Cf. Thoraassin, t. 1, p
lit, par exemple, dans Ordéric Vital, que lorsque le cardinal Jean de Crémone soutint les privilèges de Cluny contre le diocésain de Màcon au concile de Reims en 1119, les évêques mécontents firent grand bruit, « quoiqu'ils n'osassent, ajoute Tauteur, contredire ouvertement aux ordres du pape* ». Le résultat fut la formation de la théorie qu'il n'était rien que l'Eglise romaine ne pût se permettre ; le clergé régulier se croyait intéressé à l'affirmer hautement et en toute circonstance. L'épiscopat, séduit par le prestige de Rome, résista mollement ; il permit que la théorie devînt opinion courante, puis droit. Ainsi se faisait la ruine des anciennes institutions ecclésiastiques et se transformait l'état de la société chrétienne.
Geoffroi de Vendôme fut de ceux qui appuyèrent le plus fortement le Saint-Siège et combattirent le plus violemment les évêques. Il était poussé à cette lutte par Tésprit du temps, par le tempérament de la société dont il était membre, par ses convictions personnelles et surtout peut-être par ses intérêts. Il l'entreprit avec tout l'emportement de son caractère. Lorsqu'on voit les évêques réduits à subir des affronts tels que ceux qu'il leur prodigua, on peut penser combien l'antique autorité diocésaine était affaiblie et diminuée.
Cependant, même attaqué par la papauté et ses auxiliaires, l'épiscopat conservait toujours une grande place dans l'Eglise. L'antiquité de l'institution, le rôle qu'elle avait longtemps joué, lui valaient une autorité morale qui n'était pas sans être subie par ceux-là mêmes qui se disaient affranchis de son pouvoir. Les termes marquant du respect pour l'épiscopat se trouvent assez souvent dans la correspondance de Geoffroi de Vendôme. L'abbé s'irrite à plusieurs reprises du peu de considération qu'ont certains clercs pour leur évêque. Il veut que le diocésain de Chartres fasse sentir au clergé du château de Vendôme « quelle chose grave c'est de ne point obéir à son évêque* ». Une sentence de Ranulf, évoque de Saintes, ayant excité le mécontentement de quelques-uns de ses prêtres,
1. « Quamvis aperte contradicere jussionibus papae non auderent. » - Rec. Hist. Fr., t. XII, p. 729.