Esmein, art. cité, p
CoMPAiN. Geo ff roi de Vendôme, 7
rÉvangile nous enseigne à sacrifier notre vie pournos frères. >» — Là-dessus la patience du pape se trouva poussée à bout, il frémissait à cette accusation d'hérésie ; imposant le élance d'un signe de la main, il fit taire les rumeurs et les murmures et dit : « Mes frères et seigneurs, écoutez-moi : Cette Eglise n'a jamais été entachée d'hérésie ; c'est contre elle au contraire que se sont brisées toutes les hérésies. C'est par l'Église romaine qu'a été détruite l'hérésie arienne'après trois siècles de prospérité. C'est elle qui a écrasé les hérésies eutychienne et sabellienne, qui a anéanti Photius et les autres hérétiques. C'est pour elle que pria le fils de Dieu dans sa passion, en disant : J'ai demandé pour toi, Pierre, que ta foi ne fît pas défaut*. »
La scène très vive décrite par le chroniqueur montre les difficultés que suscitait dans l'Eglise même, et entre réformistes, l'intransigeance de ceux qui condamnaient comme crime contre l'Esprit-Saint l'investiture laïque. D'autre part, la rupture du traité de 1111 fit renaître plus âpre la lutte entre les partisans du pape et ceux de l'empereur. Ce fut loin de Rome que mourut Pascal II le 25 janvier 1118. Gélase II ne put pas davantage se rendre maître de sa capitale et alla s'éteindre à Cluny. En 1119 Calixte II, aussitôt devenu pape, excommunial'empereuretparvint à rentrer à Rome. Il devenait clair que ni l'un ni l'autre des deux partis ne serait assez fort pour imposer à son adversaire une solution radicale. De même que l'empereur semblait disposé à renoncer au droit d'investiture pourvu qu'il conservât intacte son autorité temporelle sur ses vassaux ecclésiastiques ^ de même la majorité du clergé consentait à voir dans l'investiture laïque une formalité légitime et nécessaire, pourvu que l'indépendance des élections fût respectée. Les principes de conciliation qu'avait proclamés l'évêque de Chartres prenaient le dessus. Geofi'roi de Vendôme lui-même finit par accorder que dans certaines conditions la réception de l'investiture laïque ne
1. Chronique d'Ekkehard dans Watterich: Vitae romanorum ponti^ ficurriy t. II, p. 83.
2. Cf. sur ce point le récit du scolastique Hesson : Rec. Hist. de France, t. XIV, p. 200.
constituait pas une cérémonie hérétique. Il demandait à la vérité que l'investiture ne se fit pas par la crosse et l'anneau, ces insignes ecclésiastiques ayant une valeur sacrée, et aussi qu'elle ne se fit qu'après la consécration métropolitaine \ « Pour éviter le scandale et le schisme, et bien que les lois et les canons n'aient rien disposé à ce sujet, on accorde aux rois un droit d'investiture tel que son exercice ne puisse être un crime, ni son efi'et préjudiciable à l'Église. Il est évident que c'est chose condamnable d'accepter d'un autre que de son consécrateur l'investiture par la crosse et l'anneau, car ce sont des sacrements ; le laïque ne peut les donner pas plus qu'il ne peut consacrer un évêque. D'autre part, les rois ne peuvent pas prétendre véritablement donner à nouveau, ou accorder par l'investiture des biens qui appartiennent déjà à r Eglise: cette prétention est vaine. Cependant elle n'est pas wminelle. Tout autre est l'investiture qui fait l'évêque : tout autr^ celle qui lui reconnaît ses moyens de subsistance. L'une prooMe du droit divin : l'autre du droit humain. Supprimez le droit divin et l'évoque n'est plus créé au point de vue spirituel : suppcimez le droit humain et l'évoque perd la possession des bieiitdontil retire sa subsistance corporelle. L'Égli.se n'aurait pas d% possessions si elles ne lui 'étaient données par les rois, et îi le clergé n'était pas investi par eux, non des sacrements^ m%is des possessions terrestres.... S. Augustin l'a bien dit dans ton Commentaire sur S. Jean : — « Ne dis pas : Qu'y a-t-il df commun entre moi et le souverain? — Qu'y a-t-il de commun tn^tre toi et tes biens ? car c'est grâce au souverain que tù les possèdes... Sans les lois impériales qui oserait dire: Cette villa dst à moi, ou: Voici mon esclave, ou : C'est ici la maison qui m'appartient. » — Les rois peuvent donc sans ofi'ense, après l'élection canonique et la consécration, reconnaître à l'évêque jouissance de ses biens, aide et protection, par l'investiture royale de possessions ecclésiastiques ; quel que soit le symbole par lequel cela se fait, cela ne porte tort ni au roi, ni au pontife, ni à la foi catholique S).
1. Cf. sur ce point Esmein, art. cité, p. 152, où se trouve transcrite une partie de l'Opuscule IV.
2. Opusc. IV. De possessionum ecclesiasticarum investitura, quod regibus concedatur.
On peut observer que les idées de Geoffroi sont beaucoup moins nettes dans ce dernier traité que dans les opuscules où il soutient la thèse d'hostilité absolue à Tégard de l'investiture laïque. Après avoir affirmé qu'il était superflu d'investir à nouveau l'Eglise de ce qu'elle possédait déjà, Tabbé déclare que la répétition de cette investiture est une nécessité absolue. Ayant au début de son écrit repoussé l'usage de la crosse et de l'anneau dans l'investiture laïque, comme un empiétement sacrilège, il avance ensuite que le symbole employé n'a aucune importance, pourvu que la cérémonie succède à la consécration ecclésiastique. En somme, l'opuscule quatrième est intéressant surtout en ce qu'il montre comment l'esprit tenace et absolu de Geoffroi lui-même avait dû faire des concessions aux événements. « En luttant l'un contre l'autre Tempire et le sacerdoce s'affaiblissent également. Le roi combat le pontife romain pour maintenir les coutumes de son royaume ; le pontife combat le roi pour maintenir la liberté de l'Église; il arrive que le roi n'obtient pas la satisfaction de ses réclamations, et nel'obtiendra jamais, et que l'Eglise perd la plus grande part de sa liberté. En outre le roi est privé à la fois de la communion religieuse et de la dignité royale ; d'autre part la nécessité astreint le pontife romain à se faire serviteur de beaucoup de gens qui devraient être ses serviteurs. En un mot, roi et pape se sont mis à la remorque du peuple au lieu de le diriger spirituellement et temporellement, comme il conviendrait \ Il faut que l'Église jouisse de la paix, le royaume de la justice. Que le roi se contente d'une coutume légitime, qui n'offre aucun inconvénient,, l'investiture telle
que nous venons de la décrire. Que l'Eglise obtienne son indépendance, mais qu'elle prenne surtout garde de faire venir le sang en se mouchant trop fort, ou de briser le vase à force de le frotter pour en ôter la rouille* ».
C'est en ajoutant à ces sages paroles le conseil de ne pas excommunier un homme qui, comme l'empereur, a derrière lui une foule de partisans, — parce qu'il vaut mieux épargner
1. « Et qui a pontiûce docendus erat, et ducendus a rege, rex et pontifex populum sequitur. »