‹ Documents des archives de la Chambre des comptes de Navarre (1196-1384)Chapitre 318 sur 509 · Grunnire coepit · texte numérisé non relu

Grunnire coepit

contraignant je lui dis : — Frère, ne t'inquiète point ; tu vois que la pluie nous a poussés ici ; le soleil est déjà couché et il nous faut trouver un gîte : nous avons avec nous du pain, du vin, du poisson, et du fromage ; ce qui nous manque, nous te le paierons. — Sur ces mots il consent cependant à nous faire une mine moins atroce, à lever un peu ses paupières et à montrer des yeux que jusque-là il avait tenus comme fermés ; enfin il daigne nous adresser la parole et, après s'être bien fait prier, nous restaurer. Mais voici comment : il savait que nous avions du pain et du vin et que nos bêtes se fatigueraient à traîner plus loin ces provisions ; c'est précisément ce qu'il nous donne, il nous refuse du foin et d'autres denrées qui nous manquaient et dont il avait abondance. Salut, et infligez un digne châtiment à ce disciple de Satan qui par sa méchanceté déshonore un ordre dont la charité est la plus grande vertu*».

Pareille aventure arriva à Tabbé Geoffroi dans une dépendance de Saint-Aubin d'Angers ; de même qu'il s'était adressé à Guillaume de Saumur, il se plaignit à Tabbé Àrchembaud: « Les intérêts do mon monastère m'avant dernièrement conduit près de Maire ^ j'envoyai demander à être hébergé dans cette maison, qui est celle de Saint Aubin et la vôtre. Là demeure un de vos moines, qui s'occupe plus à servir ses mauvaises passions qu'à servir Dieu. Les paroles qu'il répondit à mes messagers étaient méchantes et insolentes ; ses actes furent pires. Je ne veux pas vous écrire tout ce qu'il a dit contre nous ; ce serait trop long, et je risquerais pour cette cause d'altérer la vérité malgré moi. Il suffit de savoir que votre Josselin a répondu par un refus de nous recevoir et qu'il a tenu parole. Si je vous rapporte la conduite de cet esclave de l'avarice, c'est moins pour demander vengeance d'une injure personnelle que d'une injure faite à l'esprit de charité ^ » Il faut avouer que si le zèle de Geoffroi était désintéressé et tout pour le principe, il fut plus grand en cette occasion qu'à l'ordinaire. L'abbé de Saint-

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