‹ Documents des archives de la Chambre des comptes de Navarre (1196-1384)Chapitre 443 sur 509 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

CONCLUSION DE l'hISTOIRE DES RAPPORTS AVEC L EPISCOPAT

Si ron voulait rapprocher de la conduite tenue par Geoffroi de Vendôme les faits semblables qui se sont produits à cette époque entre les monastères et les évêques, on entreprendrait une étude qui renfermerait la plus grande partie de Thistoire ecclésiastique du temps. Dans le nombre de ces incidents, rien n'est plus célèbre que les démêlés des congrégations de Cluny et de Vézelayavec les diocésains deMâcon et d'Autun ; les sentiments des moines, les causes de désaccord entre les adversaires et la situation de Tépiscopat y paraissent très analogues aux traits qui ont été signalés dans les relations de Tabbé de Vendôme avec la puissance diocésaine.

On avu que les droits que le pouvoir épiscopal retenait sur les congrégations exemptes étaient en petit nombre, et qu'ils étaient sujets à contestation parce que la teneur de TafiFranchissement abbatial était encore plus absolue que n'en pouvait être la pratique. On s'explique que les évoques aient voulu conserver les débris de leur autorité sur les monastères, puisque l'indépendance de ceux-ci en était nécessairement amoindrie. Mais on a vu qu'ils n'y trouvaient pas un très grand avantage. On peut même avancer que c'étaient les abbés exempts qui tiraient le plus grand profit de cette intervention. De quoi servait-il à un prélat de se présenter dans un chapitre monastique où il lui était interdit de faire quelque acte d'autorité ? De rien, si ce n'est que par la suite il pouvait s'entendre reprocher l'oubli de promesses qu'il s'était laissé aller à y faire*. Cette manière de comprendre la visite épiscopale

1. G. Vind. ep., III, 16. Il s'agit ici à la vérité deTévêque du Mans et non du diocésain de Chartres, mais celui-ci n'avait pas un plus grand pouvoir dans Tabbaye.

était beaucoup plus avantageuse aux moines qu'aux diocésains. Comme il en était ainsi pour presque tous les actes de la vie ecclésiastique, il se trouvait qu'il eût été presque désirable pour répiscopat (^ue l(>s congrégations rattachées à Romo eussent été aussi isolées dans le diocèse que le voulait la plénitude de leurs privilèges, et les diocésains y eussent î^agné d'être débarrassés de beaucoup de besogne iroù ils ne retiraient aucune sorte de profit. Il n'était pas très étonnant que les exempts reprochassent aux évèques de n'être point des pasteurs pour euxV lorsqut» ces dignitaires ne recueillaient de leur pastorat que des peines sans satisfactions. A la vérité, les fonctions épiscopales auraient dû tendre au progrès de la religion et au bon ordre de TKglise, sans la recherche d*un gain particulier, mais on comprend aisément que les prélats marquassent souvent un zèle médiocre pour des devoirs aussi peu avantageux. Cela était d'autant plus n^aturel que les affaires où s'engageaient les congrégations monastiques n'avaient assez ordinairement de religieux que le caractère de ceux qui y étaient intéressés.

Il n'y avait guère pour provo(iuer la protection épiscopale en faveur des exempts, (jue la force de la hiérarchie ecclésiastique et l'intervention du Saint-Siège. Les papes ne manquaient pas de servir le clergé régulier qu'ils estimaient au-dessus de tout. Tout les poussait dans cette voie, et ils tenaient peu de compte du déplaisir de Tépiscopat. Ils auraient mieux compris la mauvaise volonté des diocésains s'il leur était souvent arrivé des faits comme celui qui se produisit pour Honorius II au Mont-Cassin en 1127. Le papo ayant consacré l'abbé de ce lieu, voulut exiger de lui, selon la coutume, le serment de fidélité à Téglise de Rome. Mais l'abbé le lui refusa, parce que ses prédécesseurs no l'avaient jamais fait au Saint-Siège, et qu'ils n'avaient nul besoin de le lui accorder, n'étant jamais tombés en péché d'hérésie ou d'opposition à la papauté, comme il était arrivé aux autres églises. Honorius ne put obtenir de l'abbé que cette assurance de

Page 1