III
6. III, 37. Cf. J. Denize : L'abbaye royale de Saint- Etienne de Bassac, dans le Bulletin de la Soc. archéol. et hist. de la Charente^ 5« sér., t. III (1880), p. 12.
7. I, 25 : Geoffroi n'assista pas au concile où dut se régler cette question. Cf. Maratu : Girard d Angouléme^ p. 207, sqq.
évêque d'Angers, sur le rachat des autels*. Il sanctionna la restitution de Saint-Georges d'Oléron faite aux Vendômois par le duc d'Aquitaine ^ En vertu de ses fonctions, le légat fut d'ailleurs appelé à juger plusieurs autres causes d'importance moindre'. Ainsi Geoffroi ne désirait nullement que les affaires de son monastère restassent étrangères à l'autorité apostolique. Il ne lui demandait pas seulement d'intervenir de loin, mais il l'invitait à se rendre k la Trinité, à y siéger en juge et à s'y faire écouter. C'est de cette manière qu'il invoque Richard d'Albano contre Tarchevêque de Tours*. C'est par Geoffroi lui-même qu'un fonctionnaire, privé par clause spéciale du droit d'immixtion et de correction, en retrouvait la jouissance ; volontairement l'abbé de Vendôme se soumettait d'avance à un pouvoir étranger.
Mais Geoffroi a bien montré ce qu'il entendait par cette conduite, s'il pensait nuire au droit de sa congrégation et la subordonner à une autorité illégitime. Geoffroi de Vendôme s'est fait une théorie des fonctions du légat ; elle était simple et avantageuse, et l'abbé ne s'en est point départi dans là pratique. Son sentiment se résume aisément : le délégué romain ne pouvait agir contre les dispositions apostoliques ; toutes ces dispositiops étant favorables à la Trinité, le légat ne pouvait agir qu'en faveur de l'abbaye. La légitimité de son action se mesurait au bienfait qui en résultait. Voici comment Geoffroi s'est exprimé : « Celui-là ne garde pas bien le serment qu'il a prêté au souverain pontife, qui cherche à lui enlever son patrimoine. Si, comme vous le prétendez ^ le légat du Saint-Siège vous a ordonné de ne nous point faire justice, il a donné un ordre qui va à rencontre de celui du pape et de la volonté de Dieu. Il se fait tort à lui-même aussi quand il empêche qu'on obéisse à l'autorité en vertu de laquelle un
2. V. la lettre d'Amat à ce sujet : Bec. ffist. Fr., XIV, 772.
3. Cf. G. Vind. ep., I, 19 ; où le légat est invoqué contre Pierre de Montoire et un autre chevalier ; III, 17, où il excommunie le déprédateur Hamelin.
5. La lettre (II, 30) est adressée à Geoffroi, évèque de Chartres. — Sirmond (note 183) dit du légat : Cono ut videtur.
CoMPALN. Geoffroi de Vendôme, 15
légat est écouté. Donnant un ordre contraire au pouvoir grâce auquel il commande, il perd tout droit de rien commander. Abuser d'un privilège, c*est mériter de le perdre. Le légat a abusé de Tautorité qui lui a été accordée; il a cherché à profiter d'une légation romaine et pontificale pour agir contre le pontife romain ; mais pareil à celui qui voudrait de ses bras arrêter un torrent, il se fatigue en vain. Il est arrivé malheur à l'ange qui voulut s'égaler à Dieu, il arrivera malheur au légat qui s'efforce de paraître plus grand que le pape ; cherchant à devenir supérieur au père apostolique, c'est apostat qu'il deviendra V »
L'infériorité du serviteur au maître et du légat au pape aisément établie, il restait à l'abbé à identifier le plus possible son monastère avec la papauté, et à confondre les intérêts pontificaux avec ceux de la congrégation exempte. C'est un procédé dont il avait déjà usé contre l'épiscopat. Il écrivit au légat en lui transmettant copie des privilèges de l'abbaye :
(( La sainte autorité des bienheureux apôtres Pierre et Paul, représentée par leurs vénérables successeurs, vous enseignera parfaitement quelle liberté, quelle immunité, quelle dignité, ont été jusqu'ici et seront toujours, Dieu aidant, celles du monastère de Vendôme, alleu et patrimoine de S. Pierre. Je ne doute pas que vous ne trouviez dans ce témoignage l'occasion de nous aimer davantage. Ceux-là seuls ne sauraient nous chérir qui n'aiment point l'irréfragable autorité du Saint-Siège Je vous envoie donc la transcription de quelquesunes des prérogatives de notre église, ne voulant pas que vous puissiez ignorer par quelle dignité particulière et sin-
singulière l'Eglise romaine s'est uni notre abbaye dès Torigine, et étant persuadé que tout ce que l'Eglise de Rome a aimé et glorifié ne saurait qu'être honoré et aimé par vous*. » La Trinité était donc intimement unie au Saint-Siège, et le légat ne pouvait que favoriser la congrégation sous peine de faillir à son mandat. Cela étant, il n'y avait pas d'obstacle à soumettre au fonctionnaire pontifical les affaires du menas-
1. Id. « Qui dum plus fîeri appétit quam apostolicus, apostaticus fiet. »
tère. Il lui était interdit d'agir d'une manière qui fût désagréable à l'abbaye, mais s'il agissait pour elle, il servait les intérêts de la papauté, et il recouvrait la plénitude de son autorité. Geoffroi ne comptait pas alors que cette ingérence constituât une violation des prérogatives des exempts.
Cette manière de voir faisait la part belle aux moines ; les légats n'étaient pas mieux traités que les évêques. Ils ne pouvaient toujours goûter une théorie qui voulait que l'union entre la papauté et la congrégation exempte fût plus forte que celle qui existait entre le pape et le légat, et que la première subsistât en cas de conflit avec l'envoyé apostolique, tandis que, par le fait, celui-ci perdait le droit de représenter TÉglise romaine. De son côté, Geoflfroi, qui s'est accordé avec peu de gens, ne pouvait manquer l'occasion d'agir conformément à ses principes en ne s'entendant point avec le légat pontifical. Les lettres par lesquelles il a revendiqué les privilèges de son abbaye auprès de Conon et d'Humbaud de Lyon^ sont nettes et résolues, mais de forme respectueuse. On aurait beaucoup perdu si l'on n'avait conservé un échantillon du ton dont il pouvait user envers cette sorte de dignitaires ecclésiastiques quand il pensait avoir quelque sujet de mécontentement. Sa fougue l'entraînait et le raisonnement qu'il avait fait sur sa situation le rassurait sur son droit et sur son impunité. Girard d'Angouléme sentit plus d'un effet de ces dispositions ; le légat avait accusé l'abbé d'avoir mal parlé du pape^ Geoffroi lui répondit très vivement ; il adressa sa lettre « au Normand Girard d'Angouléme, légat du Saint-Siège romain » : « Le frère Geoffroi, serviteur catholique du même siège », souhaitait au prélat de ne pas semer la discorde et de ne point croire aussi aisément aux mauvais bruits. Cette allusion à la patrie de Girard n'était point faite pour un compliment d'amitié; entre Normands et Angevins, on ne s'estimait guère alors, et la rivalité de ces deux provinces de France s'expliquait par leur situation politique. La pointe, qui n'avait rien à voir dans la matière en discussion, reparaissait dans l'adaptation que l'abbé