‹ Documents des archives de la Chambre des comptes de Navarre (1196-1384)Chapitre 334 sur 509 · Coll. Baluze, XLVII, f. 260 r% texte déjà transcrit · texte numérisé non relu

Coll. Baluze, XLVII, f. 260 r% texte déjà transcrit

3. Les moines de Marmoutiers agissaient avec plus de franchise que Tabbé de Vendôme : lorsque Urbain II passa chez eux, ils lui avouèrent qu'ils arrondissaient leur domaine par l'acquisition de terres d'égli.se détenues par des laïques ; le pape ne fit pas difficulté de leur accorder absolution sur ce point. V. D. Martène, Histoire de Vabbaye de Marmoutiers, t. I, p. 523.

suzerain laïque \ De là une certaine dépendance du clergé à l'égard des souverains temporels, tenue pour néfaste et préjudiciable par le parti réformiste. Il fallait à tout prix, disaient les réformistes, empêcher « que TÉglise, épouse de Dieu, chaste et libre, ne devînt la concubine et la servante de la société séculière^ ». « Soumise à Tautorité séculière, TÉglise, auparavant maîtresse, devient servante, et perd la charte de liberté donnée par le Christ sur la croix, et écrite en quelque sorte du sang même du Sauveur », écrit Geoffroi de Vendôme*. Pénétré de ces sentiments, Grégoire VII avait. interdit dès 1075 aux ecclésiastiques de se soumettre à l'investiture laïque. Le pouvoir temporel avait protesté contre cette décision et la lutte avait commencé entre les puissances rivales. Elle devait être longue.

Désireuse d'éviter une querelle que devaient infailliblement

provoquer ces prétentions contradictoires, l'Eglise aurait pu sauvegarder son indépendance en renonçant aux dignités et aux terres qu'elle tenait en iief du pouvoir temporel. Qu'elle supprimât la cause de ses rapports avec la société laïque et elle faisait du même coup cesser l'immixtion d'une autorité étrangère dans des matières spirituelles. La convention de Sutri, proposée en 1111 par Pascal II à l'empereur Henri V, offrait une solution de la querelle des investitures conçue dans ce sens. Le pape constatait que le clergé allemand était absorbé par les ' richesses temporelles ; qu'il était par là entraîné à consacrer son temps à l'empereur plutôt qu'à Dieu ; qu'en conséquence l'Église rendrait à l'Empire toutes les terres et tous les droits dépendant en premier lieu du souverain *. Cette transaction ne fut pas effective. L'Eglise ne voulait abandonner aucune de ses possessions ; pour presque tous ses biens elle était à la fois vassale et suzeraine; renoncer à ce qu'elle détenait dans l'enchevêti'ement féodal.

1. V. sur ce point Tintéressant travail de M. Esmein : La question des investitures dans les lettres d'Yves de Chartres, dsiiisle premier volume d'études de critique et d'histoire publié par la Section des sciences religieuses (le racole des Hautes Etudes. — Paris, Leroux, 1889, p. 144.

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