Migne, CLXIII, p
la mort et la faiblesse de la chair ont causé sa chute, qu'il cherche dans la fermeté de son esprit la force de se relever. Si la crainte de la mort Ta troublé, non à cause de lui-même, mais pour ceux qui sont ses enfants, si à cause d'eux il a consenti à une chose blilmée et défendue par le Christ, par S. Pierre et par les canons sacrés, aucun voile ne saurait cacher une blessure aussi évidente, car la conduite du père, loin d*être utile à ses enfants, fait obstacle à leur salut... Soustraire à la mort des êtres que tôt ou tard elle prendra, lorsque pour le plus grand profit de T Église entière il pouvait leur procurer l'entrée de la vie éternelle, ce n'a point été une pensée de justice et de miséricorde, mais une tentation du diable... Sa faute est inexcusable; on l'aggrave en cherchant à la justifier. Que celui qui l'a sciemment commise la corrige sans retard, de crainte que notre mère spirituelle ne se meure ; déjà elle en est en quelque sorte à son dernier souflle. C'est par la foi, la chasteté et la liberté que vit et prospère l'Église... Mais lorsque, loin de s'opposer à une coutume que les saints pères ont assez prçuvé être une hérésie, elle-même décrète Tinvestiture laïque ; qu'elle se laisse corrompre par les dons, qu'elle se soumet au pouvoir séculier, l'Eglise perd en même temps ces trois vertus : la foi, la chasteté et la liberté. On peut bien la dire morte alors. Et celui qui a causé cette mort ne saurait être tenu pour membre de cette Eglise, même le membre le plus humble, et s'intitulàt-il son pasteur. Quiconque prétend le contraire mérite d'être retranché de la racine de la vie ; il n'est pas catholique et on peut prouver qu'il est hérétique. Les canons enseignent qu'on doit supporter un pasteur dont les mœurs sont mauvaises ; s'il s'éloigne de la foi, il n'est plus pasteur, mais adversaire, et le plus grand pécheur, pourvu qu'il soit catholique, a le droit de le flétrir. Les décrets des saints pontifes romains permettent à une prostituée môme de défendre la foi qu'elle accepte et confesse, la foi commune de l'Église ; combien plus donc un catholique pieux ne doit-il pas montrer de zèle pour repousser l'hérésie? Il est vrai que certains évêques, — des évoques ayant obtenu Tépiscopat par l'investiture laïque et non par l'élection canonique, — prétendent contredire les statuts des pères catholiques et surtout la doctrine du bien-
heui*6ux Grégoire VU qiâ, pour avoir défendu sa foi, est mort en exil ; ils cherchent à pallier le crime de la réception de Tinvestiture laïque, et par d*habiles discours à prouver qu'accepter cette investiture n'est point une hérésie. Mais voulant défendre celui qui a autorisé pareil acte, afin de se défendre ainsi eux-mêmes, ils ne font que révéler leur propre honte et leur consécration illégitime... Et celui qui adhère à ces doc* trines, le roi David l'a flétri par ces paroles : « Dieu n'est pas devant son regard; ses voies sont toujours mauvaises », et encore : « Les paroles de sa bouche sont iniquité et fraude. » Il n'a pas voulu comprendre quelle était la vraie foi afin de s'y conformer. Il se montre avide de pouvoir, mais incapable de l'exercer au profit de tous, recherchant son avantage, non celui de Jésus-Christ, et peu soucieux des dangers que court son troupeau dans les mauvais chemins où il s'engage. Le lait et la laine de ses brebis ne lui suffisent pas : il dévore encore leur chair et ronge leurs os ; cependant il se dit leur pasteur quand il est pour elles un loup. C'est un mauvais pasteur qu'un loup qui, au lieu de paître ses brebis, s'en repait. Nous nous sommes exprimés de cette manière, car puisque le prophète s'est laissé corrompre par Satan jusqu'à agir plus mal que Balaam et à conseiller la mort du peuple chrétien par ses écrits aussi bien que par ses paroles; puisqu'il a transgressé les lois divines et partagé la folie d'un roi sacrilège, il faut que ce soit l'ânesse sur laquelle il est assis qui prenne la parole et corrige son aveuglement... Si j'ai dit moins que je ne devais dire, qu'on le mette sur le compte de mon ignorance : si j'ai dit plus, qu'on me le pardonne, car c'est la haine de l'iniquité et l'amour de l'équité qui m'ont inspiré*. »
Tels sont les principaux passages de la lettre que l'abbé de Vendôme écrivit à Pascal II en apprenant la concession de l'investiture à Henri V. Le début de la missive a un certain ton de modération qui se perd complètement à partir du moment oii l'abbé, conformément à sa théorie, qualifie d'hérétique Tacte du pape. On remarquera que Geofiroi ne s'en prend pas seulement à Pascal II, mais aux théologiens, qui