Id
cherchaient pieusement la discipline S). Baiidri de Bourgueil appelle Cluny « le haut cèdre du Liban ^ » Ces politesses n'empêchaient point les rivalités, comme il arriva pour Geoffroi de Vendôme ; Tabbé montra qu'il entendait s'opposer à ce que « le nouveau paradis terrestre » ne parût trop séduisant à ses moines et ne les détournât de Trinité et de leurs devoirs.
Pendant la vie de Hugues, les relations de Tabbé de Vendôme avec les Clunistes furent celles d'une indépendance tempérée par le désir d'honorer et de servir la première congrégation du monde'. Il se pouvait cependant qu'il existât déjà quelques sentiments intimes de discorde : Geoffroi avait prié Hugues de presser l'arrangement du litige avec l'abbé de Saint-Jean-d'Angely, de crainte que les moines vendômois n'en prissent occasion pour parler contre Cluny. L'écrivain ajoute quelques mots qui se rapportent peut-être à d'anciennes querelles entre les deux congrégations : « Je souhaite que l'abbé Henri ne ravive pas par ses emportements d'anciennes blessures fermées par votre douceur, qu'il ne sépare pas notre monastère du vôtre, et ne fasse naître un scandale entre nos religieux. » Le caractère de Pons, hautain et corrompu, qui succéda à Hugues en 1109, était peu propre à écarter les causes de dissentiment entre les abbayes. Au reste, l'occasion que prit Geoffroi pour se retourner contre lui et les privilèges de Cluny fut assez futile : un moine vendômois se rendit en Bourgogne sans autorisation, séjourna dans la congrégation de Pons et ne montra aucun désir de la quitter. Geoffroi accusa l'abbé de Cluny de revendiquer le droit de retenir à son gré les moines transfuges : il attaqua amèrement cette prétention. « Le devoir d'un pasteur est de conserver les brebis de son troupeau, non d'enlever celles d'autrui ; c'est un loup, ce n'est pas un pasteur, qui prend les brebis d'autrui. Quelqu'un soutient-il pouvoir en agir ainsi en vertu d'un privilège? Il n'a qu'à soutenir aussi que par le même droit il peut récolter ce qu'il n'a
1. Orderic Vital, XII, 21 (Ed. Soc. Hist. France, t. IV, p. 388).