LA TRINITÉ
Geoffroi de Vendôme a eu ce mérite que moine dans Tàme et chef de congrégation selon le modèle du temps, il n*a pas limité son rôle de moine au mépris de la société laïque et à la haine de l'Église séculière, ni sa fonction d'abbé à maîtriser ses religieux et à arrondir son domaine. Bien qu'il ait toujours été fidèle à ces caractères de sa vocation monastique et abbatiale, il a voulu y adjoindre d'autres soucis ; prélat et religieux intelligent, il a cherché à faire de sa communauté un centre de culture chrétienne et régulière, et à prendre parti par lui-même dans les grandes discussions qui agitaient l'Église. Il a été surtout heureux dans ce dernier effort ; Geoffroi de Vendôme a été théologien de quelque mérite et partisan convaincu de la réforme religieuse. Cette question était assez importante pour que les vues de l'abbé à ce sujet en prissent un intérêt durable. L'alliance des congrégations avec le Saint-Siège, promoteur du mouvement réformiste, favorisant les intérêts particuliers des abbayes, leur a rendu co service plus véritable d'élever leurs ambitions et d'élargir leur rôle par des préoccupations d'un ordre moral. Geoffroi s'est pénétré de l'œuvre pontificale ; il a voulu lui être utile, et cette prétention lui a été l'occasion de sortir du rôle assez borné de religieux et d'abbé de Vendôme.
Il serait bien inutile de répéter ici ou de critiquer les généralités vagues qu'on peut écrire sur le zèle des moines pour le labeur intellectuel, sur leur haute culture et sur leur goût pour la science. Louer les religieux en masse de leur esprit éclairé, les accuser tous d'une ignorance grossière, constitue un jugement peu précis et peu sûr. Comme en
d'autres questions il y aurait à distinguer entre les temps et les lieux. On a déjà remarqué que les communautés religieuses s'éloignaient de plus en plus à partir du x* siècle de l'étude des auteurs profanes, pour se restreindre à la culture chrétienne. D'autre part il est bien visible que beaucoup d'abbaj'es se rapprochaient davantage par leurs préoccupations d'une exploitation rurale ou domaniale que d'un corps scientifique ou littéraire. Vendôme était probablement de ces dernières congrégations. L'abbé Geoffroi en fait lui même l'aveu pour son propre compte : « Absorbé par les choses de ce siècle les plus diverses, je ne puis donner oralement ou par écrit aux frères que m'a confiés la grâce divine, l'enseignement qu'il conviendrait. Cependant il serait meilleur de s'adonner à ce rôle utile que de se laisser prendre tout entier par les fonctions d'administration. Un ministre de l'Église ne doit pas se préoccuper moins du salut des âmes que de l'administration des biens de son abbaye. *» Avant l'avènement de Geoflfroi les livres y étaient rares ; on y attachait une valeur que justifiait le prix des manuscrits à cette époque ; mais il semble que les moines se les procuraient autant de la générosité de bienfaiteurs que de leur propre zèle pour produire ou pour transcrire des œuvres littéraires^ Une charte du Cartulaire Vendômois cite un donateur qui ofire un missel et un antiphonaire à l'abbaye ; un autre cède « un missel de cent sous, un calice d'argent et un bon psautier. ^) La Trinité était cependant assez riche pour avoir quelques beaux livres ; certains d'entre eux étaient alors destinés à un usage d'apparat, tel que cet évangile relié d'une couverture en or, placé sur l'autel de l'église, et sur lequel Foulques l'Oison, comte de Vendôme, prêta serment en 1050*. Les moines ne se préoccupaient d'ailleurs pas toujours d'acquérir des manuscrits pour leur propre utilité ; ils en laissaient aussi sortir de leur maison. Dans le marché qu'ils conclurent avec Hugues le Long pour