II
§ 3: — Suite des relations de Geoffroi avec le diocésain de Chartres
On a étudié particulièrement Thistoire de la profession, cette querelle étant d'une importance peu ordinaire pour la situation de Geoffroi comme abbé exempt. Il eut d*ailleurs des rapports suivis avec le siège épiscopal de Chartres, en dehors même des contestations suscitées par cette affaire.
Ives de Chartres, dont Geoffroi de Vendôme s'était, dès le début, aliéné les bonnes grâces, était un des premiers prélats de son temps et de TÉglise de France*. Né à Beauvais, disciple du fameux Lanfranc à l'abbaye du Bec, puis abbé de Saint-Quentin, Ives monta sur le siège épiscopal de Chartres en 1092 et Toccupa jusqu'en 1115. Son rôle politique fut très considérable ; il ne manquait ni d'habileté ni de courage. Il osa s'opposer au roi Philippe P*" lorsque celui-ci prétendit prendre et garder pour femme Bertrade d'Anjou. Pris par le seigneur du Puiset et emprisonné pendant près d'un an et durement maltraité, Ives ne faiblit point. Dans les limites plus restreintes des affaires purement ecclésiastiques, Tévéque de Chartres tenait une place à part. 11 connaissait également bien la vie régulière, l'organisation et les traditions de l'Église séculière. Dans son ouvrage intitulé Panormia, il chercha le premier à condenser les décrets canoniques en un ensemble systématique. Sa science en droit ecclésiastique était bien connue de ses contemporains ; les évoques, collègues d'Ives, les abbés les plus puissants ou les plus indépendants, celui de Cluny, Ponce, et celui de Vendôme, Geoffroi, le consultaient sur les points difficiles*. Quelle était la valeur d'un témoignage porté par les parents d'un intéressé? quel traitement convenait-il d'appliquer aux moines fugitifs ? l'extrême onction pouvait-elle se donner deux fois'? telles étaient le s ques-
1. V. Foucault, Essai sur Ives de Chartres d'après sa correspondance.