‹ Documents des archives de la Chambre des comptes de Navarre (1196-1384)Chapitre 422 sur 509 · G. Vind. ep., I, 27; I · texte numérisé non relu

G. Vind. ep., I, 27; I

de la Trinité. Cette première injonction étant restée sans effet, Honorius dut la réitérer peu après *. On s'aperçoit que cette fois encore Tévêque ne fit rien de ce que le pape lui avait commandé*, par une lettre d'Innocent II, successeur d'Honorius, dans laquelle, ordonnant à Ulger de protéger Tabbaye contre ses adversaires, il renouvelle à Tévêque l'injonction de rendre à Geoffroi les églises que le monastère possède dans le diocèse d'Angers et dont il a été injustement dépouillé*. Mais Ulger n'était point aisé à effrayer, ni porté à la soumission, tellement que l'abbé Geoffroi ne vit point la fin de cette affaire. Elle ne s'arrangea sous son successeur que grâce à un compromis. Par la médiation d'Innocent II en 1136, l'abbé Fromont obtint de l'évêque les oblations des purifications et des noces, renonçant lui-même à celles des baptistères qui restèrent à l'évêque dans les églises vendômoises du diocèse d'Angers *. Ainsi se termina cette affaire de redevances, où tout l'avantage ne fut pas pour la congrégation exempte.

Il y a encore un point important des relations entre Geoffroi et Ulger qu'on ne trouve pas détaillé dans la correspondance de l'abbé, mais qui est connu par ce qui reste de plus important de l'évêque d'Angers, à savoir son plaidoyer pour l'abbaye de la Roë\ Ulger avait tenu tête à l'abbé malgré le pape dans l'affaire du rachat des autels ; dans ce second démêlé il fit condamner les prétentions des Vendômois par le Saint-Siège lui-même. Il s'agissait de la chapelle de Saint- Nicolas à Craon, qui se trouvait comprise dans les limites de la paroisse de Saint-Clément appartenant au monastère de la Trinité. L'abbaye de la Roë, qui portait encore le nom de Sainte-Marie-du-Bois, avait cependant des droits sur cette chapelle ; elle les fit reconnaître par l'évêque Renaud,

1. En 1126 probablement. V. cette lettre dans Pflugk-Harttung : Acta pont ificum roman, inedita^ I, p. 132.

2. Cf. G. Vind. ep., I, 15, plaintes sur Ulger qui ne lit même pas les mandats pontificaux.

3. Le 1*' nov. 1131 : Pflugk-Harttung, Acta pont. rom. ined.^ I, p. 140.

4. Sirmond, n. 212 à III, 12. Les clau.ses de Tentente se trouvent dans l'Inventaire des Chartes de la Trinité, f. VIII, v«, n. II.

5. Publié dans Baluze : MiscelL, III, 15. Migne, Patr, lot. y CLXXX,

prédécesseur d*Ulger à Angers. Il est vrai que lorsque Geoffroi de Vendôme réclama à son tour Saint-Nicolas comme faisant partie de son domaine de Saint-Clément, Renaud s'empressa de changer d'avis, de retirer l'investiture qu'il avait accordée à Aubin, abbé de la Roë, et appuyé par Gilbert, archevêque de Tours, et Hildebert, évêque du Mans, de la donner à Geoffroi. Pascal II intervint en faveur de Tabbé de Vendôme * ; les légats pontificaux, dont était alors le futur pape Innocent II, ratifièrent Tattribution qui lui était faite de la chapelle, et Calixte II approuva pareillement la nouvelle investiture*. Néanmoins les religieux de Sainte- Marie-du-Bois se maintinrent en possession effective de la chapelle et protestèrent contre la décision pontificale. L'avènement d'Ulger au siège d'Angers était propre à les encourager dans leur résistance ; malgré les réclamations de Geoffroi auprès d'Innocent 11% les Vendômois ne purent entrer en jouissance de Saint-Nicolas, et après la mort de Tabbé Geoffroi, Ulger, par un plaidoyer en faveur du monastère de la Roë, obtint que les décisions antérieures fussent cassées et les moines de la Trinité déboutés de leurs réclamations. Par un raisonnement bien conduit, Tévéque montra que c'était à tort que Renaud s'était laissé gagner aux revendications des Vendômois, et que, moins encore que lui, Hildebert du Mans et l'archevêque de Tours n'avaient à se mêler de retirer la première investiture et d'en donner une nouvelle. Il insista sur ce que la conduite de l'archevêque Gilbert en cette affaire montrait bien que le prélat s'était laissé travailler et influencer par l'abbé de Vendôme, et que son intervention était de valeur nulle par les conditions où elle avait été obtenue. Le discours d'Ulger contenait l'éloge des talents de l'abbé Geoffroi, « très prudent, très instruit et très éloquent », qui néanmoins savait assez combien sa cause était mauvaise pour n'avoir point cherché à trancher la question de la possession de Saint-Nicolas lors de sa rencontre à Tours

1. Pflugk-Harttung, Acta pontif. rom. inëd., I. p. 111, lettre de Pascal.

2. U. Robert. Etude sur les actes du pape Calixte IL Appendice. p. CLiii, n. 332 A.

3. V. la lettre d'Innocent sur ce sujet: Pflugk-Harttung, I, p. 140.

avec Innocent II. On sent bien, au reste, par le ton général du plaidoyer d'Ulger que Tévêque d'Angers n'aimait guère les moines de la Trinité, et il y parle « du joug intolérable de Tabbayede Vendôme S). Il concluait que si l'Eglise de Rome s'était laissé tromper, le plus honorable pour elle était de le reconnaître et de réparer sa faute. En effet, à la suite de ces représentations, le pape, annulant en 1135 les jugements antérieurs, donna satisfaction aux moines de Sainte-Marie, et débouta ceux de Vendôme.

11 est probable que si tous les évêques eussent montré autant de fermeté qu'Ulger dans leurs rapports avec le clergé régulier, et autant d'indépendance envers TEglise de Rome, Tépiscopat ne se fût point affaibli, ni le corps monacal agrandi comme ils le firent.

Le prélat avec lequel Geoffroi eut les plus longues relations fut Renaud de Martigné, qui fut élu en 1101 et occupa le siège d'Angers jusqu'en 1125 lorsqu'il fut transféré et promu à Tarchevêché de Reims. Cet évêquë, qui acquit la réputation d'homme de mérite, n'eut point le bonheur de trouver grâce aux yeux de l'abbé de Vendôme, et fut le plus souvent l'objet de sa haine et de ses attaques. Le mécontentement de Geoffroi vint moins de sujets de plaintes touchant des affaires territoriales, où l'abbé eut trouvé son monastère lésé par la faute du prélat, que d'une inimitié personnelle contre Renaud. Ce sentiment se marqua dans sa force et s'augmenta avant même l'élévation du nouvel évêqueet lorsqu'il fallait l'élire ^ On ne saurait dire si Geoffroi reprochait quelque grief particulier à Renaud; il y a grande apparence qu'il connaissait déjà le jeune clerc et ne l'aimait guère ^ ; mais il semble l'avoir surtout pris en haine pour avoir préparé et fait triompher sa candidature à l'épiscopat avec l'appui des laïques. Au moins est-ce sous cette couleur que l'abbé a présenté les raisons de sa conduite, et avec son tempérament il est fort possible que

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