‹ Documents des archives de la Chambre des comptes de Navarre (1196-1384)Chapitre 287 sur 509 · Id · texte numérisé non relu

Id

on payait cette faveur. Gandin de Malicorne remettant aux mains do Tabbé Geoffroi son fils aine, Guérin, comme oblat, donne à la Trinité des biens et des bois qu'il possède à Gheviré*. Hugues de Vendôme, se sentant à l'extrémité, obtient d'être reçu comme religieux et donne en retour à Tabbaye un quart des moulins qu'il tient du comte de Vendôme'. Ainsi cherchant ta prospérité spirituelle des âmes, l'heureux abbé trouvait encore la fortune matérielle de sa maison.

C'est une chose frappante que le grand mouvement de cette époque vers le monachisme. Pour quelques âmes il y eut là sans doute la recherche de la paix, de la méditation et de « la meilleure part » que Marie avait trouvée aux pieds du Seigneur. Mais c'était le petit nombre. Les monastères n'étaient guère les asiles du repos. Geoffroi dit quelquefois souhaiter « la tranquillité qui convient aux moines' »; il ne l'a jamais eue et nul n'était plus impropre que cet abbé querelleur à la trouver ou à la répandre autour de lui. Toujours en lutte, accablé par le poids de sa gestion abbatiale, Geoffroi s'était choisi la part de Marthe, sœur de Marie ; comme elle, il avait « le souci de beaucoup de choses », et ce rôle était le plus convenable à la vigueur de son tempérament. Il n'a pas davantage choisi la vocation monastique par défiance de l'avenir, par la persuasion que le monde touchait à sa fin, que Ton était arrivé aux derniers jours, suivant l'expression de l'Âpôtre ; sa pensée est au contraire pleine de confiance. « Résistez, dit-il à ses moines, les exhortant à s'opposer aux entreprises du comte de Vendôme ; ce que vous faites, vous le faites moins pour vous-mêmes que pour vos successeurs^. » Geoffroi n'a eu ni lassitude, ni dégoût, et il a moins recherché la paix que la guerre. Cette guerre, il l'a surtout faite dans son intérêt propre, mais il a suffi qu'il eût quelque conscience que la cause de son abbaye se rattachait à celle de tout le clergé régulier, de la papauté, de la réforme religieuse et à l'avenir de l'Eglise, pour que son action s'en agrandit et que

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