Cf. Pétigny, 2« édit., p
3. Cf. Simon, Histoire de Vendôme^ II, 26, sqq. — V. Migne, CLVII. col. 291.
4. V. Gall. Christ., t. VII, instr.,p. 415, sqq. « Neque illud omittendum est, magis autem huic nostrae confirmationi adnectandum quod Theodoricus Carnotensis ecclesiae episcopus, in cujus dioecesi supradictus sanctae Trinitatis locus apud castrum Vindocinum situs dinoscitur, nostrae praesentiae suam transmiserit epistolam, deprecans ut de bonitate nostra obtineret, quaatinus, etc. (p. 417). »
qu'il ne pût exercer en ce lieu aucune sorte de puissance ou domination, ni nuire à Tabbé et aux frères de la Trinité. »
On n'a pas à se demander ici quelles furent les raisons qui poussèrent Tévêque de Chartres à agir de cette sorte. Peutêtre ne s'apercevait-il pas de toutes les conséquences de sa concession*. Ce fut Tévêque Ives qui eut l'occasion de les sentir dans toute leur force, lorsqu'il réclama à GeofiFroi de Vendôme la promesse d'obéissance personnelle faite par tout nouvel abbé à l'évêque qui le consacrait*.
La prestation de cette promesse ou profession était une des très nombreuses coutumes empruntées par l'Église à la féodalité'. La prédominance des relations personnelles pour des affaires de caractère public se retrouvait dans la société ecclésiastique comme dans la société laïque. La profession était la forme monastique du serment de fidélité prêté par le vassal au suzerain. L'abbé s'engageait à se soumettre en tout à son diocésain, à le respecter et à lui obéir : les formules comprenaient toujours ces mots de sujétion, respect et obéissance; elles étaient signées de la main même de l'abbé. Cette signature était un gage de fidélité que l'évêque retenait avec soin. Rarement les diocésains consentaient à se départir de cette formalité, devenue la reconnaissance de leur autorité par les congrégations religieuses. On voit, il est vrai, certaines transactions entre les deux parties intéressées : Ives de Chartres, par exemple, conseille à l'archevêque de Tours de se concilier les moines de Marmoutiers en n'exigeant de
1. Cependant, même avertis des inconvénients de cette coutume, les évéques continuèrent à la pratiquer. Ives de Chartres lui-même exempta Tabbaye de Saint- Père en Vallée.
2. Cf. G. Vind. Opusc. X... « promissiones quas pro consecratione sub nomine professionis abbates faciunt episcopis. »
3. La profession écrite s'appelle aussi charte d'obéissance, obedienliae cartula. Cf. Bec. Ilist. de Fr., t. XIV, p. 388. Beaucoup de ces formules nous ont été conservées. On peut voir sur ce sujet la préface du t. XIV du Bec. des Hist. de Fr, et les transcriptions données par Launoi : Opéra, t III, p. 395. En ce qui touche particulièrement le diocèse de Chartres, un manuscrit de la bibliothèque de cette ville (n. 176, f. 278) renferme les professions des congrégations de la région : quoique rédigées au xiii" siècle, ces formules sont certainement d'une origine plus ancienne, et leur teneur devait être la même à la fin du XI* siècle.
leur abbé qu'une profession orale*. Mais l'énergie même des moines à supprimer la formule montrait qu'ils entendaient engager une question de fond sui* une querelle de mots. L'archevêque de Rouen ne put jamais tirer d'un abbé du Bec d'autre réponse à la demande s'il voulait obéir à l'église métropolitaine que cette parole : Volo, ne réussissant pas à lui faire dire Profiteor, Il fallut l'intervention du légat pontifical pour que l'archevêque se contentât de cette promesse ainsi formulée ^
C'est cette sorte d'engagement que prit Geoffroi de Vendôme envers l'évêque de Chartres, avant de recevoir la bénédiction et la consécration épiscopales qui, selon l'expression de Geoffroi lui-même, « firent de lui véritablement un abbé' ». On comprend qu'Ives ait tenu d'autant plus à recevoir cette assurance de soumission du nouvel abbé, que le monastère de Vendôme était puissant et que sa situation privilégiée pouvait menacer l'autorité épiscopale. On s'étonnera au contraire que Geoffroi, malgré la teneur des clauses d'exemption de son abbaye, ait cru devoir se rendre sans résistance au désir d'Ives. Il dit plus tard, à la vérité, qu'en agissant comme il le lit alors, il s'était laissé tromper par une trop grande simplicité d'esprit*, et le pape Urbain II fut d'avis de traiter le jeune abbé comme une pauvre colombe séduite par la ruse de l'évêque de Chartres ^ Il faut bien avouer que cette naïveté ne convient guère à l'intelligence de Geoffroi de Vendôme; au demeurant, malgré sa jeunesse et quelle que fût son ignorance, il avait certainement connaissance du droit exempt de la congrégation dont il était membre avant d'en devenir abbé. Au cas où une chose pareille eût été possible, la profession n'était point une cérémonie tellement secrète, que les moines n'en eussent su quelque chose. Il est également certain que si la congrégation avait eu alors les sentiments que marqua l'abbé dans la suite pour cette formalité de soumission, elle n'aurait