Cf. Migne, CLXI, p
c'était pour elle s'appauvrir jusqu'à la ruine. Il fallait que le clergé vécût et même qu'il vécut largement. La terre ecclésiastique nourrit l'évêque, dit Geoffroi de Vendôme, « c'est de leur possession que les prélats tirent leur subsistance corporelle». Bien plus, les propriétés du clergé ne paraissent pas seulement à certains ecclésiastiques une condition de bien-être matériel, mais véritablement une chose sainte. Défendant la possession d'une terre contre les prétentions de la comtesse de Vendôme, l'abbé de la Trinité s'exprime au sujet du maintien de ses droits domaniaux dans les mêmes termes que ceux qu'il emploie pour revendiquer la pleine indépendance spirituelle de l'Église. « Mes frères, écrit-il à ses moines, rassurezvous ; ce n'est point pour enlever aux autres ce qui est leur que vous combattez, mais pour empêcher que l'Eglise, épouse de Dieu, libre et chaste, ne devienne la concubine et l'esclave du monde *». C'était bien le fait d'une Église matérialisée de spiritualiser ainsi la terre.
Le clergé refusera donc de rien céder de ses fiefs et dignités, mais il prétendra en disposer sans contrôle laïque. Toute concession au sujet de l'investiture sera tenue pour un crime et une lâcheté par l'église réformiste. L'enseignement des événements seul, le dommage subi par la chrétienté et par l'Église à la suite de la guerre entre deux intransigeances, pourront plier les partisans du Saint-Siège à l'idée d*une entente avec le pouvoir séculier par laquelle les droits temporels et les droits spirituels seront à la fois ménagés. L'abbé de Vendôme a été le plus fougueux et le plus intransigeant des adversaires de l'Empire pendant longtemps, mais on verra que lui-même a dû se ranger à la nécessité de reconnaître une certaine part d'intervention à l'autorité civile dans les nominations ecclésiastiques.
Geoffroi, en effet, a porté la question des investitures sur le terrain du dogme, rendant par là toute concession impossible ^ Pour lui, la réception de Tinvestiture laïque n'est point simplement un acte politique tel qu'il importe à l'indépendance des ecclésiastiques qu'ils y échappent, c'est une