G. Vind. ep., III, 8 et
sujet de dissentiments et de réclamations. Mais il s*est trouvé que par la générosité et la bienveillance du diocésain, ces mêmes affaires ont à la fin rapproché ces deux prélats, et que Tabbé apprivoisé par les concessions, s*est décidé à se montrer ami de celui qu'il avait en premier lieu attaqué avec violence.
L'évêque Renaud montra en une circonstance qu'il s'entendait à protéger le bien de son église contre des prétentions mal fondées \ Il s'agissait de la fondation de la Toussaint d'Angers, faite autrefois par Girard, chanoine de l'église Saint- Maurice. Cette maison avait d'abord été remise par le chapitre aux mains des moines de la Trinité de Vendôme qui la tinrent pendant quelque temps. Mais étant devenus maîtres dans la ville d'Angers d'une construction spéciale, mieux adaptée à leurs besoins et entièrement dépendante de labbaye vendômoise, ils rendirent spontanément et en toute liberté la Toussaint à Tévêque Eusèbe et au chapitre de Saint- Maurice. Cette renonciation avait été faite sous Odéric, abbé de Vendôme, et les effets s'en étaient suivis jusqu'à l'abbé Geoffroi. Celui-ci s'avisa de réclamer la fondation du chanoine Girard comme propriété de son monastère. II affirmait, avec ses moines, à l'appui de cette prétention, que l'abbé Odéric avait fait cette renonciation sans le consentement de son chapitre et de son seul gré ; l'acte était donc sans valeur. L'évêque et le chapitre d'Angers soutinrent une opinion contraire* ils avaient résolu de remettre la Toussaint aux mains de chanoines réguliers ; mais afin de ne pas prolonger la contestation, ils convinrent que, si leur projet ne s'exécutait point, le chapitre de Saint-Maurice céderait la maison aux Vendômois qui ravalent tenue auparavant. L'acte laissait en somme l'objet en litige à la disposition de l'évêque Renaud et de son clergé'; l'accord fut ratifié à une semaine d'intervalle dans le chapitre cathédral d'Angers et dans le chapitre abbatial par Renaud et Geoffroi accompagnés de témoins particuliers.
1. Le récit de ce (jui suit se trouve dans la collection manuscrite
D. Housseau, t. IV, n. 1277. L'accord eut lieu en Tannée 1107. Cf.
Cél. Port. Dictionn. de Maine-et-Loire, I, 68.
2. Les chanoines réguliers s'installèrent définitivement à la Toussaint en 1115.
On sait que Tabbé se pliait fort aisément à être l'obligé des dignitaires épiscopaux. Oeoffroi, qui voyait quelques-uns de ses biens en butte aux déprédations de deux chevaliers, Pierre de Montoire et Maurice Rotonniard, recourut à Tintervention des évêques d'Angers et du Mans pour qu'ils fissent cesser cet état de choses*. Ces prélats se rendirent au désir de Tabbé, mais avec plus de bonne volonté que de succès. Geoflfroi s'adressa alors au légat pontifical Girard d'Angoulême' et le pria d'insister auprès des deux évêques pour qu'ils empêchassent efi*ectivement leurs paroissiens de nuire aux moines vendômois. La prospérité de l'abbaye voulait qu'en de tels cas l'épiscopat ne restât point immobile. L'abbé eut pareillement recours à l'évêque Renaud pour l'excommunication de Maurice de Craon', coupable de violences dans la propriété monastique de Saint-Clément. La manière dont la charte qui rapporte l'événement présente la requête abbatiale est remarquable. « Geoffroi, dit l'acte, remontra avec patience et humilité à Renaud, alors évéque d'Angers, les vexations dont il souffrait, et lui demanda de couper court par la censure ecclésiastique à cet excès de tyrannie et de méchanceté. » Lorsque la patieiice et Vhumi' lité abbatiales ne suffisaient point, les injonctions de la papauté pressaient l'évêque. Par ordre spécial du Saint-Siège, Renaud excommunia le chevalier Adelard de Château-Gontier, qui après avoir été l'ennemi de la Trinité dut faire entre les mains de l'évêque promesse de défendre les terres du monastère*.
Renaud usa d'un moyen d'action tout particulier sur l'ab-