tour et Riffault secrétaires de l'assemblée de la Rochelle, en même temps que Loubie, président, il Hesperien, adjoint. C'est donc Riffault qu'il faut lire.

mois cfaoust, avant que de délivrer lesdites commissions, visite plusieurs gentils-hommes du pays du Maine et de Normandie tant de ladite religion prétendue reformée, qu'autres de leur cabale. Il ne communique son dessein qu'à ceux qu'il cognoist affectionnez au party; et en fin s'estant asseuré de plusieurs capitaines, il leur départ partie des commissions et argent, pour lever promptement et se tenir prests de mettre aux champs au premier commandement qu'ils en auront de la part de ladite Assemblée de la Rochelle, qu'il estimoit leur estre donné sur le commencement du mois d'octobre au plus tard.

Cependant Vatteville assisté de dix à douze des capitaines de ses troupes, qu'il avoit choisis, comme des plus vaillants et expérimentez, continue tousjours à visiter souvent ceux du party en la Basse Normandie, et vers les villes de Caën, Fallaize, Argentan, Allençon, Donfront, Vire et autres villes et bourgs, leur donne le rendez vous au lundi 1 1 octobre près les forests d'Andaine ' et d'Alençon, où il y en avoit desja quelque nombre d'assemblez, qui commencèrent à piller et ravager aux bourgs et villages voisins desdites forests, et avoient desja faict entreprise sur plusieurs maisons fortes, et tasché de surprendre la nuict le chasteau de Carrouge 2, assez fort ; mais ayans esté découverts par une sentinelle, et ne se jugeant pas estre assez pour l'assiéger et prendre de force, ils se retirèrent dans la forest, differans l'exécution de leur dessein jusques au 12 ou i3 octobre, qu'ils esperoient estre de cinq à six mil hommes aux champs.

Le duc de Longueville gouverneur de la province, et M. de Matignon lieutenant gênerai pour le Roy en Normandie, bien advertis des desseins de Vatteville, et

1 Au sud du département de l'Orne et à l'est de Domfront.

2 Orne, ch. 1. de c. de l'arrondissement d'Alençon, à l'est de la forêt d'Andaine.

afin de s'y opposer et les ruiner, se rendirent avec quelques troupes aux villes d'Alençon et de Donfront au commencement du mois d'octobre. Vatteville pour cela continue tousjours ses brigues et factions ; il void ceux de son party ausquels il avoit délivré des commissions, les asseure chacun en particulier qu'il se trouvera pour le moins le nombre de cinq à six mille hommes au rendezvous le lundy 1 1 octobre près les forests d'Andaine et d'Alençon, et qu'estans en ce nombre ils seront assez forts et en estât de se bien deffendre de ceux qui les menaçoient, et que le party se fortifieroit dans peu de temps en telle sorte, qu'ils parviendroient facilement au but de leurs intentions.

Apres que Vatteville eut ainsi faict ses courses et calvacades les quatre, cinq et sixiesme octobre en plusieurs lieux, sans tarder plus d'une heure ou deux en chacune maison de noblesse, en fin il arriva le jeudy 7 octobre environ sur les neuf à dix heures du soir au bourg des Tourailles ', distant de cinq lieues de la ville de Falaize, et autant de celle de Domfront, accompagné seulement de six capitaines de ses troupes, et de son vallet de chambre, armez de carabines et pistolets, montez des coureurs, et logent tous ensemble en une hostellerie dans ledit bourg des Tourailles ; font promptement préparer le soupper, et accommoder leurs chevaux, ettesmoignent par leurs discours et comportements qu'ils ne vouloient pas tarder beaucoup en ce lieu.

L'hoste ayant opinion que c'estoit Vatteville Montchrestien, dont on parloit tant, comme chef des assemblées des gens de guerre qui se faisoient dans les forests, jugea qu'il en devoit donner advis au sieur des Tourailles

1 Orne, c. de la Carneille, arrondissement de Domfort.

Turgot', gentil-homme, qu'il sçavoit estre fort affectionné au service du Roy.

Il courut donc au chasteau des Tourailles, distant d'un quart de lieuë du bourg, et advertit son seigneur des hostes qui estoient venus loger chez luy, et luy dit qu'il croyoit que c'estoit Vatteville et de ses capitaines. Ledit sieur des Tourailles se resoult au mesme temps de servir le Roy en ceste occasion, ou d'y perdre la vie.

Il envoyé incontinent chez deux gentils-hommes ses voisins, les prie de le venir trouver, pour l'assister en une occasion où il y alloit du service du Roy et du salut du pays; mais cependant que luy, deux gentils-hommes qui estoient chez luy, et ses serviteurs domestiques, apprestoient leurs armes pour partir , il arrive par malheur qu'un soldat, sans y penser, lasche un coup de carabine dans la cour dudit chasteau des Tourailles, qui donna subject audit sieur, craignant que le bruit du coup servist d'advertissement à Montchrestien pour desloger, de s'advancer promptement avec ce qu'il avoit de gens, pour aller investir l1hostellerie.

Ayant trouvé encor par bon heur, à la sortie de sa porte, deux gentils-hommes et trois ou quatre soldats qui venoient l'assister, tous ensemble au nombre de vingt allèrent environner rhostellerie, où ils apperceurent de la chandelle dans la chambre en laquelle estoit Vatteville et ses compagnons prests à s'en aller.

Or d'autant que personne ne les avoit pas assez certainement recogneus, ledit sieur des Tourailles envoya premièrement l'huissier de son bourg leur faire commande-

i Claude Turgot, chevalier, sr des Tourailles, gentilhomme ordinaire du roi, fut député pour les nobles du bailliage de Caen aux Etats de Normandie de janvier 1623. Il était neveu de Turgot, sr de Saint-Clair, maître des requêtes, dont il a été question plus haut.

ment de par le Roy de dire chacun leurs noms, et de mettre les armes bas.

Vatteville respondit, qu'il s'appeloit Champeaux; mais ayant entendu du bruit à Tentour de la maison et dans la sale, où estoit le sieur des Tourailles et ceux qui Passistoient, il sort de la chambre avec les sept qui estoient avec luy bien armez, et d'abord tuent au bas de la montée deux gentils-hommes et un soldat de la suite dudit sieur des Tourailles, et en blessèrent quelques uns1. Aumesme temps ledit sieur des Tourailles et ses gens chargent Vatteville, lequel reçoit deux coups de pertuizane sur la teste, et dans le petit ventr#, et un coup de pistolet dans Tespaule, duquel il tomba mort dans la salle ; son valet de chambre estant blessé est arresté ; et les sept autres fort blessez, s'eschapperent à la faveur de la nuict et obscurité, traversant à pied la rivière des Tourailles proche de l'hostellerie. Le lendemain matin ils furent rencontrez par des paysans, fort incommodez de leurs blessures, dont aucuns sont morts, et les autres se sont retirez en des maisons fortes du pais où ils avoient leur retraicte.

Apres ce combat ledit des Tourailles faict prendre les chevaux et équipage de Vatteville et ses compagnons, faict porter les corps morts dans son chasteaix, et y mener le vallet prisonnier, donne les armes, chevaux et tout l'équipage aux soldats et gentils-hommes qui Tavoient assisté en ceste entreprise, fait examiner ledit vallet par le juge du lieu, lequel recognoist que c'est Vatteville son

i « Montchrestien et ses compagnons se défendirent si bien qu'ils tuèrent les trois premiers qui se présentèrent à la porte de sa chambre, entre lesquels estoit un gentilhomme nommé l'Escarde, de cette ville (Caen), fils unique de sa maison, et riche de cinq ou six mille livres de rente, qui fut apporté ici, où il fut inhumé hier au matin. » Lettre de Malherbe, datée de Caen, ce jeudi 140 d'octobre.

maistre qui estoit tué, et descouvre beaucoup de choses importantes au service du Roy.

Si tost que le jour fut venu, ledit sieur des Tourailles envoya un gentilhomme à M. de Matignon en la ville de Donfront, qui en est à cinq lieues, luy escrit et donne advis de ce qui s'estoit passé, en escrit aussi à M. de Longueville, et au Parlement de Rouen, ausquels il envoyé la copie de l'examen du vallet prisonnier; puis depescha un gentil-homme qu'il envoya en poste trouver le Roy au camp devant Montauban, pour luy en donner aussi advis.

Le mesme jour qui estoit le huictiesme dudit mois d'octobre, M. de Matignon envoya*en diligence plusieurs gentils-hommes et ses gardes audit sieur des Tourailles, et luy escrit ceste lettre :

Monsieur, j'envoye M. d'Orbeville ' vers vous sur le subjet dont vous m'avez rescrit, et suis parfaictement aise de l'action que vous avez faicte. Mais j'eusse bien désiré s'il eust esté possible que Vatteville eust esté pris en vie. Il le fera amener en ce lieu, je vous prie le luy mettre entre les mains, et son vallet. Je serois bien ayse de vous voir icy, et vous tesmoigner le contentement que j'ai receu du service que vous avez rendu au Roy en ceste occasion, et vous asseure que je suis, et seray tousjours, vostre très affectionné à vous servir, De Matignon.

Suivant ceste lettre ledit sieur des Tourailles envoyé le cadaver de Montchrestien et son valet blessé à M. de Matignon, qui fist diligemment travailler à leur procez par les juges ordinaires de Domfront ; lesquels par le second examen du valet de Montchrestien, descouvrent que partie des commissions que son maistre avoit appor-

' Le sr d'Orbeville appartenait à la famille Samte-Marie-d'Aigneaux.

tées de l'Assemblée de la Rochelle qui restoit encore à distribuer, estoit chez un nommé des Ventes1, cousin de Vatteville, demeurant à deux lieuè's de Domfront ; lequel des Ventes fut incontinent pris prisonnier par les gens de M. de Matignon, lesquels trouvèrent encore 48 commissions dans une caisse, que le fermier dudit des Ventes avoit cachée dans une carrière.

Lesdites commissions apportées à M. de Matignon à Domfront, il depesche à l'instant un gentil-homme à sa M. pour luy envoyer aucunes desdites commissions et luy escrit ce qui s'estoit passé en ceste affaire.

Le 12 dudit mois d'octobre, les juges et officiers de Domfront rendirent ce jugement contre ledit Vatteville Montchrestien :

Nous disons que ledit Anîhoine Montchrestien, autrement Mauchrestien, est deuëment attaint et convaincu du crime de leze- majesté au premier chef, pour les factions, menées, assemblées et conférences par luy faites avec l'Assemblée de la Rochelle, leurs adhérants et confederez, amas et soullevemens de gens de guerre pour porter les armes contre le service de sa Majesté, et contravention de ses edicts en vertu des commissions desdits rebelles de la Rochelle. Pour punition et réparation dequoy, nous avons ordonné que le corps dudit Mauchrestien sera cejourd'huy trois heures de relevée trainé sur une claye en la place de la Briere près ceste ville, lieu accoustumé à faire les exécutions criminelles, et là sur un eschaffaut ses membres brisez sur un gril en la forme et manière accoustumée, puissondit corps bruslé et réduit en cendre jettée au vent par l'exécuteur des sentences

' Malherbe (lettre du 2 novembre) dit à propos des complices de Montchrétien que « le principal de tous étoit un nommé les Ventes, que l'on dit avoir eu quelque part en ses conseils; les autres étoient gens de peu, et presque tous parents de Montchrestien. »

criminelles. Tous les biens dudit delfunct Mauchrestien acquis et confisquez au Roy.

Ce jugement fut exécuté le mesme jour. Cependant le Parlement de Rouen sur l'advis qu'il avoit receu dudit sieur des Tourailles avoit donné ce suivant arrest:

Sur la remonstrance verbale faite par le procureur gênerai du Roy, qu'il a esté adverty que contre et au préjudice de la déclaration du Roy, defence portée par icelle, et arrests de la cour, aucunes personnes se sont eslevées en armes en ceste province par les moyens d'un surnommé Montchrestien, et autres dont a esté informé par maistre Claude du Rozel ' conseiller du Roy en la cour, mesme par le bailly de la haute justice de la Carneille2, contre ledit Montchrestien, lequel sur le commandement à luy faict par un sergent de mettre les armes bas, et obeyr au Roy, avoit esté tué et son serviteur arresté prisonnier, requérant qu'il soit ordonné que par les juges commissaires il sera procédé à l'instruction et perfection du procez, tant contre le cadaver dudit Montchrestien, que son serviteur, et autres qui se trouveront chargez, et à ceste fin enjoindre à Jacques le Vavasseur ? visbailly de Caen, faire apporter ledit cadaver, et amener ledit serviteur, et aux juges des lieux apporter ou envoyer incontinent et sans delay, au greffe criminel de la cour, les informations, et ce qui a esté par eux faict. Mesmes à

i Claude du Rozel, conseiller- clerc au Parlement de Normandie en 096, doyen du chapitre de Rouen en 1618, mort en i63o.

2 Le Mercure françois a imprimé la Cameille. — Orne, ch. 1. de c. de l'arrondissement de Domfront.

3 Jacques le Vavasseur, sr de Cristot, lieutenant de robe courte du grand-prévôt de Normandie, figure dans un rôle de la revue qui fut passée « en la place de Bihorel-lès-Rouen, le 18 novemhre 1606, de la compagnie du sr du Raullet. » {Cahiers des Etats de Normandie sous le règne de Henri IV, t. II, p. 372.)

Thuissier ayant faict commandement audit Montchrestien de mettre les armes bas, de bailler procez verbal de ce qui a esté par luy faict ; lequel et ses records seront sur ce examinez.

Ladite chambre ayant esgard à la réquisition dudit procureur gênerai, a ordonné et ordonne, que par ledit maistre Claude du Rozel il sera diligemment procédé à la continuation de l'information par luy encommencée, répétition et examen dudit huissier et ses recors, et par luy décrété contre ceux qui se trouveront chargez, et que le cadaver dudit Montcrhestien sera apporté, et son serviteur amené sous bonne et seure garde en la conciergerie du palais, par ledit le Vavasseur; et a enjoint au bailly de la Carneille envoyer au greffe criminel de ladite cour ce qui a esté par luy faict, et les papiers et escritures trouvez en la possession dudit Montcrhestien et ses complices ; et audict huissier ou sergent, bailler son procez verbal pour ce faict, et le tout apporté par devers ladite chambre, estre par les conseillers de la cour qui se trouveront députez, procédé à l'instruction et perfection du procez, tant contre ledit cadaver dudit Montchrestien, que son serviteur, et autres qui se trouveront chargez, ainsi que de raison. Fait en ladite chambre ordonnée au temps de vaccations, le 1 ie jour d'octobre 1621.

M. de Rys premier président au Parlement de Rouen addressant cet arrest audit sieur des Tourailles pour le faire exécuter, luy escrit ceste lettre :

Monsieur, vous avez opéré selon la fidélité et affection que portez au service du Roy, dont vostre lettre du septiesme, et le gentil-homme porteur m'en a amplement faict entendre l'histoire du tout ; j'ay escrit à ceux mesmes ausquels vos lettres s'addressoient pour accompagner ledit gentil-homme. Je vous envoyé l'arrest de la cour, que vous ferez exécuter s'il vous plaist par le sieur de

Cristot ou autre lieutenant du prevost gênerai, et envoyerez avec les prisonniers les commissions et papiers dont eux et les morts se sont trouvez saisis, avec Finformation qui a esté faicte. Vous avez rendu un bon service, et ne doute point que sa Majesté ne Tait tres-agreable. Si je puis vous rendre service, usez de moy, et faites estât que je suis, monsieur, vostre tres-humble et affectionné serviteur. Faucon. A Rouen ce i3 octobre 1621.

Ledit sieur des Tourailles receut Tarrest le 14 dudit mois, et dez le jour précèdent l'on avoit exécuté le jugement donné contre ledit cadaver de Montchrestien réduit en cendre, tellement que Tarrest de la cour fut seulement exécuté pour le regard de son vallet et des sept complices que M. de Matignon avoit faict prendre, lesquels furent conduicts suivant ledit arrest audit Parlement de Rouen par le vis-bailly de Caen et quarante archers.

A Theure mesme que les rebelles qui s'estoient assemblez dans les forests eurent eu advis de la mort dudit Vatteville, et que M. de Matignon assembloit gens pour les courre et prendre, ils quittent les forests et se séparent, qui ça qui là : tellement que ceste conspiration de six mille hommes qui se devoit assembler le 1 1 octobre pour commencer à mettre le feu de la guerre civille dans la Normandie, s'est perdue en la mort seule de Vatteville. Ce qu'ayant esté heureusement exécuté, M. le duc de Longueville s'en retourna à Rouen, et M. de Matignon à S. Lo.

Ce service que ledit sieur des Tourailles a fait au Roy et à sa patrie par la mort de Vatteville, a esté beaucoup loué, et les deux gentils-hommes qui l'accompagnoient sçavoir les sieurs de Mesnil Auvray, et de S. Marie, avec un bon soldat nommé Geston, lesquels ont esté tous trois tuez par Vatteville et ses gens, furent grandement regrettez pour estre personnes de valeur. Comme ceste

nouvelle fut agréable au Roy, ceste lettre qu'il rescrivit au sieur des Tourailles le justifie :

Monsieur des Tourailles, ayant esté adverty par mon cousin le duc de Longueville de ce qui s'est passé en la mort d'un nommé Vatteville, et du service que vous m'avez rendu en ceste occasion, je vous ay voulu escrire ceste lettre pour vous mander que je vous sçay gré de l'affection que vous y avez fait paroistre pour le bien de mon service, et comme je m'asseure que mettrez peine de descouvrir ce qui est de la suitte de cest affaire pour m'en advenir, et que vous continuerez apporter ce qui dépendra de vous pour vous y opposer, aussi devez vous croire que je vous feray volontiers ressentir les effets de ma bonne volonté envers vous quand l'occasion s'en présentera : priant Dieu qu'il vous ayt, Monsieur des Tourailles en sa saincte garde. Escrit au camp devant Montauban le vingtdeuxiesme jour d'octobre 1621. Signé Loitys, et plus bas, De Lomenie.

Voici ce que l'on a imprimé de la vie de ce Vatteville, qui a paru avoir eu du courage sans effect es provinces de Sologne et Berry, pour s'estre voulu opposer aux armes du premier prince du sang, et de M. le comte de S. Paul, et pensé mettre en un grand trouble toute la Normandie; car par la déposition de son vallet, il avoit des intelligences pour prendre en un mesme temps Donfront et Pontorson; l'exécution de celle-cy se devoit faire par Desportes Coulant, et Domfront, par le Mesnil. Cerisi luy estoit asseuré, avec les chasteaux de plusieurs seigneurs de Normandie. En un mois il avoit visité toutes les noblesses qu'il avoit sceu avoir envie de remuer, et conféré avec eux de l'entreprinse, laquelle tous les plus qualifiez du party avoient approuvée, et luy en deferoient en ce commencement par un grand artifice la conduite, afin de mieux faire leurs affaires puis après si l'entre-

prinse reussissoit. Aussi ils le recognoissoient homme d'esprit, persuasif, remuant, et de diligence, mais ils doutoient tousjours qu'il ne fust capable d'en venir à bout.

Anthoine Mauchrestien (et non pas Mont-Chrestien), estoit fils de l'apoticaire Mauchrestien de Falaise,, lequel y estoit venu demeurer jeune, sans que l'on ayt jamais sçeu de quel pays il estoit, ny qui estoit son père ny sa mère, comme il se justifie par l'acte de tutelle dudit Antoine Mauchrestien ; car après le decez de son père, le procureur du Roy à Fallaize fit assigner les voisins pour eslire un tuteur audit Anthoine fils; et faute de toute autre alliance, le sieur de Sainct André Bernier, comme proche voisin, fut condamné en justice d'en prendre la tutelle, en laquelle, pour le peu de biens qu'il y avoit, il ne fit aucune formalité ny inventaire.

Anthoine estant grandelet et d'un esprit vif, il fut pris pour suivre au collège et servir les sieurs de Tournebu, et des Essars frères; il estudie, il s'adonne à la poésie françoise, et fait bien des vers; devenu aagé de 20 ans, il apprend avec ses maistres à tirer des armes, à monter à cheval, et en hantant les nobles il faict le noble, le vaillant, le hardy, et l'homme de querelle pour se porter sur le pré, et se faict appeler Vatteville, mais de terre ny fief de Vatteville, non dicitur tit. défendis.

Ayant fait querelle contre le baron de Gouville, en un rencontre que ce baron accompagné d'un sien beaufrere et d'un soldat eut avec luy, il met la main à l'espée, se deffend, mais ces trois contre un le laissèrent pour mort. De ce rencontre ayant fait plainte, l'affaire cousta audit baron et à son beaufrere plus de douze mil livres, dont il s'empluma, et commença à faire l'homme de moyens.

Estant devenu chicaneur, il attaqua son tuteur, luy

demanda compte, et le plaida tellement qu'il fut contrainct d'accorder avec luy et luy donner mille livres.

Il fut depuis fort blasmé d'avoir esté le soliciteur du procez qu'une damoiselle de bonne maison avoit contre son mary qui estoit gentil-homme riche, mais imbecille de corps et d'esprit; et avoit pensé essuyer ce blasme en Tespousant clandestinement après le decez de son mary; mais ce mariage luy fut debatu après la mort de ceste femme.

Il a esté un des bons poètes tragiques de son temps ; il fit imprimer plusieurs tragédies ' qu'il avoit composées, lesquelles furent bien receuës : entr'autres ildesdia l'Ecossoise au Roy de la Grande Bretagne, ce qui luy sauva la vie; car s'estant trouvé en un rencontre accusé d'avoir tué le fils du sieur de Grichy moynnes près Bayeux, en feignant de luy demander la vie, il s'en alla en Angleterre, crainte d'estre pendu, jusques à ce que sa M. de la grande Bretagne obtint du feu roy Henry 4 sa grâce.

Revenu en France, après avoir escumé plusieurs sortes de professions, (car il estoit d'une humeur tres-inconstante et légère,) il fit imprimer son discours ceconomique. A ses heures de loisir il a aussi traduict les Pseaumes de David en rithme; et ceux qui les ont veus, tiennent qu'il les a heureusement traduicts, et qu'il disoit ne vouloir les faire imprimer qu'avec approbation de la Sorbonne. Il a aussi travaillé sur l'histoire de Normandie, et faict plusieurs autres œuvres qui le rendoient louable.

S'estant retiré vers la forest d'Orléans, et puis à Chastillon sur Loire, il travailla à faire de l'acier et à en faire faire des lancettes, couteaux, canivets, et autres instruments qu'il venoit vendre à Paris ; et pource se logea en

1 V. pour la bibliographie des œuvres de Montchrétien : M. E. Frère, Manuel du bibliographe normand, t. II, p. 320, et M. A. Joly, Antoine de Montchrétien, etc., p. i3i.

la rue de la Harpe chez un taillandier, ei demeura quelques années en cest estât grandement soupçonné de faire de la faulse monnoye.

Il se mit depuis àcaballer parmy les églises des huguenots des provinces d'Orléans, Berry et Gastinois, et eut entrée à leur cabale à la recommandation d'un ministre normand.

Il y a deux ans qu'il voulut faire un embarquement suivant ses inconstances ordinaires, et en eut un procez à Rouen contre le sieur de Pont Pierre ' pour un navire.

Mais sur ces entrefaictes les mouvements qui tiennent encore le Roy en la campagne commencèrent; et luy se disposa à faire les meschancetez qu'il a pensé ourdir tant es duchez d'Orléans et Berry, qu'en celuy de Normandie, où il a faict une fin misérable et tragique, les cendres de son corps ayant esté jettées au vent 2.

[Le roi promet la démolition des fortifications de Quillebeuf t.]

Les députez de Rouen estans venuz en cour pour requérir de sa M. le razement du fort de Quillebeuf, il

' M. E. Gosselin (Documents... pour servir à l histoire de la marine normande, etc., Rouen, 1876) mentionne, p. 167, un voyage entrepris aux Amazones, en 1 584, par le capitaine Pontpierre, avec Jacques de Vaulx, cosmographe et pilote.

2 V. en regard de ce jugement défavorable à Montchrétien, les conclusions si mesurées et si sensées de M. A. Joly, ouvrage précité.

5 T. VII, p. 942. — L'insuccès du siège de Montauban (août-novembre 162 1), entrepris par le duc de Luynes, fournit matière à livrets où l'on attaquait le favori du roi. Entre autres griefs, on lui reprochait d'avoir fait travailler tous les jours six cents hommes à Quillebeuf, pendant qu'au siège de Montauban les soldats mouraient de faim et que beaucoup d'entre eux avaient été contraints d'aban-

les prévint d'une bonté toute royale : « Jesçay bien ce que vous me voulez dire, vous me voulez demander le razement de Quillebeuf. Je vous dis que j'ay résolu de faire abbattre non pas seulement les fortifications de Quillebeuf, mais de toutes les petites places qui se trouveront en mon royaume n'estre frontières. » Tellement qu'au lieu de supplication, lesditz députez commencèrent leur harangue par des remerciemens de sa bonté, et la finirent par des vceus et prières de prospérité.

Articles accorde^ entre le tres-chrestien Roy de France et de Navarre, et le serenissime Roy de la grand"- Bretagne, pour le commerce des François et Anglois traficquants es pays de leur obeyssance. Confirme^ à Fontainebleau le 14 avril 16 23 '.

Henry par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut : Comme nous avons cy-devant commis et député nos amez et féaux conseillers en nostre Conseil d'Estat, les sieurs de Maisse2 et de Boissize, pourtraicter, conférer, et résoudre avec le sieur Thomas Parry chevalier, nagueres

donner l'armée faute de paye. (V. Mercure françois, t. VIT, p. Après la mort du duc de Luynes, arrivée le 14 décembre 1621, le roi ordonna de raser les fortifications de Quillebeuf.

1 Ce traité, inséré dans le t. IX du Mercure, avec pagination spéciale, se trouve aussi dans Frédéric Léonard, t. V, p. 3, pour le traité, et p. 2 5 pour la confirmation, et dans le Corps universel diplomatique du droit des gens, de J. du Mont, t. V, 2e partie, pp. 6 1-63 pour le traité et pp. 430-431 pour la confirmation.

2 André Huraut, sr de Maisse et de Belesbat, fils de Nicolas Huraut, sr de Boistaillé, et d'Anne Maillard, ambassadeur à Venise sous Henri III et Henri IV, mort en 1607.

ambassadeur prés de nous de la part de nostre très-cher et tres-amé bon frère, cousin et ancien allié le Roy de la grand'Bretagne, du moyen de continuer et augmenter de plus en plus la bonne amitié et intelligence qui est entre nous, et procurer le bien et commodité de nos royaumes, mesmement en ce qui concerne le trafic et commerce entre nos communs subjects ; et soit ainsi que suivant les pouvoirs et commissions qui ont esté respectivement données par nous et nostre dit bon frère et cousin, lesquelles seront insérées en la fin des présentes, nosdits commissaires de part et d'autre ayent conclu et arresté entr'eux soubs nos bons plaisirs le traicté et articles, desquels la teneur ensuit.

Au nom de Dieu tout-puissant, soit notoire à un chacun, comme ainsi soit que Henri II II par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre, tres-chrestien, et Jacques par la mesme grâce de Dieu Roy de la grand1- Bretagne et d'Irlande, desirans de continuer et augmenter de plus en plus la bonne amitié et intelligence qui est entre leurs Majestez, et procurer le bien et commodité de leurs royaumes, mesmement en ce qui concerne le trafic et commerce d'entre leurs subjects, afin qu'ils puissent en toute seureté et liberté traficquer les uns avec les autres, et pour remédier à toutes les difficultez qui se rencontrent maintenant, et peuvent naistre à l'advenir au trafic et commerce qui se fait entre leurs royaumes, eussent commis et député, c'est à sçavoir le Roy tres-chrestien, nous André Huraut sieur de Maisse et de Bellebat, et Jean de Thumery sieur de Boissize, conseillers de sa Majesté tres-chrestienne en ses Conseils d'Estat et privé, ses commissaires et procureurs, avec commission et pouvoir suffisant pour cet effet, signé de sa propre main, et seellé de son grand sceau : et ledit sieur Roy de la grand1- Bretagne eust aussi commis et député, nous Thomas

Parry, chevalier, ambassadeur de sa Majesté de la grand1- Bretagne prés de sa Majesté tres-chrestienne, son procureur et commissaire, suffisamment authorisé et garny de charge et pouvoir, ainsi qu'il apparoistra par la teneur de nosdits pouvoirs et commissions à nous respectivement données par lesdits Roy tres-chrestien , et de la grand'Bretagne, qui seront insérées de mot à mot à la fin des présentes, nous avons convenu et traicté au nom des susdits Roys les capitulations, pactions et articles qui ensuivent soubs les bons plaisirs et vouloirs de leurs Majestez.

1. Premièrement, a esté convenu et accordé, qu'en nul des articles contenus au présent traicté, il ne sera aucunement réputé que l'on se soit departy des précédents traictés, mais qu'ils demeureront en leur première force et vertu, sinon en ce qui est dérogé par ce présent traicté.

2. Aussi a esté convenu et accordé, pour confirmer et accroistre de plus en plus la bonne amitié et intelligence qui est entre sa Majesté tres-chrestienne et sa Majesté de la grand'Bretagne, qu'il sera mandé par toutes les provinces, villes, ports, et havres des royaumes, de bien et favorablement traicter les subjects de l'un et l'autre prince, et les laisser traffiquer en toute seureté et liberté les uns avec les autres, sans les molester, ny permettre qu'ils soient indeuè'ment travaillez ny molestez, pour quelque cause et occasion que ce soit, contre les loix et constitutions des lieux où ils se trouveront : et sera enjoint aux officiers de part et d'autre, de tenir la main à l'exécution de ce que dessus, à peine de respondre en leur propre et privez noms des dépens, dommages, et interests des parties où ils se trouveront avoir faict le contraire.

3. Aussi a esté convenu et accordé, que toutes daces et impositions qui se lèvent maintenant sur les subjets, marchandises, et denrées de l'un et l'autre royaume, au

— içp —

profit desdites deux Majestez, et par leurs fermiers et commis, continueront d'estre levez, comme ils se font à présent, et ce par manière de provision, en attendant que Ton les puisse oster, ou modérer : ce qui se fera au plustost que le bien des affaires de Tun et Tautre prince le pourront porter. Et afin qu'un chacun de part et d'autre soit certain des daces et impositions qu'ils devroient payer, en sera dressé pancharte en l'un et en l'autre royaume, qui sera mise et attachée es lieux publics, tant de la ville de Rouen, et autres villes de France, que de la ville de Londres et autres, pour y avoir recours quand besoin sera.

4. Pour le regard des levées et impositions qui se lèvent au profit de certaines villes particulières de l'un et l'autre royaume, a été advisé, que les maires et eschevins des villes de Rouen, Caen, Bordeaux, et autres, rapporteront au premier jour au Conseil de sa Majesté les lettres en vertu desquelles ils font et continuent lesdites levées, pour icelles veuës, estre cassées et abolies, si les lettres en vertu desquelles elles ont esté faictes se trouvent mal ordonnées, leur faisant cependant inhibitions et deffences, à peine de la vie et du quadruple, de lever plus que ce qui est porté par lesdites lettres, ny excéder les conditions portées par icelles; et le semblable sera faict par les maires et eschevins de Londres, et autres dudit royaume de la grand'Bretagne.

5. A esté aussi accordé, que les marchands françois trafiquants en Angleterre ne seront contrains bailler autre caution de leur vente et emploite de leur marchandise, entr'autres, que leur caution juratoire, ny d'obtenir aucunes prolongations, ny descharges, ny faire aucuns frais et despens pour ce regard.

6. Plus, a esté accordé et convenu, que les navires françois pourront aller librement jusques au quay de la

ville de Londres, et autres ports et havres de la grand'- Bret. et y estans, pourront charger et fretter avec les mesmes libertez et franchises dont les navires anglois jouissent en France, sans qu'il leur soit donné de part ny d'autre aucun empeschement avant ny après le frettement, ny contrains de descharger leurs vaisseaux en autres, et en tou.es autres choses la liberté et esgalité du commerce sera gardée, et observée le plus que faire se pourra.

7. Et parce qu'il est impossible de pourvoir aux plaintes particulières, et mesmes sur la qualité des marchandises et denrées qui se transportent de l'un et en l'autre royaume, et des fautes et abus qui s'y commettent, a esté accordé, que pour mieux et promptement y pourvoir, en la ville de Rouen seront nommez par sa Majesté treschrestienne deux notables marchands françois, gens de bien, et expérimentez, lesquels avec deux marchands anglois de pareille qualité, qui seront aussi nommez par l'ambassadeur de la grand'Bretagne, résident près sa Majesté tres-chrestienne, recevront les plaintes desdits marchands anglois, et vuideront tous différents qui pourront intervenir sur le faict dudit trafic et commerce en ladite ville de Rouen, et havres de ladite province; comme aussi sa Majesté de la gr. Bret. nommera en la ville de Londres deux notables marchands anglois, lesquels pareillement avec deux marchands françois qui seront nommez par l'ambassadeur de France, résident près sa Majesté de la G. B. feront le semb'able, et pourvoiront promptement à toutes les peintes qui pourraient survenir pour le fait dudit trafic et commerce; et où ils ne se pourront accorder, les dessusdits quatre marchands conviendront d'un cinquième françois, si c'est à Rouen, et d'un anglois, si c'est à Londres. En sorte que le jugement passé par la pluralité de voix sera suivy et exécuté ;

et pour cet effet, leur seront de part et d'autre baillées des commissions et pouvoirs nécessaires; et au cas qu'il survienne quelque notable difficulté, qui meritast d'estre entendue par l'un et l'autre prince, lesdits marchands ainsi députez de part et d'autre, en donneront respectivement advis au Conseil de l'un et l'autre prince, pour y estre pourveu sans aucune dilation.

8. Le semblable establissement sera faict et observé es villes de Bordeaux et Caën , comme aussi es villes dudit royaume de la grand'Bretagne et royaume d'Irlande, pour par ceux qui seront nommez et députez estre pourveu aux plaintes et difficultez qui peuvent survenir sur le règlement dudit commerce et trafic en la mesme forme que dessus.

g. Et pour mieux pourvoir au soulagement desdits marchands de part et d'autre, a esté advisé, que lesdits marchands tant françois que anglois, lesquels seront appelez doresnavant conservateurs du commerce, seront nommez et députez d'an en an, et feront serment devant le prieur et consuls, tant de la ville de Rouen et autres villes du royaume de France où ils seront establis, qu'en la ville de Londres, et autres où besoin sera, de bien et fidellement s'acquitter de ladite charge, et seront tenus pendant ledit temps d'y travailler selon les occasions gratuittement, sans exiger aucunes choses des uns et des autres subjets, si ce n'est pour les actes par escrit que les parties voudront lever, dont par eux en sera fait taxe raisonnable.

10. Que tous les salaires excessifs et autres profits et menus droicts, que prennent les officiers des lieux sur lesdits marchands de Pun et l'autre royaume, les gardes et contre-gardes, les chargeurs, deschargeurs, amballeurs, porteurs, et généralement tous autres seront reiglez et modérez par lesdits conservateurs, et en sera fait par eux

une taxe raisonnable, qui sera envoyée au Conseil de l'un et l'autre prince, pour y estre veuë et arrestée, et puis publiée et attachée par les carrefours et places publiques des lieux, afin qu'un chacun de part et d'autre soit certain et asseuré de ce qu'il en devra payer.

11. Les conservateurs s'informeront aussi particulièrement des franchises et privilèges que prétendent aucunes villes et bourgeois d'icelles de l'un et l'autre royaume, de la commodité et incommodité d'iceux, et en donneront advis à l1un et à l'autre prince, pour y estre réglez et modérez selon les anciennes usances des lieux, ainsi qu'il sera advisé au Conseil desdits princes.

12. Sera la charge desdits conservateurs de prendre garde aux poids et mesures en chacune ville de l'un et l'autre royaume, afin qu'il n'y ait fraude, ny abus, de part ny d'autre; et pour le regard des marchandises, reigleront celles qu'ils jugeront estre sujettes à Visitation ou non.

i3. Et d'autant que la principale plaincte faicte par l'ambassadeur de la grand'Bretagne, et par les marchands anglois est contre un arrest donné au Conseil de sa Majesté tres-chrestienne, le 21e jour d'avril 1600, portant règlement sur le fait de la drapperie qui se transporte par les marchands anglois au royaume de France, et principalement es provinces de Normandie, Bretagne et Guyenne, sa Majesté tres-chrestienne voulant de plus en plus contenter le Roy de la grand'Bretagne son bon frère, sur l'instance qui luy a esté faicte par plusieurs fois de la part de son ambassadeur, désirant aussi faciliter le commerce de ladite drapperie, sans toutesfois apporter incommodité au public, sadite Majesté tres-chrestienne a revocqué et revocqué ledit arrest, et a deschargé et descharge pour l'advenir lesdits marchands anglois de la confiscation portée, tant par iceluy, que par tous autres arrests et or-

donnances faicts pour raison de ladite drapperie, et leur a permis et permet de remporter en Angleterre les draps vicieux et mal façonnez. Et d'autant que lesdits marchands anglois sur la dispute qui pourroit intervenir sur la qualité de ladite drapperie, pourroient estre travaillez, et leurs draps retenus et saisis avec perte de temps et dommage, il a esté accordé et convenu, que lesdits conservateurs du commerce députez comme dessus, au cas que la plainte en vienne jusques à eux, jugeront lesquels desdits draps seront bons et marchands, selon leur prix et valeur, pour estre vendus et débitez, ou ceux qui devront estre renvoyez en Angleterre comme estant vicieux, et s'en rapportera sa Majesté à leur conscience et loyauté, ayant pour agréable ce que par eux en scia ordonné; n'entendant toutesfois que pour lesdits draps vicieux qui seront ainsi rapportez en Angleterre, il soit payé aucune chose pour le droict de sortie.

14. Aussi a esté accordé et convenu, que la liberté du commerce sera entretenue comme elle est à présent de part et d'autre, tant des marchandises manufacturées que non manufacturées, selon le présent traicté, et les précédents, et ne pourront de part et d'autre estre faictes aucunes deffenses d'en trafiquer, et si aucunes ont esté faictes, seront revocquées; excepté toutes fois les marchandises qui sont de contrebande, et dont le transport a esté de tout temps, et est encore prohibé et deffendu par les lois de l'un et de l'autre royaume, dont sera baillé estât de part et d'autre.

i5. Item, a esté accordé, qu'au cas qu'il se trouve aucun vaisseau venant d'Angleterre en France, ou de France en Angleterre chargé de plus grande quantité de marchandise que celle pour laquelle il aura payé et acquitté les droits deus à l'un et à l'autre prince, ladite quantité non acquittée sera seulement saisie et confisquée, et non

le surplus desdites marchandises, s'il ne se trouve parmy des marchandises de contrebande prohibées et deffenduës en l'un et l'autre royaume, auquel cas les ordonnances de l'un et l'autre prince seront observées.

16. Aussi a été accordé, que les habitans des isles de Zerzay et Guernezay pourront librement et seurement passer et traficquer dans le royaume de France, et jouyront de pareils privilèges dont les François jouyssent esdites isles, en payant toutefois par les uns et les autres les droits appartenans à l'un et à l'autre prince.

1 7. Sera rendu aux subjects de sa Majesté de la grand1 Bretagne en leurs causes et procès prompte et briefve justice, et mandé es officiers des ports et havres de Normandie, Bretagne et de la Guyenne, de les traicter favorablement; et où il y auroit quelque affaire d'importance, sa Majesté tres-chrestienne enjoint son Conseil d'en prendre la cognoissance, ou leur pourvoir de juges non suspects. Comme aussi le semblable sera faict par le Roy de la grand'Bretagne aux subjets de sa Majesté tres-chretienne se trouvans en Angleterre et y demandans justice.

18. Les subjets de sa Majesté tres-chrestienne entrans aux ports de mer dudit pays d'Angleterre, ne payeront cyapres le droit de cocquet plus que les naturalisez Anglois.

19. Les subjets de sa Majesté tres-chrestienne et ceux de sa Majesté de la grand'Bretagne qui seront par tourmente, fortune de mer, ou contrainte de guerre, contraints jetter l'ancre dans aucuns ports et havres de l'un et l'autre royaume, ne seront tenus de payer aucun droict, ny pour l'entrée, ny pour la sortie de leurs marchandises, à la charge toutes fois que le maistre du navire ou marchand facteur, seront tenus le mesme jour ou le lendemain de leur arrivée faire recognoistre aux officiers de la justice de l'un et l'autre royaume, appelé le commis du fermier, la vérité et l'occasion de leur entrée audit havre, et mesmes

exhiber leur charte partie, si besoin est, à la charge aussi de sortir au premier temps convenable; et si pendant le séjour ils sont contraints de vendre leur marchandise, ou partie d'icelle par nécessité, ou autrement, ils seront tenus d'en payer les droits pour la quantité qu'ils en auront vendu, et pour le surplus, pourront le transporter comme dessus.

20. Et voulant sa Majesté tres-chrestienne faire cognoistre de plus en plus l'estime qu'elle fait de l'amitié du Roy de la grand'Br. son bon frère, et le désir qu'elle a de bien et favorablement traicter ses subjets traficquants et demeurans en France, et aussi en faveur du commerce et trafic, encor que le droict d'aubeine soit un des plus anciens privilèges de son royaume, neantmoins sadite Majesté tres-chrestienne a permis et permet aux marchands anglois, leurs facteurs et tous autres subjets du roy de la grand'Bretagne, de disposer à leur volonté, soit contre vifs, ou pour cause de mort, de toutes leurs marchandises, argent, monnoye, debtes, et tous biens meubles qu'ils auroient es pays de l'obeyssance de sa Majesté tres-chrestienne, et qu'après leur mort, soit qu'ils ayent testé ou non, leurs héritiers leur puissent succéder, selon les lois d'Angleterre, tellement que par droict d'aubeine leurs biens ne puissent estre confisquez à l'advenir.

2 1 . Semblablement a esté accordé aussi, que les François disposeroient à leur volonté de leurs biens qu'ils auront en Angleterre, Escosse et Irlande, et autres pays de l'obeyssance du Roy de la grand'Bretagne, soit par mort ou autrement, et qu'après leur mort, soit qu'ils ayent testé ou non, leurs héritiers instituez ou légitimes leur succcederont selon les lois de France, pourveu toutes fois que les testamens et prochaines successions, tant des subjets du Roy de France, que du Roy de la grand'Bretagne soient légitimement prouvées, ou en France, ou en Angle-

terre, sçavoir au pays des deux princes où ils seront décédez.

22. Et en attendant que justice se face des pirateries et déprédations prétendues avoir esté faictes de part et d'autre par les subjets de l'un et l'autre royaume, à quoy faire sera pourveu le plus promptemsnt que faire se pourra, a esté conclu, que toutes les lettres de marque et de represaille, qui ont esté cy-devant expédiées par l'un et l'autre prince, seront surcises, sans quelles se puissent exécuter de part ny d'autre, jusques à tant qu'autrement en ait esté advisé par le Conseil de l'un et l'autre prince, et que pour l'advenir ne seront expédiées aucunes lettres de marque et de represaille, que premièrement l'ambassadeur résident prez de l'un et Tautre des princes ne soit adverty, et qu'elles n'ayent esté veuës et délibérées au Conseil de l'un et l'autre prince, seellées de leurs grands seaux, et que toutes les solennitez en tels cas requises n'y ayent esté gardées et observées.

23. Pour la fin, a esté conclu et accordé, que le présent traicté sera ferme et stable, et entretenu tant et si longuement, que l'alliance et mutuelle amitié et intelligence durera entre lesdits Roys, et leurs successeurs, et que ce traicté aura le sens et intelligence que la force et propriété des paroles représente, et ne recevra aucune interprétation qui puisse changer ou empescher en façon quelconque la force, forme, et effect des paroles claires et simples, exprimées par ce traicté; mais que toute subtile recherche et invention rejettée, qui a accoutumé de subvertir la sincère et concorde intention des contractans, que ce qui a esté accordé et géré par ce traicté sera aussi entièrement et sincèrement gardé, entretenu, et observé.

24. Lesquels articles cy-dessus contenus, et chacun d'iceux ont esté traictez, passez, et accordez entre nous susdits députez, en vertu de nos pouvoirs et commissions

le tout soubs le bon plaisir et vouloir de leurs dites Majestez. Et nous députez du Roy tres-chrestien, avons promis et promettons que sa M. tres-chrestienne ratifiera, approuvera, et authorisera tous et chacuns les articles contenus au présent traicté par lettres patentes, signées de sa main, et seellées de son grand seau, qui seront vérifiées ou besoin sera. Lettres de ratification en forme suffisante et valable, ledit Roy tres-chrestien fera bailler et délivrer dans trois mois du jour et datte des présentes à l'ambassadeur de sa Majesté de la grand'Bretagne résident prés sa Majesté tres-chrestienne qui sera garny de suffisant pouvoir pour les recevoir.

Et semblablement, nous susdit ambassadeur et député du Roy de la grand'Bretagne, avons promis et promettons que tout ce que par ces articles ledit Roy tres-chrestien est tenu de faire et accomplir, ledit Roy de la grand'Bretagne fera et accomplira le mesme, et ratifiera et approuvera le présent traicté dans le mesme tems, et en la mesme forme et manière que dessus, si leursdites Majestez Pont pour agréable.

En foy et tesmoignage de chacune lesquelles choses, nous commissaires députez, avons soubs-signé de nos mains le présent traicté, et iceluy muny et confirmé par l'apposition de nos seaux. Faict à Paris le 24e jour de février, 1606. Signé Hurault, de Thumery, et Parry, avec un cachet des armes de chacun desdits sieurs.

Sçavoir faisons, que nous desirans ambrasser de bonne foy tous les moyens d'entretenir et accroistre la bonne et sincère amitié et correspondance qui est entre nous et nostredit frère, et n'obmettre aucune chose qui puisse servir à faciliter ledit commerce, avons le contenu audit traicté cy-dessus escriten tous sespoincts et articles aggreé, ratifié et approuvé, aggreons, ratifions, et approuvons par ces présentes, promettant en foy et parole de Roy de

l'entretenir et observer inviolablement, sans jamais aller, venir, directement ou indirectement, au contraire. En témoignage dequoy, nous avons à ces présentes signées de notre main, faict mettre et apposer notre seel. Donné à Fontainebleau le 26e jour de may, l'an de grâce 1606. Et de nostre règne le 17e.

Signé Henry. Par le Roy estant en son Conseil, De Neufville.

Confirmation du Roy Louys XIII

Louys par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre, à nos amés et féaux conseillers les gens tenans nos cours de Parlements de Bordeaux, Rouen et Rennes, salut : Le feu Roy Henn-le-Grand, nostre tres-honoré seigneur et père, pour continuer et augmenter de plus en plus la bonne amitié et intelligence qui estoit entre luy et notre très-cher et tres-amé bon frère, cousin et ancien allié, le Roy de la grand'Bretagne, et procurer le bien et commodité de nos royaumes, mesmement en ce qui concerne le traffic et commerce de nos communs subjets, auroit traicté avec nostredit frère le vingt-sixiesme de may, mil six cents six. Ce que desirans pareillement entretenir, et accroistre la bonne et sincère amitié et correspondance qui est entre nous et nostredit frère, et nVomettre aucune chose qui puisse servir à faciliter ledit commerce, nous avons ledit traicté cy attaché soubs nostre conire-seel, entant que le besoin est ou seroit, ratifié, aggreé, et approuvé, ratifions, aggreons, et approuvons par ces présentes, par lesquelles vous mandons, et à chacun de vous enjoignons, qu'ayez à iceluy émologuer, registrer, et faire exécuter et entretenir par tous nos subjectsde poincten poinct selon la forme et teneur, sans qu'il en soit innové aucune chose, car tel est nostre plaisir. Donné à Fontainebleau le 14e jour

d'avril, Tan de grâce, 1623. Et de nostre règne le trciziesme. Signé, Louis. Par le Roy, Brulart'.

[La peste à Rouen]2

Durant cet esté, la peste fut fort à Rouen, en plusieurs villes de la Picardie et à Paris, ce qui fut cause que le Roy et la cour passèrent Testé et l'automne à S. Germain et aux belles maisons de Plsle de France.

Histoire véritable d'un estrange accident advenu à A lencon en V exécution à mort de deux faux monnoieurs, Vun catholique et Vautre de religion protestante 5.

Voicy le récit d1un accident arrivé à Alençon, véritable, et qui peut passer pour espèce de miracle.

Le neufiesme jour d'octobre de la présente année 1623, deux hommes ayans esté condamnez en la ville d'Alençon à estre pendus et estranglez par sentence du prevost, pour avoir esté atteints et convaincus d'avoir fait de la fausse monnoye, l'un d'iceux estant catholique, qui se nommoit Thomas Chappelaine dit les Fontaines, maçon, delapar-

1 Les hostilités qui eurent lieu entre la France et l'Angleterre lors de la guerre contre les protestants, en 1627 et 1628, eurent pour résultat de suspendre les effets de ce traité de commerce. Le traité de Suze, conclu le 24 avril 1629, entre les deux pays, pour le rétablissement du commerce, ramena l'état de choses antérieur à la guerre. Ce traité mentionne la restitution de deux vaisseaux anglais placés dans le port de Dieppe.

2 T. IX, p. 673.

3 T. X, ie partie, pp. 19-21

roisse des Sept-Freres, après avoir bien et deuè'ment confessé ses péchez, et receu l'absolution d'iceux, fut exécuté le premier, et mourut à l'ordinaire, laissant en mourant à un chacun des signes tres-evidens de son salut, pour la grande repentance qu'il fist paroistre en ceste action, advoûant avec un sensible regret son crime, et en demandant du profond de son cœur pardon à Dieu, au Roy, et à la justice. L'autre criminel qui estoit de la religion prétendue reformée, nommé Michel Thomas dit Houssaye, de la parroisse Sainct Pierre du Regard, vicomte de Vire, ayant esté conduit au supplice par un ministre, et encouragé de supporter courageusement la mort dont son forfait l'avoit bien rendu digne, enquis juridiquement de la vérité du faict, ne voulut jamais rien advoûer, tenant tousjours ferme dans le desadveu de son crime, tellement que sans rien confesser il fut jette de dessus l'échelle par l'exécuteur; mais au mesme instant (chose de tout admirable et inouye) sans que les cordes fussent tant soit peu rompues ou froissées, on veit sa teste se séparer de son corps, et comme couppée avec un rasoir, tomber d'un costé, et le corps de l'autre, la langue mesme demeurant attachée au corps; dequoy tous les assistans demeurèrent fort estonnez. Aussi celuy qui a faict imprimer le récit de cet accident dit, que tous ceux qui sçauront quelque chose de la composition et œconomie du corps humain, verront facilement que cet accident n'estoit point naturel mais qu'il venoit de plus haut, c'est à sçavoir, de Dieu, lequel très-juste, et encore plus miséricordieux envers ses créatures, avoit voulu permettre ce signe et prodige, pour esmouvoir les desvoyez à la poursuitte et juste inquisition de leur salut, et leur apprendre qu'il ne falloit pas attendre au dernier poinct de sa vie à se recognoistre, où le plus souvent il ne faict pas la grâce aux pécheurs de se convertir ; mais tandis que nous sommes libres et jouyssants de

ses faveurs, que Ton se doit amoureusement retourner vers luy, afin de recevoir les doux fruicts de sa miséricorde.

Aussi ceux qui veirent ce corps qui fut mis au gibet d'Alençon, auquel la langue tenoit séparée de la teste, en feirent diverses conjectures, pour les paroles qu'il avoit dites contre la croyance de l'église catholique, tant sur l'invocation de la Vierge, à ceux qui Tadmonestoient de la reclamer à Theure de la mort, que sur ce qu'il mourut sans avoir voulu confesser par sa langue le péché dont il n'estoit que trop convaincu.

Arrest du Conseil privé du Roy, portant défenses aux eschevins et habitans de Pontoise de donner r administration de leur collège aux pères jésuites '.

Les eschevins et habitans de Pontoise ayant dés Tan 1604 obtenu lettres patentes du Roy, pour fonder et doter en leur ville une maison de probation ou noviciat de jésuites, et depuis, sçavoir en l'an 16 14, le feu cardinal de Joyeuse, qui avoit par engagement le domaine de Pontoise, ayant aussi obtenu permission du Roy d'y fonder et doter une maison de jésuites, l'exécution ne s'en estant peu faire pour quelques considérations, en fin l'an 1621, lesdits eschevins et habitans eurent nouvelles lettres patentes, pour donner le gouvernement et l'administration du collège de Pontoise aux pères jésuites, avec clauses que la cognoissance des oppositions ou appellations qui s'en feraient, estoit réservée au Conseil. Cela fit resveiller le recteur de l'université de Paris, qui obtint commission du Conseil pour estre reçeu opposant à Pes-

' T. X, ire partie, pp. 403-406.

tablissement de ce collège qui seroit trop proche de ceste grande université, sur laquelle opposition intervint Tarrest suivant au commencement de ceste année :

Entre les eschevins, bourgeois et habitans de la ville de Pontoise, demandeurs en exécution des lettres patentes de sa Majesté des 21 mars et 18 septembre 1621, et en requeste verbale du 27 juillet dernier, d'une part, et les recteur, doyens, procureurs et supposts de l'université de Paris, défendeurs et opposans d'autre; et entre lesdits recteur, doyens, procureurs et supposts, demandeurs en requeste verbale dudit jour 27 juillet dernier, d'une part, et lesdits eschevins et habitans de Pontoise, défendeurs d'autre, et les prevost des marchands et eschevins de la ville de Paris intervenans ; veu par le Roy en son Conseil lesdites lettres patentes du mois de mars 1621, parlésquelles sa Majesté auroit permis ausdits habitans de Pontoise de donner et laisser le gouvernement et administration de leur collège aux pères jésuites, avec tous les biens et revenus qui en dépendent, à la charge d'instruire et enseigner la jeunesse tant en la pieté que bonnes lettres et sciences, le tout neantmoins sous les charges et conditions expresses portées par l'edict du mois de septembre 16 14 et aux charges et conditions mentionnées par lesdites lettres; celles dudit 18 septembre audit an 1621 obtenues par lesdits habitans pour l'exécution desdites premières lettres, nonobstant oppositions ou appellations quelconques, dont la. cognoissance auroit esté réservée au Conseil; appoinctemenc à communiquer, escrire et produire dudit jour 27 juillet, contenant la requeste verbale desdits habitans de Pontoise, à ce que retenant et jugeant la cause au Conseil, lesdits recteur et supposts fussent déboutez de l'opposition par eux formée ù l'exécution desdites lettres , et celle desdits recteurs et supposts, à ce que conformément à leurs privilèges, les

parties fussent renvoyées au Parlement de Paris, pour procéder sur ladite opposition; escritures et productions desdits eschevins et habitans de Pontoise, et desdits recteur et supposts de l'université; requeste d'intervention dudit prevost des marchands et eschevins du quatriesme décembre dernier, qu'ils avoient employé pour toutes escriiu es et p oductions ; autres lettres patentes addressantes audit parlement, portant permission ausdits habitans de Pontoise, de fonder et doter une maison de probation ou noviciat des jésuites en ladite ville, du mois de février 1604 ; autres lettres patentes du mois de septembre 16 14 obtenues par le feu sieur de Joyeuse., portant permission de fonder et doter une maison de jésuites en ladite ville de Pontoise ; commission obtenue par lesdits recteurs et supposts audit Parlement du 4 may dernier, pour estre receus opposans à l'establissement du nouveau collège, que lesdits habitans pretendoient faire en ladite ville de Pontoise, avec l'esploit de signification et assignation audit Parlement du 8 dudit mois ; extraict des privilèges de ladite université, avec les lettres patentes et arrests de confirmation d'iceux; ensemble autres arrests de renvoy de leurs différends audit Parlement, en conséquence desdits privilèges ; sentences, actes et procédures faites par devant le baillif de Senlis ou son lieutenant à Pontoise, sur le règlement et administration dudit collège, et tout ce que par lesdites parties a esté mis et produit par devers le sieur de Ryantz conseiller du Roy en ses Conseils, et maistre des requestes ordinaires de son hostel commissaire député, ouy son rapport, tout considéré, le Roy estant en son Conseil a évoqué à soy et à sa personne le procès et différend des parties, et y faisant droict, a débouté lesdits habitans de Pontoise de l'entérinement desdites lettres des 21 mars et 18 septembre 1621, les-

quelles en tant que besoin seroit, sa Majesté a révoquées et révoque, avec derfenses de s'en ayder, et sans despens. Fait au Conseil privé du Roy tenu à Paris, sa Majesté y estant, le 1 3e jour de février. De Lomenie.

Ainsi l'establissement d'un collège de pères jésuites à Pontoise fut jugé oestre pas nécessaire, et qu'il importerait grandement à l'université de Paris, puisque les jésuites mesmes y avoient trois maisons, un collège en l'université, la maison professe de S. Louys dans la ville, et leur noviciat aux fauxbourgs S. Germain '.

i En décembre 1622, les jésuites avaient obtenu pour leur collège de Tournon le privilège que possédaient les universités de pouvoir donner les degrés de maîtrise, le doctorat et la nomination des gradués. Les universités de Valence, Toulouse et Cahors formèrent opposition, et la première fit appel à toutes les universités de France. L'université de Caen intervint, ainsi que l'atteste là mention suivante (t. X. p. 455) : « Autre requeste d'intervention des recteur, doyens et supposts de l'université de Caen, receus parties intervenantes le 22 dudit mois de juin dernier (1624).» Un arrêt du Conseil privé (t. XI, p. 110) du 27 mars 1626 déclara les recteur, doyens et supposts de l'université de Caen reçus parties intervenantes ; l'affaire fut renvoyée au Parlement de Toulouse qui donna gain de cause aux universités et défendit aux jésuites de donner des grades. — Le tome X du Mercure françois contient encore, p. 703, des Lettres patentes de commission du Roy portant l'establissement de juges ordonne^ pour tenir la chambre de justice et leur pouvoir, avec les noms d'iceux, datées de S. Germain-en-Laye, 24 octobre 1624. Parmi les commissaires figure « Bouchart conseiller en nostre cour de Parlement de Rouen. » — Lanfranc Bouchart, vicomte de Blosseville, fils d'Alexandre Bouchart et de Rachel Dumoucel, fut reçu conseiller au Parlement de Normandie le 17 janvier 1629, et épousa en i633 Louise de Bretignières, fille de François de Bretignières, procureur général au même Parlement.

Mort du sieur de Breauté '

En Tan 1600, le sieur de Breauté2 gentilhomme françois, estant avec la compagnie de cavalerie en garnison dans Gertruydemberge ', eut une querelle avec le lieutenant 4 de Grobendonc?, gouverneur de Bosleduc6, pour terminer laquelle ils en vinrent en un combat de vingt contre vingt, auquel, bien que Breauté eut d'abord tué ledit lieutenant de Grobendonc son ennemy, toutes fois les siens ayans pris la fuite, il fut prins prisonnier avec un sien cousin parles soldats de Grobendonc, et menez à Bosleduc, où Grobendonc ayant entendu la nouvelle de la mort de son lieutenant les fit tuer de sang froid. Dequoy le sieur de Breauté son fils 1 se voulant ressentir en ce

1 T. X, pp. 793-694.

2 Pierre, sire de Breauté, châtelain de Néville, etc., fils d'Adrien (II) sire de Breauté, etc., et de Suzanne de Monchi, né i58o, mestre-decamp et capitaine général du régiment de Normandie, tué 5 février 1600. — V. M. R. d'Estaintot, V Anniversaire de Messire Adrian de Breauté, etc., introduction, pp. xliii-xlvi (Publication de la Société des Bibliophiles normands), et M. L. de Duranville, Pierre de Breauté dans le Précis de l'Académie de Rouen, 1 880-1 881, pp. 228-250.

? Dans le Brabant septentrional (Hollande), sur le Biesboch.

4 Breauté avait adressé son cartel non pas au lieutenant de Grosbendonck, Liberbiken, mais à Grosbendonck lui-même, qui se fit remplacer par son lieutenant.

5 Le comte de Grosbendonck descendait d'Erasme Schetz, qui fonda à Anvers, au commencement du xvic siècle, une importante maison de commerce et acquit en \b^S la terre de Grosbendonck, que Charles-Quint érigea en comté.

6 Bois-le-Duc, chef-lieu du Brabant septentrional.

7 Adrien-Pierre, sire de Breauté, etc., fils de Pierre et de Charlotte de Harlay, premier écuyer de Marie de Médicis, né 8 janv. i5g9, tué à Bréda 5 oct. 1624.

siège de Breda ' contre le fils de Grobendonc qui estoit en l'armée de Spinola, ils dressèrent leur partie pour venir en une escarmouche de pareil nombre, en laquelle le sort des armes tomba sur Breauté, qui y fut tué; ce qui a fait escrire à quelques-uns, que c'estoit un malheur à ceux de ceste maison de finir leurs vies par mains espagnoles ou espagnolisées.

[Députés du Clergé de Normandie à V Assemblée générale du clergé de France] 2

Sur la fin du mois (mai) l'Assemblée générale du Clergé, pour leurs comptes des décimes, se tint aux Augustins à Paris, en laquelle il y avoit plus de députez qu'en aucune autre qui se soit cy-devant tenue pour ce sujet ; voicy leurs noms, suivant Tordre des provinces ecclésiastiques.

De la province de Rouen

François de Harlay, archevesque de Rouen, primat de Normandie.

François Pericard, evesque d'Avranches.

Jacques d'Angennes, evesque de Bayeux.

Louys de Brutel ', sieur d'Auberbescq, haut-doyen et

1 Place forte du Brabant septentrional.

2 T. XI, ire partie, pp. 63 1-632.

? Louis de Bretel, sr d'Auberbosc, fils de Louis de Bretel, sr de Lanquetot et de Gremonville, conseiller au grand Conseil et président au Parlement de Normandie, et de Françoise le Roux, fille de Claude le Roux, sr du Bourgtheroulde. Louis de Bretel fut conseillerclerc au Parlement de Normandie en 1609, abbé de Sainte-Marie t/Aulnay et de Saint- Victor, haut doyen du chapitre de Rouen en 1624, archevêque d'Aix en i63o, et mourut 26 mars 1644.

chanoine de Roiien, abbé de Nostre-Dame d'Aulnay, et de Sainct-Victor.

François Aubert ', conseiller clerc au Parlement de Normandie.

Robert de Boulanc 2, prieur du Parc, et premier aumosnier ordinaire delà royne mère du Roy.

De Breteville, chancelier et officiai de l'archevesché et diocèse de Rouen, et agent nouveau.

[ Demandes relatives à la Normandie extraites du] Cahier général de ceux de la Religion prétendue reformée, présenté à Fontainebleau au mois de juillet 1625 J.

Sire, les députez généraux de vos tres-humbles subjets faisant profession de la religion vous demandent en toute humilitépour tous vos subjets, le moyen de pouvoir en servant votre Majesté, servir Dieu librement et seurement suivant vosedicts de pacification, et pour cet effect ordonner.

Premièrement, que l'exercice de ladite religion sera

restably ez villes et lieux de Quillebeuf, Pontorson4

et généralement où il estoit en Tannée 1620, et

' François Auber, sr de la Haye, conseiller en 16 17, mort en 1681.

2 Parmi les députés aux Etats de Normandie d'oct. i6o3, on trouve « Mc Robert Boullenc, presbtre, prieur du Parc et chanoine de l'église cathderale N. D. d'Evreux, député pour l'église du bailliage dudit Evreux ». Aux Etats de nov. 1608, dont il est nommé président, il est désigné comme archidiacre de l'église cathédrale d'Evreux. V. M. Ch. de Beaurepaire, Cahiers des Etats de Normandie sous le règne de Henri IV, etc., t. II, pp. 23o, 23 1, 3 18, 3 19, 320.

? T. XI, ne partie, pp. 862-863 et 864.

4 Aprls la démolition des fortifications de la ville et du château de de Pontorson, Louis XIII avait confirmé les privilèges des habitants par des lettres patentes datées de Saint-Germain-en-Laye, oct. 1 623 ; mais il avait interdit de rétablir le prêche dans cette ville.

autres lieux où il devoit estre par Tedict de Nantes, avec pouvoir de rebastir leurs temples.

L'intention de sa Majesté a tousjours esté que l'exercice de la religion prétendue reformée fust estably aux lieux où il estoit estably suivant Vedict de Nantes avant Vannée mil six cents vingt, lors que la guerre a esté commencée en ladite année, ayant sa Majesté cydevant député des commissaires tant catholiques, que de ladite religion prêt, reformée par les provinces de son royaume pour pourveoir audit restablissement. Veut sa Majesté que les ordonnances par elle données sur ce suject soient mises en exécution. Et où il seroit intervenu partage entre eux qu'il seroit vuidé en son Conseil suivant la teneur desdits edicts. Quand aux lieux où lesdits commissaires n'ont point esté, sera addressé commission à des officiers des lieux qui seront choisis par sa Majesté, catholiques et de la religion prétendue reformée, pour y pourvoir le plus promptement et favorablement qu'il se pourra, entendant sadite Majesté qu'après le jugement qui aura esté donné par lesdits commissaires, V exécution s'en face par provision attendant le jugement de l'appel s'il y en eschet.

III. Suivant le 5e article dudit edict de Nantes et premier des articles secrets, que les ministres de ladite religion puissent vivre et demeurer en toutes les villes et lieux de vostre royaume, et que ceux qui en ont esté chassez seront restablis nommément à Honneur, au Havre de Grâce, et Argenton.

Sa Majesté veut que le 5e des articles de Vedict de Nantes, et le premier des secrets, soit exactement gardé et observé en faveur des suppliants et des ministres de leur religion. Et s'il est arrivé quelques contraventions en aucuns endroits particuliers, lors que sa Majesté

sera informée des causes en son Conseil, elle y fera pourvoir suivant les edicts.

Querelle du colonel d'Ornano avec le marquis de la Lande, pour le gouvernement de Chaste au-G aillar dx .

A la fin de l'année 1625, le mardy des festes de Noël, Mre François de Bigars, sieur et marquis de la Londe2 en Normandie, fit appeler en duel par le sieur d'Angerville qui le secondoit, le colonel Mre Jean Baptiste d'Ornano, à raison du tort qu'il lui faisoit de lui retenir injustement le gouvernement de Chasteau-Gaillard, dont il avoit traicté, composé et baillé recompense. Sur le bruit de cet appel, et que le colonel avoit pris son second frère 5 pour le seconder, Monsieur frère du Roy parut tout aussi tost avec la plupart des princes et seigneurs delà cour (attendu que ledit sieur d'Ornano estoit son gouverneur, voire Vaymoit affectionnément, et avec passion) et alla en personne trouver le Roy pour lui demander justice contre le

' T. XII, ire partie, pp. 428-430.

2 François de Bigars, marquis de la Londe, fils d'Antoine de Bigars, sr de la Londe, qui avait été nommé bailli de Rouen, le 10 novembre i5go, après la mort du comte de Carrouges, et qui fut ensuite « lieutenant au gouvernement des bailliages de Rouen, Evreux et Gisors en l'absence de monseigneur l'admirai. » (V. M. le vie. R. d'Estaintot, La Ligue en Normandie, p. 276.) François de Bigars épousa Renée de Médavy, qui mourut après lui, le 23 mars 1645. Leur fille Catherine fut mariée à Nicolas le Cordier, sr du Tronc, président en la chambre des Comptes de Rouen, qui reçut ainsi le marquisat de la Londe.

3 Le colonel d'Ornano eut trois frères : Henri-François-Alphonse, sr de Mazargues, premier écuyer du duc d'Orléans; Pierre, abbé de Sainte-Croix de Bordeaux, puis mestre-de-camp du régiment du duc d'Orléans; Joseph-Charles, abbé de Montmajour-les-Arles, puis maître de la garde-robe du duc d'Orléans.

marquis de la Londe qui avoit fait appeller son gouverneur; ce qu'il continua cinq jours durant. Monsieur fut aussi au mesme temps voir la Royne sa mère, à laquelle il dit : Madame, je vous supplie avoir esgard à la treshumble prière que je vous fais pour le colonel d'Ornano, et ne vous porter et favoriser en aucune façon le marquis de la Londe; son feu père a esté du tout contraire au deffunct Roy mon père du temps de la Ligue et fit révolter la ville de Rouen, et la plus grande partie de la Normandie. A quoy la Royne mère sagement et prudemment respondit : Mon fis, s'il falloit hayr tous ceux qui ont esté de ce party, il faudroit hayr toute la France, laquelle sembloit se porter à des passions et affections qui ne sont nullement à propos de renouveler veu qu'à présent elle est bien unie et du tout au service du Roy. Apres cela le Roy print la parole, et dit, qu'il vouloit que ceste querelle se terminast avec toute sorte de douceur, et amitié. Surquoy MM. les mareschaux de France lors en cour, à l'ouverture que leur en fit le mareschal d'Aubeterre1 par le commandement du Roy, Taccord et la réunion se fit entre les deux contendans, et ce à la grande salle du Louvre.

Apres cela Monsieur frère du Roy ne laissa pas de continuer ses prières et supplications au Roy pour donner audit sieur colonel d'Ornano un office de mareschal de France2, afin qu'il fust exempt de se battre en duel ; à

i François d'Esparbez de Lussan, baron de la Serre, fils de Jean- Paul d'Esparbez, sr de Lussan, et de Catherine-Bernarde de Montaigu, dame de la Serre, devint vicorrte d'Aubeterre par son mariage 12 août 1 5g7, avec HippDlyte Bouchard, fille unique de David Bouchart, vicomte d'Aubeterre, mort en i5g3, et de Renée de Bourdeille. Il fut créé maréchal de France en 1620 et mourut en janvier

2 D'Ornano avait été créé maréchal le 7 avril 1626; dans la nuit du 4 au 5 mai, il fut arrêté et enfermé à Vincennes, où il mourut la

quoy sa Majesté se laissa aller, et dés le lendemain il créa mareschal de France ledit sieur d'Ornano. Ce fut donc au marquis de la Londe d'obtempérer et obeyr au susdit accord (lequel sans ceste dignité de mareschal n'eut sçeu estre de durée) comme il fit fort sagement, à la volonté du Roy son souverain; ce qui ne se peut interpréter qu'à sa gloire et à son honneur.

Mort du marquis de Maulny [gouverneur de Caen\; ses estats et gouvernements à qui donnés '.

Le marquis de Maulny, capitaine des gardes, premier escuyer de la royne régnante, gouverneur de la ville et chasteau de Caën, estant decedé, le Roy donna son gouvernement de Caën au comte de Tresmes2, l'un des capitaines des gardes, son estât de premier escuyer au sieur

même année. Voici ce que renferme le Mercure, t. XII, p. 177, au sujet de la remise des places qu'il tenait entre les mains du roi : « Ledit sieur mareschal d'Ornano estoit gouverneur sur le Rosne des villes de Pont-Saint-Esprit, Tarascon et Saint-André; et sur la Seine, du Pont-de-1'Arche et de Honneur. Le Roy désirant estre asseuré de ces places, luy fit rescrire à ses lieutenans qu'ils eussent à les rendre entre les mains de ceux que sa Majesté y envoyeroit : il leur rescrivit de le faire ; et mesmes aux capitaines des chasteaux qui appartenoient à sa femme, comme comtesse de Montlor, leur mandant de les rendre aussi à ceux que le Roy y envoyeroit pour y commander. »

' T. XII, ir» partie, pp. 435-436.

2 René Potier, comte de Tresmes, baron de Gesvres, fils de Louis Potier, sr de Gesvres, secrétaire d'Etat et de Charlotte Baillet, capitaine aux gardes du roi, lieutenant général au gouvernement de Champagne, chevalier des ordres du roi 16 19, créé duc de Tresmes, 1648, mort ier février 1670.

du Hallier1, aussi capitaine des gardes : ainsi les estatset gouvernements qu'il possedoit seul furent donnez à deux desdits capitaines des gardes.

Le sieur du Hallier, capitaine des gardes arreste Montpeinson et l'envoie à la Bastille par Fouquerolles 2.

Je vous diray aussi que le. . . du mois de may, Monsieur de Hallier capitaine des gardes et de service, a arresté le sieur de Montpeinson? gentil-homme normand, et Pa fait mener à la Bastille par le sieur de Fouquerolles,

1 François de l'Hospital, sr du Hallier, comte de Rosnay, etc., fils de Louis de l'Hospital, sr de Vitry, et de Françoise de Brichanteau, né en 1 583. D'abord abbé de Sainte-Geneviève de Paris, choisi même par Henri IV pour être évêque de Meaux, il renonça à la vie ecclésiastique, entra aux gendarmes de la garde, assista, lors de l'arrestation et du meurtre du maréchal d'Ancre, son frère aîné Vitry qui lui céda sa charge de capitaine des gardes, fut nommé maréchal des France et gouverneur de Brie et Champagne, puis de Paris en 1643 ; c'est alors qu'il quitta le nom de du Hallier sous lequel il était connu, pour celui de maréchal de l'Hospital. Il mourut le 20 avril 1660. Il s'était distingué pendant la guerre de Trente ans et particulièrement à Rocroy, où il était lieutenant général du duc d'Anguien.

2 T. XIII, 2e partie, p. 3y3. — Ceci est donné par l'auteur du Mercure comme extrait d'une lettre familière d'un gentilhomme français à un sien ami.

5 Les mémoires du cardinal de Richelieu parlent à deux reprises de Montpinson. A propos du projet formé par Travail d'assassiner le duc de Luynes, qu'il accusait d'avoir mal reconnu ses services, on lit (1. VIII, p. 434) : « Comme il vit son esprit assuré et hors du soupçon de l'offense qu'il avoit reçue, il fait provision d'un cheval qu'il recouvre par l'entremise de Bréauté et de Montpinçon. » Plus loin, les Mémoires constatent (1. XVII, p. 66) que « Montpinçon avoit donné avis à l'abbé de Foix qu'il y avoit deux hommes qui cherchoient l'occasion d'attenter contre la personne du cardinal. »

enseigne d'une compagnie des gardes du corps. Cest

tout ce que j'en ai pu apprendre.

Ordre et diligence [en Normandie] du cardinal de Richelieu pour le secours de la citadelle S. Martin de RéK

Suivant donc les commandements du Roy, ledit sieur Cardinal fit diligence d'envoyer dans tous les lieux nécessaires, pour tirer et assembler tout ce qui seroit de besoin au secours de la citadelle.

Premièrement il envoya au Havre de Grâce et à Diepe commissions et argent, pour faire armer les vaisseaux qui s'y trouveroient, conformément à Testât qui en fut résolu au Conseil

Sur la fin du mois de juillet et durant le mois d'aoust on ne voyoit que courriers par la campagne, et diverses personnes envoyées par ledit sieur cardinal, sur les costes de la mer, et autres lieux, d'où on pouvoit avoir des secours pour Tisle de Ré.

L'evesque de Mande 2 fut envoyé au Havre de Grâce avec argent pour faire partir les vaisseaux, et fournir tout ce qu'il conviendroit pour les vivres. Peu de temps après fut depesché un courier pour faire partir sur le champ les vaisseaux, et se rendre à Brest ou à Morbihan?, et autre

■ T. XIV, 1" partie, pp. 3, 7-8, 34-35, 37-38, 42.

1 Daniel de la Mothe-Houdancourt, fils de Philippe de la Mothe- Houdancourt et de Louise-Charles du Plessis-Piquet, évêque de Mende, grand aumônier de Henriette-Marie de France, mort 5 mars

5 Petit port de mer sur le golfe de même nom, près de la ville de Vannes.

courier aussi-tost pour chercher le canon en toutes les places non frontières, pour armer les vaisseaux qui estoient demeurez à Dieps non armez.

Le douziesme septembre Pabbé de Marsillac ' fit partir un vaisseau de 70 tonneaux, nommé le Poste, conduit par Beaulieu 2 de Normandie, avec une barque et une chate chargez de toutes sortes de vivres, munitions de guerre, médicaments, souliers, bas et chemises; le vaisseau alla jusques à la portée du mousquet prés la citadelle, et toutefois il alla relascher en la rivière de Maran ? ; la barque et la chate furent prises par les Anglois, les capitaines blessez et prisonniers, et presque tous les matelots tuez.

1 Sylvestre de Cruzy, abbé de Marsillac, était attaché en qualité de maître de chambre au cardinal de Richelieu qui l'avait en grande estime. « Il travaille, dit-il {Mémoires, 1. XVIII, p. 352), avec une affection incroyable à ce qui lui est commandé. » Richelieu le récompensa de son zèle en le nommant évêque de Mende après la mort de Daniel de la Mothe-Houdancourt.

2 Augustin de Beaulieu, né à Rouen, alla en i5i2, avec le chevalier de Briqueville, fonder une colonie sur la rivière de Gambie ; il échoua dans cette entreprise, ayant perdu presque tous ses hommes. En 161 6, Beaulie-u commande un navire pour la compagnie de commerce des Indes orientales; en 16 19, il est général de la flotte de cette compagnie. Richelieu l'emploie en 1627-1628, comme on le voit dans le Mercure, au siège de la Rochelle. Envoyé plus tard sur la Sainte-Geneviève aux îles de Lérirs, avec l'armée du comte d'Harcourt, il meurt à Toulon en septembre 1637, à l'âge de quarante-huit ans. (V. Mémoires du voyage aux Indes orientales du général Beaulieu, dressés par lui-même, p. 128, dans Relations de divers voyages curieux, etc., par Thouvenot, Paris, i683, in-fa.)

5 La Sèvre-Niortaise qui, après avoir passé à Marans (Charente- Inférieure), finit dans l'anse de l'Aiguillon.

Auparavant le départ de sa Majesté ' (ayans repris ses forces et sa première santé) elle se résolut de donner Tordre nécessaire pour la conservation delà Picardie et des costes de Normandie. Pour la Picardie le duc d'Elbeuf gouverneur d'icelle s'y achemina par commandement du Roy et se rendit à Bologne pour empescher quelque descente que les Anglois y voudroient faire. Pareil devoir fait-on à Diepe et au Havre de Grâce, où Ton envoya quelques regimens pour la seureté de la province; et le duc de Longueville se rendit aussi à Diepe, pour oster l'envie aux Anglois de venir fureter nos ports et nos vaisseaux.

Et pour la Bretagne le mareschal de Themines2 gouverneur de cette province, fit (suivant l'ordre à lui envoyé) .... un voyage sur la coste; laquelle par luy remarquée, il entreprit de secourir le fort Sainct Martin, et à cet effet outre les troupes qu'il avoit, luy fut envoyée commission pour lever deux mille hommes en deux regimens en Bretagne, et autres deux mille hommes en Normandie parle comte de Torigny 5.

Mais pource qu'il estoit nécessaire d'avoir une armée navale pour l'opposer à celle des Anglois, et qu'il avoit esté résolu de faire équiper tout se qui se pourroit trouver

i Louis XIII partit de Paris pour la Rochelle le 25 septembre; il sortait d'une assez grave maladie dont il avait senti les premières atteintes le 28 juin pendant qu'il présidait un lit de justice au Parlement pour l'enregistrement de quelques édits.

2 Pons de Lausières, marquis de Themines, fils de Jean de Themines et de Jeanne de Puymisson, sénéchal et gouverneur du Quercy, chevalier des ordresduroi j5o,7, maréchal de France 1616, gouverneur de Bretagne 1625, mort 1" nov. 1627, à l'âge de 74 ans.

? François de Matignon, comte de Thorigny, fils puîné de Charles de Matignon et d'Eléonore d'Orléans-Longueville, gouverneur de Cherbourg, Granville et Saint-Lô, lieutenant général de la province de Normandie, mestre-de-camp d'un régiment d'infanterie, chevalier des ordres du roi 1661, mort 19 janv. 1675.

de vaisseaux de guerre et autres lieux ésportsde Bretagne et Normandie, le Roy fit arrester à ce sujet tous les navires disposez pour aller en voyage, et choisit le duc de Guise pour son lieutenant gênerai en ses armées navales; à cet effet lui fut expédié les pouvoirs et instruction suivants.

Le sieur de Guise partira présentement pour s'en aller en diligence à Morbihan.

Il y fera venir les vaisseaux de sa Majesté qui sont à Blavet', s'ils n'y sont desja arrivez.

Il assemblera aussi les vaisseaux de S. Malo, Olonneet Bordeaux, en attendant ceux de Normandie et de Holande qui ont ordre de partir le vingt-septiesme aoust 1627.

Et s'il trouve quelesdits vaisseaux ne soient tous fournis d'autant de canons qu'il en sera besoin, il suppléera à ce manquement par quantité d'hommes et de feux d'artifice, afin que lesdits vaisseaux puissent plus hardiment venir à l'abordage avec ceux des ennemis ; et si le nombre d'hommes porté par les estats de sa Majesté, qui doit estre sur ses vaisseaux, n'est suffisant, il prendra des hommes du régiment de Stisac, du marquis de Themines et Coasquin, et des deux régiments de Gacé, et de Croisil, qu'on fait passer de Normandie en Bretagne 2. v

1 Maintenant Port-Louis (Morbihan), à l'embouchure du Blavet.

2 Pendant le siège de la Rochelle, une certaine agitation se manifesta parmi les protestants de Normandie et des provinces voisines ; elle fut assez sérieuse pour déterminer le roi à revenir à Paris. Le Mercure, 1628, t. XIV, 2e partie, p. i52, la mentionne en ces termes: « En ce temps le Roy estant au siège de la Rochelle eut advis que quelques huguenots des provinces de Normandie, Picardie, Champagne et autres de deçà la rivière de Loire faisoient des assemblées pour troubler et faire émouvoir le peuple desdites provinces; pour à quoy remédier il partit de son camp le 10 de février, et arriva à Paris le 24 ensuivant, laissant pendant son absence le soin du siège

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