Simon, I
du clocher de la Trinité, s*élançant de la vallée, atteignait aussi haut que les tours du château féodal de la colline. Âbbés et comtes étaient rivaux naturels et obligés. Les effets de rindépendance accordée au monastère avaient pour seul contrepoids l'intérêt des moines à ne pas s'aliéner complètement toute donation dans le comté. Impuissant à agir directement sur la Trinité, le comte pouvait empêcher qu'elle ne fût enrichie par les libéralités de ses vassaux.
Les premiers rapports entre Tabbaye de Vendôme et le comté Geoffroi de Preuilly furent assez avantageux pour le monastère. Le comte ayant recouvré la liberté après avoir été capturé par le seigneur de Beaugency, contre qui il guerroyait, fit don aux religieux de l'église de Savigny, avec les droits de sépulture et de prêtrise qui s'y rattachaient. Les annexes de l'église étaient considérables et comportaient les habitations de plusieurs hôtes, qui devenaient ainsi sujets de l'abbaye. La comtesse Euphrosine consentit à cette donation, quoique les biens cédés fussent sa propriété particulière ; il est vrai qu'elle se repentit plus tard d'avoir accordé cette autorisation. Cette libéralité fut faite sous l'abbé Bernon *. En 1093, le comte céda encore à la Trinité un bois situé à Ville-Dieu ^ Mais Tabbé Geoffroi se brouilla bientôt avec son voisin. Celui-ci réclama des droits sur le Bourg-Neuf. Il prétendit aussi empêcher les hommes du prieuré de Ville-Dieu de s'approvisionner d'écorce dans la forêt de Gâtines ; c'était cependant un droit qui leur avait été reconnu auparavant. L'abbé refusa d'admettre ces prétentions, « n'ignorant pas quel danger courait son âme, s'il souffrait en silence que l'église dont il avait la charge fut asservie du temps de sa gestion. » L'évêque Yves de Chartres fut fait juge du conflit et débouta le comte '. Yves était accompagné de quelques-uns de ses clercs et de « plusieurs autres hommes prudents »,
1. Bibl. nat. ms. lat. 17049, f. 715. «... In capitulum sanctae Trinitatis pergens (Goffridus Pruilliacensis) de Savignei ecclesia cum sepultura et integro presbyterio donum faceret, abbate Bernone et cunctis raonachis videntibus, uxor vero omnia libens quae ei manda* verat, quamvis de dote sua essent, complevit. »
2. Bibl. nat., ms. lat. 12700, f. 277 r. « (bornes Vindocinensis qui dictus est Jordanus dédit boscum ad Villam Dei. 1093. »