III
aux moines de Marmoutiers (l*être en lutte avec leur supérieur hiérarchique, l'archevêque de Tours' ; il a déploré l'orgueil de ces rebelles qui méprisaient une autorité aussi sainte ; il a comparé la conduite de la congrégation envers rarchevêque à celle de Judas envers Jésus-Christ. Cependant la relation des moines de Marmoutiers avec Raoul de Tours était tout à fait semblable à la situation de Tabbé de la Trinité envers révêque de Chartres', et les religieux pouvaient répondre que l'autorité de Raoul ne leur était de rien ; c'est ce que fit maintes fois l'abbé Geoffroi pour Ives de Chartres et son successeur. Il est vrai qu'en cette circonstance Marmoutiers était en inimitié avec Vendôme; c'est ce qui explique l'indignation de Geoffroi et son zèle pour la cause de l'archevêque. Il souhaitait moins de voir les moines s'humilier devant Raoul que de voir cesser leurs hostilités contre Tabbaye de la Trinité*.
L'abbé variait donc à son gré son attitude devant le pouvoir métropolitain. Mais l'archevêque de la province était lui-même évêque dans son diocèse, et on a vu que dans la pratique les relations entre l'épiscopat et les congrégations immunitaires ne s'interrompaient point entièrement, malgré la plénitude de la théorie d'affranchissement. L'archevêque rentrait alors en quelque sorte dans le droit commun de Tépiscopat, et il est aisé de se convaincre qu'il n'était pas plus ménagé par Geoffroi que les autres diocésains. Le métropolitain avec qui l'abbé eut le plus de rapports fut Raoul, archevêque de Tours. Pour ne pas prendre une grande idée de ce dignitaire, on n'a qu'à s'en tenir à l'opinion de Geoffroi sur lui. Raoul essuva le même reproche que les autres évêques dont les diocèses renfermaient des dépendances de la Trinité, à savoir que c'était par sa faute et par sa complicité que Tabbaye souffrait
1. II, 26. « ...In pastorem scilicet proprium Turonensem archiepiscopum... exarserunt. »
2. Cf. le discours d'I'rbain II à Marmoutiers en 1096. Bec. Hist. Fr. XIV, 99. — Marmoutiers eut avec l'archevêque de Tours la même contestation sur la profession qu'eut Vendôme avec Tévêque de Chartres Cf. Bec. Hist. Fr. XIV, 63 et XV, 156.
3. II, 26 : « utinam... a monasticae fraternitatis infestatione désistèrent. »
des désagréments dans le ressort de son autorité*. L'archevêque ripostant, le dissentiment s'augmenta d'injures personnelles. Raoul se plaignit de Tabbé d'une manière que celui-ci jugea inconvenante*. « Cela d'ailleurs n'a rien qui doive étonner, ajoutait Geoffroi, car tout le monde sait que si l'archevêque parle mal, il agit plus mal encore : un cri de réprobation générale s'élève contre lui, quoique jusqu'ici personne n'ait rien fait pour arrêter ses entreprises ». Lorsque l'abbé se décida à se rapprocher de Raoul, ce ne fut point par une volonté amicale, mais par politique, pour trouver en lui un allié contre un tiers, et faire condamner, disait-il, un coquin par un autre ^ Pendant leurs différends, Tun et l'autre prélat s'étaient adressés au légat pontifical, mais l'abbé ne se contentait point de cette mesure qui lui paraissait incomplète, et il menaça l'archevêque de Tours d'en appeler de son indifférence hostile à l'autorité de Rome*. Les missives du Saint-Siège en faveur des congrégations exemptes étaient adressées jusqu'aux représentants du pouvoir métropolitain, et lorsque Hildebert fut devenu archevêque de Tours il reçut du pape des lettres pour la Trinité \ Appuyé sur le maître suprême de l'Eglise, Geoffroi de Vendôme pouvait tenir en mince estime les anciennes prépondérances et la gloire de l'archiépiscopat amoindri.
3. V, 2 : « ...Ars ctiam optima et ultus est sensus si par unum nequam, nequam alter fuerit condemnatus. »