Id
(caementaritis) fut solennellement excommunié par son abbé, comme « manquant du ciment de charité^ », ayant abandonné son monastère, sa profession religieuse et l'obéissance due à son supérieur.
Quand, plus soumis que Jean, un fugitif rentrait à la Trinité, son sort était entre les mains de Tabbé. La pénitence infligée aux moines qui se laissaient reprendre par les séductions mondaines était proportionnée à la gravité de la faute ; mais la sévérité semble avoir été la pratique de l'abbé. Un religieux venddmois, Guillaume de Blazon, s'étant repenti d'avoir déserté l'abbaye, rentra au monastère « pour faire pénitence de sa transgression », dit une charte. « Il la fit selon la décision de l'abbé Geoffroi. Le seigneur abbé, ne voulant pas sa perte, le reçut pieusement et avec bonté, et lui administra, quoique usant de miséricorde, le remède de la discipline proportionné à sa faute. Ledit Guillaume, pour que nous fussions désormais assurés de son obéissance et de sa sujétion, vint dans notre chapitre en présence du seigneur abbé et des frères ; placé devant l'image de la Passion du Seigneur, il promit que désormais tous les jours de sa vie il se montrerait obéissant et soumis à cette abbaye. Il s'engagea aussi à ne jamais se soustraire à la discipline que lui imposeraient l'abbé Geoffroi ou ses successeurs '. »
Si les mécontents n'avaient fait qu'abandonner le monastère, le mal n'eût point encore été trop grand pour l'abbé. Leur ressentiment se manifestait parfois autrement. Un religieux nommé Daniel, s'étant enfui de la Trinité, se réfugia auprès de l'évêque Ives de Chartres ; il se plaignait de ce que l'abbé Geoffroi le poursuivit continuellement, quoique sans raison, d'injures et même de coups'; il ajoutait que l'abbé se conduisait ainsi non seulement envers lui, mais envers presque tous ses moines. Que ces plaintes eussent un fondement solide ou qu'elles fussent exagérées, Tévêque de
1. III, 30. « Johannem Caementarium monachum quidem, sed non habentem charitatis caementum. »
2! Coll. Baluze, t. XLVII, f. 235.
3. Iv. Cam. Ep. 82. « Tarn contumeliis verborom quam injuriis verberum. »
GouPAiif. Gêoffroi de Vend&me. 4
Chartres s*en occupa : Ives avait déjà pu s*as8urer par luimême que la charité n'était pas la grande vertu de l'abbé ; il avait une confiance médiocre dans les moyens que prenait Geoffroi pour affermir son autorité ; il lui écrivit donc de modérer son zèle « de telle sorte qu'enlevant les parties malades du corps, il n'atteignît point les chairs saines », et lui enjoignit d'accueillir le fugitif Daniel dans une des dépendances de la Trinité, ou de lui permettre d'entrer dans quelque autre abbaye, s'il trouvait insupportable la présence de ce moine. Geoffroi n'eut garde de se rendre à l'admonition épiscopale ; se disant prêt à agir avec miséricorde, il exigeait néanmoins que Daniel rentrât au monastère y faire pénitence*. Soit que le moine n'ait point voulu se livrer dans ces conditions, soit que, comme le prétendirent les partisans de l'abbé, Daniel eût ravagé l'obédience où il avait été relégué, on le retrouve bientôt auprès du comte de Vendôme, prêt à profiter des dissensions de Geoflroi de Preuilly avec l'abbé de la Trinité. Accompagné d'une foule de laïques, le comte fit irruption dans le chapitre de l'église abbatiale ; il essaya d'imposer la reprise du coupable « qui s'était armé contre le seigneur abbé et sa chrétienté », mais inutilement. Daniel se vengea en se faisant donner par le comte de Vendôme un petit prieuré du monastère et en expulsant le moine qui l'occupait. L'intervention d'Ives de Chartres contre les violences de Geoffroi de Preuilly amena à la fin une réconciliation qui fut toute au profit de l'abbé ; le comte humilié abandonna le parti de Daniel. On ne saurait dire ce que devint alors ce moine. La sédition qu'il avait voulu provoquer avait été longue, et gr^ce au comte de Vendôme, périlleuse pom- l'abbé, forcé de se réfugier à Marmoutiers ; c'est le seul jugement certain qu'on puisse porter sur cet événement, car les méfaits attribués à Daniel et à ses auxiliaires sont rapportés par un document tout favorable à l'abbé Geoffroi* ; le ton du témoignage d'Ives de Chartres sur les commencements de cette affaire, marquant pour le moins de l'imprudence et de la dureté de