CHAPITRE X
LA SIMONIE ET l'iNVBSTITURE LAÏQUE
Le zèle des papes réformistes pour Textirpation de la simonie est assez connu pour qu'il soit inutile de rappeler ici par quels moyens ils cherchèrent à interdire le trafic des choses saintes. Le mal était général au xi® siècle. L'évêque de Sienne, Brunon, disait que depuis le temps de S. Léon, rÉglise était tellement corrompue qu'on ne trouvait presque aucun ecclésiastique qui ne fût ou simoniaque ou ordonné par un simoniaque \ Cependant, quelque répandue que fût la pratique de la simonie, elle était assez condamnée par les principes de l'Eglise pour qu'il ne fût pas besoin de la repousser par des discussions théoriques ; on la tolérait, on en profitait, on ne la défendait guère; de même qu'en l'attaquant on cherchait la répression efi'ective d'un abus, plus que la réfutation d'une doctrine. Aussi Geofiroi, dans ses Opuscules, ne s'en est-il pris en théoricien à la simonie que pour démontrer quels rapports existaient entre cette coutume criminelle et Tinvestiture laïque; c'est ce qu'on verra bientôt. Mais la condamnation des pratiques simoniaques, et la préoccupation constante de cette question, ont pris une telle place dans la vie de Geofi'roi qu'il est impossible de passer sous silence son rôle comme adversaire déclaré de cet abus.
Les simoniaques sont ceux qui veulent, à prix d'argent, acquérir l'Esprit-Saint. Ils prétendent ainsi, dit Geofiroi de Vendôme, être plus grands que le Saint-Esprit; en efi'et, le possesseur n'est-il pas supérieur à la chose possédée? Les simoniaques sont donc coupables du péché contre l'Esprit, c'est-à-dire de celui qui ne sera jamais pardonné, selon la
1. liruno, Cur corruptus iunc temporis ecclestae status, Migne, t. CLXV, p. 1121, sqq.
parole de Jésus-Christ*. L'Église est envahie par le pire des péchés, et ce mal est tellement répandu qu'on peut croire au commencement du règne du fils de perdition et au triomphe de Tabomination dans le lieu saint*. On partage le crime de Simon le Magicien; on partagera son sort final. « A quoi nous sert de prier? A quoi de jeûner et de nourrir les pauvres? et pourquoi s'adonner aux bonnes œuvres, si nous hésitons à bannir de nos églises l'hérésie simoniaque? » écrit Geoffroi aux abbés de Saint-Florent et de Saint-Serge d'Angers'. La « peste cruelle » de la simonie, « l'impiété simoniaque* » doivent être combattues sans relâche par le glaive de l'Esprit- Saint. « On t'a dit », écrit Tabbé de Vendôme à Dernier de Bonneval, adversaire de Renaud de Martigné, évêque d'Angers, dont l'élection lui semblait entachée de simonie S « on t'a dit qu'en vain tu lutterais par tes discours contre le nouveau Simon le Magicien qui vient de se révéler au milieu de nous, parce que personne n'appuierait tes paroles. Rempli de l'esprit prophétique, tu ne t'es point découragé, et tu cherches qui se lèvera avec toi contre l'abomination qui règne dans la sainte Eglise... Fais donc entendre ta voix : sois l'organe de Dieu, le porte-voix du Saint-Esprit. Ne te tais point, illustre héraut de la vérité, ne te lasse point d'attaquer ce crime d'hérésie, et si tu ne peux, comme le Sauveur, chasser du temple à coups de verge ceux qui souillent la chasteté de l'Eglise par une honteuse corruption, attaque-les au moins par tes paroles* ». Et si l'on dit à Dernier qu'il parle inutilement, qu'il se rappelle que Jean-Baptiste aussi a parlé inutilement. Hérode ne s'est point converti, et cependant il vaut mieux être avec Jean qu'avec Hérode.
Beaucoup de faits paraissant assez éloignés de la simonie proprement dite sont ramenés* à cette source par l'abbé de Vendôme. Ainsi on verra qu'il traitait d'exigence simoniaque
1. Opusc. III. De simonia et investitura laïcorum: quare utraque dicatur haeresis.