LB POUVOIR ABBATIAL
La pratique du xi* siècle a fait de Tabbé plus qu'un président de chapitre monastique et qu'un administrateur contrôlé et responsable de biens ecclésiastiques ; Tabbé détient le plus souvent la plénitude de la puissance spirituelle et temporelle et est, au dehors, le seul représentant de sa congrégation, Peut-être la lutte entre Tépiscopat et les grands monastères qui visaient à s'affranchir ne fut-elle pas étrangère à l'extension de Tautorité abbatiale ; tous les moines étaient engagés par Taction de leur chef qui payait de sa personne contre les réclamations diocésaines ; en même temps l'abbé avait avantage à assimiler le plus possible la nature de son pouvoir, tenu pour inférieur à celui de l'évêque, afin d'en mieux combattre son adversaire. D'ailleurs, beaucoup de causes contribuaient aux progrès des prérogatives abbatiales.
Geoffroi de Vendôme a eu une très gi-ande idée de son autorité'. En théorie, il l'a mise sur le rang de celle de Tévêque, et dans la pratique il Ta voulue supérieure. « Les évêques et les abbés, dit-il, sont appelés vicaires du Christ, parce qu'ils sont réputés agir à sa place'. » Une raison qui devait assurer aux abbés une prééminence absolue sur leur congrégation, c'était leur origine. « Les moines, écrit Geoffroi, ne doivent pas oublier que c'est Dieu qui a institué les abbés, et que ce sont les abbés qui ont constitué les moines*. » Cette théorie, qui faisait à la fois les abbés de droit divin et
1 . « Abbatispotestas ; honoris tui potestas». — G.Vind. ep., 1, 21, IV, 22.