‹ Documents des archives de la Chambre des comptes de Navarre (1196-1384)Chapitre 265 sur 509 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LA TRINITÉ ; SON ORIGINE ; SA SITUATION A l' AVÈNEMENT

DE l'abbé GEOFFROI

Le Vendômois, en Tan 1032, venait de tomber entre les mains de Geoffroi Martel, fils de Foulques Nerra comte d'Anjou, à la suite de la bataille de Huisseau où les Angevins avaient anéanti les forces de Foulques dit TOison, comte de Vendôme. Foulques avait eu le tort de se brouiller avec sa mère Adèle, sœur du comte d'Anjou. Elle avait appelé Geofiroi à son secours et lui avait cédé tous les droits qu'elle prétendait retenir dans le gouvernement du comté ; Foulques ayant été battu, tout le Vendômois passa sous la domination du maître de TAnjou. Par la suite, lorsque Geoffroi Martel, grâce aux représentations du roi Henri P^ consentit à rendre à son neveu le pays qu'il lui avait enlevé, le comté de Vendôme continua à être tenu par ses possesseurs en fief de l'Anjou. Telle était la situation du Vendômois au moment où naquit l'abbaye de la Sainte-Trinité de Vendôme. Une fondation religieuse ne pouvait, semblait-t-il, que légitimer la prise de possession du comté. Geoffroi Martel, quoique spoliateur de ses voisins, était grand bienfaiteur de moines. Sa femme Agnès, fille de Guillaume IV, duc d'Aquitaine et comte de Poitiers, n'avait pas un nxoindre souci du salut de son âme. Au reste l'exécution d'un projet aussi louable était aisée, puisque le comte d'Anjou accordait la meilleure partie de sa donation sur les dépouilles de son neveu. On prétendit par la suite que Geoffroi et Agnès avaient été poussés à fonder la Trinité par la vision d'une chute miraculeuse d'étoiles à proximité du château de Vendôme ^ ; les documents les plus

1. C'est ce que rapportent les Gesta Consulum Andegavensium, IX,

anciens ne parlent point de cette merveille, et il n'en était aucun besoin pour expliquer l'origine du monastère. La construction de Tabbaye, les concessions qui lui composèrent une première donation, la réunion des moines qui formèrent la congrégation, occupèrent un certain nombre d'années, tellement que la dédicace solennelle de l'église de la Trinité n'eut lieu qu'en 1040 \ L'archevêque de Tours confirma les concessions et la fondation du comte d'Anjou ^ Quant à Thierry, évêque de Chartres, dont relevait le Vendômois, il pensa ne pouvoir mieux montrer combien il approuvait les libéralités de Geofi*roi et d'Agnès qu'en publiant défense à tous ses diocésains de faire désormais don de terres à une autre abbaye que celle de la Trinité*. Cependant les clauses insérées par Geoffroi Martel dans la charte de fondation étaient telles qu'elles eussent du arrêter l'attention du prélat sur les suites que lui ou ses successeurs pourraient éprouver de la création du nouveau monastère.

L'abbaye de la Trinité de Vendôme était définie abbaye exempte^ . Ce terme n'indiquait pas seulement que les terres qui lui avaient été cédées étaient données en toute franchise, exemptes de tout charge ; c'était à proprement parler l'exemption de toute autorité spirituelle ou temporelle, sauf l'auto-

20 (d'Achery, Spicilegium, éd. de 1723, t. Ilf, p. 258) et le Chronicon Turonense magnum (A. Salmon : Recueil des Chroniques de Touraine, p. 122).

1. Cf. Chronique de Saint- Aubin (dans les Chron. des Églises d'Anjou recueillies et publiées pour la Société de V Histoire de France par P. Marchegay et É. MqLbille, p. 23): MXL. Pridie kalendas januarii Vindocinum castrum monasterium sanctae Trinitatis dedicatum est.

2. V. le texte intitulé Conventus episcoporum ad dedicationem Vindocinensis monastcrii S. Trinitatis, dans le Recueil des Historiens de France, t. XI, p. 506. On peut le comparer au Privilegium Theoderici Carnotensis episcopi publié par Sirmond à la suite des œuvres de Geoffroi deVendôme. Migne : Patrologie latine, t. CLVII, p. 289.

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