RAPPORTS AVEC LE DUC D*AQUITAINE
L*analogie a été grande entre les rapports entretenus par l'abbaye avec les ducs d'Aquitaine, comtes de Poitiers, et ceux qui la rattachaient aux contes d'Anjou. L'Aquitaine était beaucoup plus éloignée du Vendômois que l'Anjou; la Trinité n'y avait aucune maison sœur pareille à celle de TÉvière, mais quelques-unes des possessions les plus importantes de la congrégation se trouvaient en Poitou et en Saintonge. C'étaient les prieurés de Saint-Georges et de Saint-Nicolas d'Oléron, de ' Saint- Agnan, de Puy-Ravault, de Surgères, d'Availles et d'Olonne*. Agnès, femme de Geoffroi Martel, fondateur de l'abbaye, était fille du duc d'Aquitaine, Guillaume IV. Les donations de cette bienfaitrice de la Trinité furent confirmées par Guillaume V, devenu duc d'Aquitaine en 1040^ La possession de ces biens devint une cause naturelle de rapports entre le monastère et le puissant suzerain de la France du sud-ouest. D'autre part, une des causes qui resserraient les liens entre la Trinité et le pouvoir central angevin existait plus puissante encore pour l'Aquitaine. Il se trouvait en effet que, tandis que la famille fondatrice de la Trinité n'était plus représentée dans les gouvernements de l'Anjou et du Vendômois, elle se perpétuait en Aquitaine.
1. Saint'Georges et Saint-Nicolas d*01éron, c. de Saint-Pierre d'Oléron, arr. de Marennes (Charente -Inf.). ~ Saint-Agnan-les-Marais, ch.-l. de canton (Charente-Inf.). — Puy-Ravault, c. de Surgëres, arr. de Rochefort (Charente-Inf.). — Surgères, ch.-l. de canton, arr. de Rochefort (Charente-Inf.). — Âvailles, c. d*Âirvault, arr. de Parthenay (Deux-Sèvres). — Olonne, ch.-l. de canton, arr. d*01onne (Vendée).
2. Inv. Chartes, Trin., f. XXV^ et v*. a Carta Guillermi Ducis Acquitanorum precibus Agnetis monasterii Vindocinensis cum suo sponso Gaufredo comité Andegavorum fundatricîs donacionem quam eidem monasterio fecerat confirmantis ac de novo donantis, etc. »
Dâus le nord, la première maison des comtes héréditaires d'Anjou s'était éteinte avec Geoffroi Martel et avait été remplacée par la race qui prit plus tard le nom de Plantagenet'; dans le midi, la souche d'où était issue Agnès, femme de Geoffroi Martel, s'était maintenue par une série de Guillaume, comtes de Poitiers et ducs d'Aquitaine. Guillaume VII, dit le Vieux, qui gouverna de 1086 à 1127, était maître du duché lorsque Geoflfroi administrait l'abbaye de Vendôme. Ainsi, tandis que les comtes d'Anjou n'étaient que les successeurs du fondateur de la Trinité, les comtes de Poitiers, ducs d'Aquitaine, pouvaient se prévaloir de leur parenté réelle avec Agnès, fondatrice en commun, avec son mari, du monastère.
Cette parenté de Guillaume VII avec Agnès servait de thème aux appels de l'abbé de Vendôme. Geoffroi suppliait le duc de nepoint laisser déshonorer ou amoindrir la maison que ses prédécesseurs avaient construite dans leur souveraineté et à leurs frais. « Si vous agissez autrement, craignez que les saints anges ne le rapportent à vos parents, et qu*ainsi vous n'attristiez des âmes qu'il est do votre devoir de réjouir », écrivait-il '. Ailleurs, il rappelait l'ancienne prospérité de l'abbaye et déplorait sa déchéance. « Vos prévôts, Guillaume et son frère Haimery, ont presque anéanti les biens que vos vénérables prédécesseurs, fondateurs de notre maison, lui avaient accordés comme prix du rachat de leur âme. Ces possessions, riches et magnifiques, les abbés qui ont régi la Trinité avant moi les ont reçues de la main généreuse des princes qui, comme j'en ai la confiance, vous ont devancé dans les demeures célestes. Ils les ont, leur vie durant, conservées sans difficulté aucune. Mais moi, qui ai dû beaucoup peiner et dépenser pour la possession de ces biens, je constate qu'ils sont amoindris et qu'ils s'amoindrissent de plus en plus par la mauvaise volonté de vos prévôts •\.. Je serais venu plus souvent consulter avec vous de vos intérêts, très cher seigneur, si j'avais trouvé chez vous la bienveillance et l'af-
1. Mabille. Introduction aux Chroniques des comtes d'Anjou, éd. de la Soc. de l'histoire de Fr.. p. lxxxiv-lxxxvi.